Communication sur mesure pour le pape François

22 Janvier, 2019
Provenance: fsspx.news

Le 31 décembre 2018, le pape François a accepté la démission de Greg Burke et de Paloma García Ovejero, respectivement directeur et vice-directrice du Bureau de presse du Saint-Siège.

Le 18 décembre, il avait procédé à deux nominations importantes au sein du Dicastère pour la communication : le vaticaniste Andrea Tornielli était devenu « directeur éditorial » en charge de la « coordination » des médias du Vatican, et le journaliste Andrea Monda avait pris la tête de L’Osservatore Romano qui, avec ces changements, doit désormais pleinement intégrer le Dicastère pour la communication. Quelques mois plus tôt, en juillet, le pape avait déjà nommé un nouveau préfet pour ce dicastère, le laïc italien Paolo Ruffini. En attendant de nommer un nouveau directeur du Bureau de presse, François a désigné Alessandro Gisotti, jusqu’alors coordinateur des réseaux sociaux pour le dicastère, comme directeur ad interim.

Pour mémoire : Greg Burke et Paloma García Ovejero avaient été nommés directeur et vice-directrice du Bureau de presse du Saint-Siège en juillet 2016. Ils succédaient au père Federico Lombardi, resté 10 ans en poste. Lui-même avait remplacé l’espagnol Joaquín Navarro-Valls, qui fut directeur du Bureau de presse entre 1984 et 2006.

Le 3 janvier 2019, le vaticaniste Sandro Magister commentait ces nominations, sous le titre « Séisme dans les médias du Vatican », révélant les conflits d’intérêts sous-jacents à tous ces changements : « Les deux places fortes que sont L’Osservatore Romano et la Salle de presse du Saint-Siège qui semblaient imprenables, puisqu’elles étaient sous le contrôle de la Secrétairerie d’Etat, viennent de tomber l’une après l’autre sous le contrôle du Dicastère pour la communication qui est plus que jamais entre les mains des partisans les plus fidèles du pape François ».

S. Magister signale que dès « le 20 décembre, dans son premier éditorial, le nouveau rédacteur en chef, Andrea Monda, écrivait vouloir donner la parole à une Eglise “pèlerine”. Un adjectif typiquement bergoglien dans la droite ligne de la consigne donnée au préfet Ruffini dans sa lettre de nomination : apporter “une réponse à l’appel du pape François à être une ‘Eglise en sortie’ et à ‘mettre en œuvre des processus’ inédits notamment en matière de communication” ».

Mais surtout S. Magister révèle que « Monda est étroitement lié au directeur de La Civiltà Cattolica, le P. Antonio Spadaro, qui est le grand confident du pape Bergoglio et l’éminence grise derrière toutes ces manœuvres dans les médias du Vatican » ; et que le même Monda aura pour supérieur hiérarchique Andrea Tornielli, « le vaticaniste le plus intime de Bergoglio puisqu’il était déjà son ami bien avant qu’il ne soit élu pape. » Inutile de dire que tous ces changements permettront à la nouvelle équipe dirigeante de la communication vaticane d’être l’écho fidèle de la ligne du pontificat actuel.

Le 27 décembre, le quotidien La Verità voyait dans tout ce remue-ménage non pas tant une opposition entre progressistes et conservateurs à Rome, qu’une lutte de pouvoir interne entre « plusieurs coqs dans le même poulailler », où c’est à qui se dispute l’honneur d’être l’interprète le plus officiellement officieux de la pensée de François. Après ce « règlement de compte » au sein du cercle intime très proche – mais hétérogène – du pape, il est certain que les vainqueurs sont Tornielli et Spadaro qui semblent avoir pris le contrôle de l’ensemble des médias du Vatican.

Dans La Nuova Bussola Quotidiana du 2 janvier, Riccardo Cascioli rappelle que déjà « ces dernières années, ceux qui voulaient vraiment comprendre la pensée du Pape, ses stratégies, le sens de certains gestes et de certaines paroles, devaient surtout suivre ce qu’écrivaient quelques “favoris”. Au premier rang le Père Antonio Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, et Andrea Tornielli, vaticaniste à La Stampa et coordinateur du site internet Vatican Insider ».

Et d’ajouter cette précision importante : « à la lumière de ce que nous avons vu ces dernières années, sous la direction de Tornielli, la direction éditoriale aura naturellement tendance à s’étendre aussi vers le Bureau de presse, ce qui sera une concentration sans précédent du pouvoir. Et puisque Tornielli s’est distingué ces dernières années en divisant l’Eglise en bons et mauvais, en identifiant et en ciblant les prétendus “ennemis” du pape (il suffit de faire une demande de clarification – comme les quatre cardinaux à propos d’Amoris lætitia – pour entrer de droit dans ce club), nous pouvons facilement deviner que la nouvelle structure de communication du Vatican signifiera, entre autres choses, une lutte sans quartier contre ceux qui ne se sont pas adaptés à la “nouvelle Eglise” ».