Des devoirs à rendre aux morts - Saint Augustin

Soyons assurés que nous n'atteindrons les morts auxquels nous rendons des devoirs que par l'autel, la prière et l'aumône.

Saint Augustin fut consulté par saint Paulin, évêque de Nole, pour savoir si la sépulture dans les églises des martyrs est de quelque utilité aux âmes des morts. Nous publions ici quelques extraits de sa réponse.
Ecrit vers l'an 421, traduction de M. Defourny. 

Pourquoi le soin des funérailles et de la sépulture est louable

Le vêtement et l'anneau d'un père, ou tout autre souvenir semblable sont d'autant plus chers à ses enfants que leur affection pour lui fut plus vive: à quel titre mépriserait-on les corps mêmes, qui nous sont unis bien plus étroitement que n'importe quel vêtement ?

Le corps ne nous a pas été donné comme un ornement ou un aide extérieur, il appartient à la nature même de l'homme. De là vient qu'une piété attentive s'est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques, et de pourvoir à leur sépulture ; et tandis qu'ils vivaient, ils ont eux-mêmes prescrit à leurs enfants d'ensevelir leurs corps et parfois aussi de les transporter d'un lieu en un autre1.

C'est en ensevelissant les morts que Tobie a mérité les faveurs de Dieu : c'est à ce titre qu'il est loué, et un ange même en rend témoignage2. Le Seigneur lui-même, qui devait pourtant ressusciter le troisième jour, publie et recommande de publier la bonne couvre de cette femme pieuse qui avait répandu une huile parfumée sur ses membres, et parce qu'elle l'avait fait en vue de sa sépulture3. L'Evangile mentionne encore avec éloge ceux qui prirent soin de recueillir son corps sur la croix, de le couvrir avec un soin pieux et de l'ensevelir avec honneur4.

Toutefois ces faits autorisés ne signifient pas qu'il reste aucun sentiment dans les cadavres; mais ils nous montrent que les corps mêmes des morts ne sont pas étrangers à la Providence de Dieu, qui a pour agréables ces pieux devoirs, parce qu'ils servent à établir la foi en la résurrection.

Il y a là aussi un enseignement salutaire ; et nous pouvons y voir combien sont nécessaires les oeuvres de miséricorde pratiquées à l'égard des vivants qui en sentent les effets, puisque Dieu ne laisse pas sans récompense les devoirs et les soins rendus aux membres glacés des mortels.

Pourquoi l'Écriture loue les soins donnés aux morts

A cause de ce sentiment de pitié compatissante, l'Ecriture loue, le roi David bénit ces hommes qui ont fait aux ossements arides de Saül et de Jonathas la miséricordieuse aumône de la sépulture5.

Mais enfin, quelle sorte de miséricorde exerce-t-on à l'égard de ceux qui sont privés de sentir ? …Pourquoi donc alors est-il dit que ceux qui ont enseveli Saül et son fils ont fait une oeuvre de miséricorde, et pourquoi un saint roi les a-t-il bénis ?

En voici la raison : le sentiment naturel en vertu duquel personne n'a jamais haï sa propre chair est cause que nous désirons qu'on prenne soin de la sépulture de nos corps. C'est donc faire preuve d'un bon coeur et d'une compassion louable, que de gémir de voir le corps d'autrui traité comme nous ne voudrions pas qu'on traitât le nôtre, et de rendre aux autres hommes des soins auxquels ils sont insensibles sans doute, mais auxquels nous sommes sensibles pour eux, parce que nous désirons qu'on nous les rende à nous-mêmes, lorsque nous y serons insensibles à notre tour.

Conclusion

Soyons assurés que nous n'atteindrons les morts auxquels nous rendons des devoirs que par l'autel, la prière et l'aumône. Voilà les supplications solennelles et les sacrifices qui leur sont utiles.

Sans doute ils ne profitent pas à tous, mais à ceux-là seulement qui ont mérité d'être ainsi secourus tandis qu'ils vivaient. Or, comme nous ne sommes pas à même de faire cette distinction, nous devons nous acquitter de ces devoirs envers tous ceux qui ont été régénérés, de peur d'omettre quelqu'un à qui ils peuvent et doivent être utiles. Il vaut mieux les rendre inutilement à ceux à qui ils ne peuvent ni nuire, ni profiter, que d'en laisser manquer ceux qui en profiteraient.

Chacun doit s'en acquitter envers ses proches avec d'autant plus de soin qu'on en agit de même à son égard.

  • 1. Gen. XXIII, XXV, 9, 10, et XLVII, 30.
  • 2. Tob. II, 9, et XII, 12.
  • 3. Matt. XXVI, 7-13.
  • 4. Joan. XIX, 38.
  • 5. II Reg. II, 5.

Ô très doux Jésus, par la sueur de sang que vous avez éprouvée à Gethsémani, ayez pitié de ces âmes bénies !

Ô très doux Jésus, par les douleurs que vous avez souffertes dans votre douloureux couronnement d’épines, ayez pitié de ces âmes !

Ô très doux Jésus, par les douleurs que vous avez souffertes en portant votre croix jusqu’au Calvaire, ayez pitié de ces âmes !

Ô très doux Jésus, Par les douleurs que vous avez souffertes dans votre crucifiement très cruel, ayez pitié de ces âmes !

Ô très doux Jésus, par les douleurs que vous avez souffertes dans votre agonie très amère sur la croix, ayez pitié de ces âmes !

Ô très doux Jésus, par la douleur immense que vous avez soufferte en mourant incompris, rejeté de tous et solitaire, ayez pitié de ces âmes !
Amen

Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)