Connaissance de l’islam (1) : le Coran

21 Mars, 2019
Provenance: fsspx.news

Il y a 2000 ans le christianisme faisait une humble entrée dans le monde, et méritait à son fondateur et à ses apôtres une mort violente. Durant des siècles le sang chrétien allait couler pour féconder la terre : « le sang des martyrs est une semence de chrétiens » comme l’a si bien dit Tertullien (Apologétique 50, 13). 

Il y a maintenant près de mille quatre cents ans, l’islam commençait à faire régner sa loi sanglante, et depuis des siècles le sang coule là où il cherche à s’étendre et dans les pays conquis. L’opposition est donc totale, dès les origines. Les lignes qui suivent s’essayent à présenter la loi musulmane. 

Sources de l’histoire et de la loi musulmane 

La misère de ces sources est profonde, occultée par les historiens musulmans, qui en sont souvent les victimes, et par la répétition servile des historiens de l’Occident. Ainsi, il n’y a quasiment pas de documents contemporains au commencement de l’islam. Les premiers éléments sont très postérieurs à Mahomet et issus de manipulations répétées. Quant à la vie du fondateur, elle n’a presque rien d’historique. Les recherches les plus récentes convergent toutes vers cette conclusion. 

Pour connaître les débuts de l’islam et la vie de Mahomet, les musulmans utilisent d’une part le Coran, et d’autre part la tradition. Or, ces deux sources sont sujettes à caution. Du fait de leur origine tardive ; mais aussi de la grande difficulté d’interprétation qui entoure le Coran ; enfin de l’absence d’historicité d’une très grande partie de la tradition. L’historien se trouve vraiment très démuni. 

Le Coran 

La recherche sur les origines du Coran est déjà parvenue à des résultats notables. Parmi ces données, certaines d’entre elles peuvent n’être que des hypothèses à vérifier, mais la ligne générale de la formation du Coran est désormais bien dégagée. 

Selon l’islam, le Coran est un livre révélé 

Coran (Qoran) signifie « récitation » ou encore « lectionnaire ». C’est un texte destiné à être récité dans les cérémonies religieuses. L’orthodoxie musulmane le considère comme incréé : en ce sens qu’il reproduit une copie conforme au prototype de la religion divine, conservé au Ciel de toute éternité ; mais aussi que, dans sa forme actuelle, sa reproduction phonétique et graphique, dans son vêtement linguistique arabe, il est identique et coéternel à l’original céleste. 

Il serait ainsi le fruit d’une révélation, d’une dictée, faite à Mahomet par l’archange Gabriel, étalée sur des dizaines d’années ; puis répétée par lui à des disciples qui mémorisaient le texte. Cependant, ce n’est que la première phase de la constitution du livre. 

Une confiscation du texte 

Après la mort de Mahomet, un calife (Otman, 579-656, mais il y a désaccord partiel à ce sujet) aurait ordonné la collecte des éléments du texte, écrits sur des omoplates de chameau, des pierres ou autres matériaux. Les textes déjà existants furent brûlés et leurs détenteurs mis à mort. Une nouvelle campagne de destruction des manuscrits non conformes fut menée sous le califat de Abû Bakr en 665, et de nouveau par ‘Abd al-Malik. De fait, il n’existe aujourd’hui quasiment aucun document antérieur au 9e siècle. Finalement, toujours selon les traditions musulmanes, une dernière phase de transcription du Coran fut entreprise sous le règne de ‘Abd al-Malik (685-705). Ce dernier homogénéisa l’orthographe et opéra des révisions pour empêcher des omissions et confusions, trop évidentes. Ce n’est qu’au 10e siècle que fut adopté un seul système consonantique limitant les interprétations à 7 lectures. 

Le voyage nocturne 

Pour avaliser la sacralisation du Coran, le texte lui-même a recours à un récit très particulier qu’il n’est pas inutile de rapporter : « le voyage nocturne ». En voici un récit abrégé. Une nuit, Mahomet quitte La Mecque, sur l’inspiration divine. Dieu lui fournit un guide, l’ange Gabriel, et une monture, la jument Buraq. Il atteint Jérusalem après un voyage aérien et se pose sur l’esplanade du temple. Il y trouve Abraham, Moïse, Jésus et d’autres prophètes qui prient avec lui et derrière lui. Deux coupes paraissent, l’une de vin, l’autre de lait : Mahomet choisit le lait, ce qu’approuve Gabriel. Puis, d’un élan vigoureux qui laisse une trace sur le Rocher, Mahomet, aidé par des anges, s’élève vers le ciel. Celui-ci s’ouvre jusqu’à sa septième partie, la plus proche de Dieu, qui lui indique les cinq prières que les Musulmans auront à réciter quotidiennement. Il y considère le Coran « céleste » placé auprès de Dieu, mais il « l’oublie » avant de repartir. Il redescend, reprend son cheval ailé et retourne à La Mecque où il annonce l’arrivée prochaine d’une caravane qu’il a survolée et dépassée. La caravane arrivant effectivement, ce récit de son ascension auprès de Dieu est validé. 

L’oubli du Coran “céleste” est nécessité par deux faits énoncés dans le Coran terrestre (copie parfaite du Coran céleste…) : d’abord pour montrer que « le Livre » existe auprès de Dieu ; ensuite pour prendre en compte la dictée par Gabriel. C’est le moyen que les Califes ont trouvé pour expliquer ces deux données. Quant au lieu de l’ascension de Mahomet vers le ciel, il devait être Jérusalem, lieu sacré « incontournable ». Il était nécessaire d’y ancrer l’islam et par là même de s’en emparer. Voilà pourquoi le texte coranique devait lier Mahomet et l’esplanade du temple. C’est au point de départ de l’ascension que la mosquée el-Aqsa (« éloignée », comme dans le texte coranique) sera construite 90 ans plus tard. À ce prix, la sacralité islamique de Jérusalem est sauve : son esplanade est devenue le second lieu saint de l’Islam. 

Origine réelle du Coran 

Le premier le P. Théry avait proposé une hypothèse qu’il avait exposée dans les volumes parus sous le pseudonyme d’Hannah Zacharias. Après sa mort, il fut continué par son disciple, le P. Bertuel. Ils avaient discerné de nombreux éléments judaïsants dans la doctrine exposée par le Coran et orienté les regards de ce côté. Le P. Gallez a renouvelé le sujet et nous a rapproché de la solution : les éléments de base du Coran auraient été un catéchisme judéo-chrétien, d’une secte assez particulière (les judéo-nazaréens). 

Il s’agit de l’une de ces nombreuses tendances, ou sectes, nées après la prédication évangélique, qui mêlaient les espérances d’Israël à la religion de Jésus-Christ. Elles ont été décrites et souvent combattues par les Pères de l’Église. Il apparaît que cette secte a persisté longtemps, et a fini par rechercher l’alliance de certains arabes vivant en Syrie pour réaliser son programme religieux et messianique. C’est l’examen interne du Coran qui a mené à cette conclusion, désormais partagée par nombre de spécialistes de l’islam. 

Ainsi, le texte de base qui a servi à l’élaboration du Coran serait un catéchisme « judéo-nazaréen », conçu pour les Arabes, afin de les convertir à la secte et de les enrôler dans la mission à laquelle elle se croyait destinée : reconstruire le temple de Jérusalem et y introduire un culte “pur” afin de provoquer le retour du Messie et son règne de 1000 ans. C’est ce catéchisme que Mahomet prêchait autour de lui pour attirer ses concitoyens à cette secte à laquelle il était lié par sa première épouse. 

Eléments de preuve 

Les plagiats et les emprunts du Coran à des traditions juives ou judéo-chrétiennes sont légion. Nombre de lois de l’islam sont puisées à la religion juive et au Talmud. Certains passages ou versets du Coran sont tirés du Deuxième Targum d’Esther (27.17-44)1, du Testament d’Abraham (87.19), du Targum de Jonathan ben Uzziah et du Targum de Jérusalem (5. 30-31) ou encore du Midrash Rabbah (21-51-71 ; 29. 16-17 ; 37.97-98). Tous ces ouvrages font partie de la littérature rabbinique. 

De plus, environ 25 % du texte coranique est un recopiage littéral de livres apocryphes tels l’Évangile du pseudo-Matthieu, l’Évangile de Jacques le Mineur, l’Évangile de Thomas, l’Histoire de la Nativité de Marie et de la petite enfance du Sauveur, le Livre des Jubilés qui contient l’histoire de Satan le lapidé (3.36) et les remontrances d’Abraham à son père (19.41). Ces emprunts pointent vers un milieu judéo-chrétien. 

Passage de la tradition judéo-chrétienne à l’islam 

Après la mort de Mahomet, ses successeurs ayant pris Jérusalem selon le projet de la secte purent vite constater que ces théories étaient des chimères. Ils décidèrent de reprendre les choses à leur compte, en modifiant le Coran dans le sens d’un système nouveau. Vaste entreprise, car il n’est pas facile de détourner un livre public, ou du moins suffisamment diffusé. D’autant que les diverses autorités, civiles ou religieuses, cherchant à tirer la couverture à elles, se sont efforcé d’orienter le texte dans le sens qui les favorisaient. D’où ces incessantes corrections, ces rappels de corans, ces destructions afin d’essayer de contrôler l’évolution du texte. 

Mais comme cela ne peut pas toujours durer, le texte s’est retrouvé plus ou moins fixé, avec des variantes locales, ou selon les tendances (par exemple entre chiisme et sunnisme, les premiers accusant les seconds d’avoir falsifié le Coran), vers le 9e siècle, comme il a été dit. 

Dernières évolutions 

Toutes ces manipulations, faites à hue et à dia, avaient provoqué maintes incohérences dans le Coran, qui est de fait très obscur. Pour les supprimer, trois décisions seront prises au tournant du 11e siècle, toujours en vigueur aujourd’hui. 

1) L’affirmation du dogme du Coran incréé : ce serait le Coran céleste que Mahomet aurait contemplé lors du voyage nocturne. 

2) La doctrine de l’abrogeant et de l’abrogé : plus une sourate est de révélation tardive, plus sa valeur est forte, son commandement impératif. Précisément, en cas de contradiction, il faut considérer la sourate plus tardive comme supérieure. Cela entraîne un tri entre sourates « médinoises 2 », les plus violentes, et sourates « mecquoises 3 », beaucoup plus pacifiques. 

3) La « fermeture des portes de l’ijtihad », autrement dit l’arrêt de l’effort de réflexion sur la religion et du travail d’interprétation. Elle interdit tout examen critique du Coran et de la religion. 

Sans oublier la « tradition ». Ce que l’on ne pouvait plus demander à une modification du texte a été recherché dans la production d’une explication qui prit le relais d’une évolution du Coran. 

Conclusion 

Au point de vue historique, l’on ne peut quasiment rien attendre du texte. Avant de pouvoir l’appréhender de façon plus nette, il faudra encore beaucoup de travail pour le clarifier, si tant est que l’on puisse y parvenir. Il est d’ailleurs intéressant de faire un parallèle avec la Bible. Celle-ci a subi, pendant 150 ans, l’assaut répété des tendances naturalistes et historicistes : les objections se sont dressées, les moqueries et les railleries se sont abattues de toute manière. Mais aujourd’hui, cette écume s’est évanouie, et le Livre sacré est resté maître du terrain : il a résisté victorieusement à toutes les critiques. Que restera-t-il du Coran lorsqu’il aura subi pareille épreuve du feu ? 

  • 1. Les chiffres entre parenthèses sont des références du Coran donnant la sourate suivie d’un point et les versets.
  • 2. Parce qu’elles auraient été dictées à Médine.
  • 3. Dictées à La Mecque.