Pour Qu'Il Règne 129 - II° trim 2017 - Luther

POUR QU'IL REGNE est la revue trimestrielle du District du Benelux. Le titre exprime la volonté de la Fraternité Saint Pie X à oeuvrer activement au règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi. Chaque trimestre, la revue aborde un thème particulier.

LUTHER : REFORME OU REVOLUTION ?

Le 500ième anniversaire du Protestantisme ne réjouit pas la Fraternité Saint Pie X. Au contraire c’est un temps de larmes. Monseigneur Fellay l’explique nettement dans la Lettre aux amis et bienfaiteurs publiée ci-après. Et c’est une providence que cet anniversaire coïncide avec le centenaire de Fatima, où le Cœur Immaculé de Marie appelle à la prière et à la pénitence.

En effet, il n’y a pas de quoi magnifier Martin Luther : les pages suivantes l’expliquent.  L’honneur que lui rendent actuellement les autorités ecclésiastiques, nous scandalise : c’est ruineux pour le salut des âmes et la gloire de Dieu. Par exemple, la bonne place donnée à la statue de Luther lors de l’audience pontificale à Rome, le 13 octobre 2016, et le cadeau fait alors au Pape sans réaction connue de sa part : une édition de luxe des 95 thèses de Luther par lesquelles il concrétisa sa rupture avec l’Eglise.

Les XIVème et XVème siècle sont une époque où l’Eglise est mise à mal par la faiblesse et la malice de ses enfants. Alors pour y remédier, une sérieuse réforme est laborieusement amorcée. Mais Martin Luther vient la bouleverser au début du XVIème siècle. Au lieu de participer avec prudence et patience à cette juste restauration, il se précipite dans une révolution. Sa personnalité sombre et anxieuse, troublée jusqu’au désespoir, s’indigne à l’excès des nombreux abus qui gangrènent profondément l’Eglise. Par indocilité et entêtement, Luther prétend dicter lui-même sa réforme à l’Eglise. En pratique, peu à peu, il conteste l’autorité des supérieurs, puis la discipline de l’Eglise, enfin, très rapidement, pour se justifier, il remet en cause les vérités fondamentales du salut. Finalement, au nom du libre examen de la Bible, toute la vérité catholique est passé au crible de son esprit. S’il a pu avoir une bonne intention initiale, celle-ci a été pervertie par son anxiété excessive et par son orgueil : le prêtre-religieux inquiet, plonge dans l’hérésie et le schisme et devient l’initiateur d’une immense révolution religieuse et politique, sociale et culturelle qui ravage encore le monde : Luthéranisme, Protestantisme, Calvinisme, Anglicanisme ; les sectes évangéliques, issues du Protestantisme, arrachent des millions d’âmes à l’Eglise de Jésus-Christ – l’Eglise Catholique Romaine – unique voie de Salut, surtout en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

Aujourd’hui l’Eglise est secouée par une grave crise dans sa Foi, dans sa morale et dans sa discipline ; la majorité de ses clercs est gangrenée, plus ou moins, par le progressisme neo-moderniste qui a investi le Concile Vatican II et inspiré sa réforme ratée. L’Eglise a un besoin urgent de restauration comme elle le fit, au XVIème siècle, par une admirable réforme (la Contre-Réforme) initiée au Concile de Trente.

Aujourd’hui, comme hier, le Christ, Chef de l’Eglise, réalise sa promesse : le Saint-Esprit assiste l’Eglise, malgré les fautes et les entêtements de la Hiérarchie et malgré les attaques des ennemis extérieurs. La restauration dans l’Eglise adviendra par sa Hiérarchie c’est-à-dire par le Souverain Pontife, Vicaire du Christ et par les évêques sous sa dépendance.

Plutôt que d’être comme un éclair fulgurant qui figerait le mal et ferait fleurir le bien immédiatement, les restaurations dans l’Eglise sont comme un mûrissement où le bien commence à gagner du terrain, tandis que le mal reste encore vigoureux et ravageur. C’est un processus vital que l’Histoire, maîtresse de vie, illustre à maintes pages.

Cette restauration de l’Eglise échouerait si ses enfants, animés de la meilleure intention, mais sous l’emprise d’une indignation anxieuse et d’une pernicieuse démoralisation, voulaient en dicter le processus et le tempo, en dehors du cadre hiérarchique et selon une nouvelle forme de libre examen : « Ce n'est pas à vous de connaître les temps ni les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Act.1,7). Au contraire, chacun contribuera réellement à la restauration, en restant à sa place, dans la patience et la docilité, tout en se gardant du mal qui peut survenir par là où l’on s’y attend le moins.

Ainsi la Fraternité St Pie X, soucieuse de servir l’Eglise sous la conduite de son Supérieur Général, s’efforce d’être docile au Saint-Esprit pour ne pas manquer l’heure de Dieu. Elle continue inlassablement d’alerter sur les causes de l’autodestruction de l’Eglise et accueille sereinement les signes concrets de mûrissement d’une restauration. Cette voie est la plus sûre pour éviter l’écueil qui fit sombrer Luther et pour contribuer avec réalisme, à la liberté, à l’exaltation et au triomphe de notre Mère la sainte Eglise catholique romaine.

Abbé Patrick Duverger, Supérieur de District

PDF : PQR 129 - II° trim 2017 : 1517, La révolte de Luther