Chine : nomination du nouvel évêque de Hong Kong par Pékin ?

05 Février, 2019
Provenance: fsspx.news
Durant les obsèques de Mgr Michael Yeung Ming-cheung.

Le décès inattendu, le 3 janvier 2019, de Mgr Michael Yeung Ming-cheung, âgé de 73 ans et évêque de Hong Kong depuis 18 mois, ouvre la question de la nomination du futur évêque dans le diocèse insulaire, après l’Accord provisoire sur la nomination des évêques conclu entre le Saint-Siège et Pékin, le 22 septembre 2018. Le diocèse de Hong Kong compte aujourd’hui un évêque auxiliaire, Mgr Joseph Ha Chi-shing, âgé de 58 ans, et les deux évêques émérites, les cardinaux Joseph Zen Ze-kiun et John Tong Hong. Ce dernier a été nommé administrateur du diocèse par Rome, jusqu’à la nomination du nouvel évêque, indiquait l’agence Ucanews le 11 janvier.

La situation de Hong Kong est particulière : rattachée à la Chine continentale depuis 1997, la péninsule est régie par une Loi fondamentale qui stipule que tous les résidents jouissent de la liberté de conscience et de la liberté de religion (article 32). La pratique du culte est également libre, à la différence du reste de la Chine continentale.

Cependant, écrit le vaticaniste Sandro Magister sur son blogue, depuis l’Accord provisoire les sept évêques jusqu’alors imposés contre la volonté de Rome ont été reconnus par le pape François qui a levé l’excommunication due à leur ordination illégitime, et ce malgré l’absence de toute demande publique de pardon et le fait que deux d’entre eux aient concubines et enfants. 

De plus, le pape a dû accepter l’un de ces sept évêques ex-excommuniés comme délégué de l’Eglise chinoise au synode tenu en octobre, Guo Jincai, « créature parfaite du régime chinois » : membre de l’Assemblée du peuple, le parlement chinois, secrétaire général et vice-président du Conseil des évêques chinois, la conférence des évêques officiellement reconnus par le gouvernement et qui sera désormais chargée, selon les termes de l’accord, d’indiquer au pape le nom de tous les futurs évêques. 

Par ailleurs, poursuit le vaticaniste italien, la réduction du nombre de diocèses, de 137 à 97, par les autorités chinoises devrait progressivement entraîner l’éviction des trente évêques clandestins. De fait, la pression du régime sur ces évêques s’est intensifiée depuis la signature de l’accord. Ainsi la reddition de l’évêque de Lanzhou a coïncidé avec sa nomination au poste de président de l’Association patriotique locale des catholiques chinois, l’instrument de contrôle du gouvernement communiste sur l’Eglise que le Saint-Siège a toujours déclaré « inconciliable » avec la doctrine catholique. Et la résistance de l’évêque de Wenzhou a signé son arrestation par la police mi-novembre pour une énième session d’endoctrinement dans un endroit tenu secret. 

« Le secret et l’ambiguïté semblent maintenant être la règle », titrait le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, sur son blogue le 18 décembre dernier. Mi-décembre, explique le cardinal, le pape par l’entremise de Mgr Claudio Maria Celli a demandé à l’évêque clandestin de Mindong, de faire un sacrifice pour le bien de l’Eglise en laissant sa place à l’évêque officiel Zhan Silu. Descendu à l’hôtel prestigieux des invités importants de l’Etat à Pékin pour conclure cette « nomination », Mgr Celli pourrait bien s’attendre à être nommé le prochain nonce à Pékin, susurre le cardinal Zen. L’année dernière, poursuit-il, dans le même hôtel, Mgr Celli a tenté de persuader Mgr Pietro Zhuang de Shantou de démissionner pour céder la place à l’évêque illégitime et excommunié Giuseppe Huang. Mgr Zhuang refusa de quitter volontairement l’évêché, bien qu’il soit prêt à obéir si le pape le lui ordonnait. Plus tard le cardinal Pietro Parolin lui-même écrivit une lettre à Mgr Zhuang… En janvier 2018, rappelle le cardinal Zen, le Saint-Père lui a clairement répondu : « je leur ai dit (à mes collaborateurs) de ne pas créer une autre affaire Mindszenty ».

Maintenant, écrit Mgr Joseph Zen, j’apprends que Mgr Celli a « déclaré » que Mgr Zhuang abandonnera la place à Mgr Huang. Alors, ils ont à nouveau fait des affaires Mindszenty ! Pour « le bien de l’Eglise » ils commandèrent aux deux évêques légitimes de laisser la place à deux évêques, jusqu’à récemment excommuniés !

Si ces nouvelles sont vraies, souligne l’évêque émérite de Hong Kong, dire que ces évêques ont déjà été “légitimés” est ambigu. En quelle qualité intervenait Mgr Celli ? demande Mgr Zen. Il n’est membre ni de la secrétairerie d’Etat, ni de la Congrégation pour l’évangélisation. Il n’est même pas dit que c’est le représentant plénipotentiaire du pape (avec document signé). Le secret et l’ambiguïté semblent maintenant la règle ! Est-ce l’art de la diplomatie ? C’est un châtiment imposé aux âmes simples qui veulent savoir exactement ce que le pape veut d’eux aujourd’hui… ». Et de demander en conclusion si le journal chinois Global Times est devenu le porte-parole du Vatican ?

Le 28 décembre dernier, jour de la fête des Saints Innocents, Sandro Magister publiait un communiqué de presse du Centre pour l’étude des nouvelles religions (CESNUR), annonçant l’arrestation de 45 journalistes en Chine sous l’accusation d’avoir transmis des informations, des vidéos et des photos au magazine sur la liberté religieuse et les droits humains en Chine, Bitter Winter. Ce magazine dirigé par le sociologue turinois Massimo Introvigne est édité par le CESNUR depuis mai 2018 à Turin, en 8 langues.

Avec la publication de documents réservés au Parti communiste chinois en matière de religion et des photos d’églises, de mosquées et de statues de Bouddha détruites ainsi que des informations sur les mauvais traitements infligés aux prêtres catholiques dissidents qui se poursuivent en dépit de l’accord signé entre la Chine et le Saint-Siège, ces vidéos ont provoqué une réaction brutale du régime, explique Sandro Magister.

« Nous avons des informations sûres, affirme Massimo Introvigne, qui confirment que certains des journalistes arrêtés ont été torturés pour obtenir le nom d’autres journalistes qui transmettaient des informations et des documents sur la Chine. (…) Quant à la Chine, je crois qu’elle sous-estime le nombre de journalistes prêts à risquer leur liberté pour faire connaître au monde les violations des droits humains dans ce pays. Ceux du réseau Bitter Winter ne se réduisent pas à quelques dizaines, ils sont plusieurs centaines ».