Deux cardinaux alertent tous les cardinaux sur le danger du futur synode pour la foi

26 Septembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Les cardinaux Raymond Burke et Walter Brandmüller.

Le 28 août 2019, les cardinaux Walter Brandmüller et Raymond Burke ont adressé, chacun de leur côté, une lettre à tous les cardinaux, pour les alerter sur les dangers pour la foi que constitue l’Instrumentum laboris du synode sur l’Amazonie. Ces deux prélats étaient déjà signataires, avec les défunts cardinaux Carlo Caffarra et Joachim Meisner, des Dubia (16 septembre 2016) sur l’exhortation post-synodale Amoris lætitia (19 mars 2016). Dubia adressés au pape et toujours restés sans réponse.

L’agence Catholic News Agency (CNA) a fait connaître la teneur de ces deux lettres. 

Le cardinal Brandmüller n’hésite pas à faire référence à la manière dont les récents synodes sur la famille et la jeunesse ont déjà été l’occasion de manœuvres subversives : « Comme le montre l’expérience de ces derniers synodes, il faut craindre que l’on tente non seulement de manipuler la session mais aussi d’exercer une forte pression sur elle ».

« Les formulations nébuleuses de l’Instrumentum, tout comme la proposition de créer de nouveaux ministères ecclésiastiques pour les femmes, et, surtout, la proposition de conférer l’ordination sacerdotale à des viri probati font surgir le fort soupçon de voir le célibat sacerdotal remis en question », écrit le prélat allemand.

Le cardinal Brandmüller, historien de l’Eglise, ajoute : « Nous devrons faire face à de graves attaques contre l’intégrité du dépôt de la foi, contre la structure hiérarchico-sacramentelle de l’Eglise et contre sa Tradition apostolique. Tout cela a créé une situation inédite dans l’histoire de l’Eglise, telle qu’on n’en a même pas connu lors de la crise arienne des IVe et Ve siècles. » Il appelle alors ses confrères à prendre leurs responsabilités, en leur déclarant : « se pose alors la grave question de savoir comment nous, cardinaux, dans cette situation historiquement inédite, pouvons agir à la hauteur de notre serment solennel de cardinaux, et comment nous pouvons réagir aux déclarations ou décisions éventuelles du synode ». Et d’évoquer le document final des pères synodaux, et l’exhortation post-synodale du pape.

Le cardinal Brandmüller affirme que l’ensemble des cardinaux doivent d’ores et déjà considérer de quelle manière ils réagiront « à toute déclaration ou décision hérétique de la part du synode », en précisant à chacun de ses destinataires : « Certes, en tant que cardinal, vous avez déjà réfléchi à la situation et même aux mesures qui pourraient être prises en commun. C’est pourquoi j’espère que Son Eminence, pour sa part, en profitera pour corriger, selon l’enseignement de l’Eglise, certaines positions exprimées dans l’Instrumentum laboris du synode de l’Amazonie, en utilisant aussi les réseaux sociaux », conclut-il.

De son côté, le cardinal Burke fait savoir qu’il « partage pleinement la profonde préoccupation du cardinal Brandmüller concernant le prochain synode sur l’Amazonie, en s’appuyant sur ce qui est contenu dans l’Instrumentum laboris. Plus précisément, il dénonce la manière dont ce document préparatoire envisage les relations avec le monde de la nature, en adoptant sans détour le discours écologiste et indigéniste. 

LE DANGER D’APOSTASIE 

L’Instrumentum « contredit l’enseignement constant de l’Eglise sur la relation entre le monde créé et Dieu, Créateur incréé, et l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu pour coopérer avec lui en tant que gardien du monde créé », écrit le prélat américain.

Il souligne que dans le document de travail du synode : « la vérité selon laquelle Dieu s’est révélé pleinement et parfaitement à travers le mystère de l’Incarnation du Rédempteur, le Fils de Dieu, est obscurcie, sinon niée. » Et il en déduit : « La conséquence logique de cela est que la mission de l’Eglise, sa mission d’évangélisation, est niée au profit d’un “enrichissement réciproque des cultures en dialogue” », comme l’affirme le paragraphe 122 du document. De cette façon, « le rôle juste de l’inculturation dans la mission d’évangélisation est contredit, à tel point que la culture en vient à conditionner la vérité révélée, au lieu que la vérité révélée purifie et élève toute culture », 

De plus, reprend le cardinal Burke, certains points soulevés par le cardinal Brandmüller « laissent présager une apostasie de la foi catholique ». C’est pourquoi il termine sa lettre par une prière : « Que notre enseignement, par la grâce de Dieu, soit efficace dans la lutte contre la grande menace qui pèse actuellement sur l’Eglise. Que la Vierge Mère de Dieu, saint Joseph, protecteur de l’Eglise universelle, les saints Pierre et Paul et les grands saints cardinaux intercèdent avec force pour le Collège des cardinaux en ces temps agités et troublants ».

On ignore si des cardinaux ont répondu à ces lettres.

LE POINT FAIBLE DES CRITIQUES SUR LE PROCHAIN SYNODE

Le 4 septembre 2019, l’historien Roberto de Mattei a accordé un entretien au journal allemand Die Freie Welt. Il y montre la faiblesse des critiques de l’Instrumentum laboris qui omettent de signaler la responsabilité personnelle du pape dans le synode sur l’Amazonie.

« Le pape François, lors d’un entretien accordé le 9 août à Vatican Insider (au journaliste Domenico Agasso Jr qui est responsable à La Stampa de la page Vatican Insider. NDLR), a déclaré que le prochain synode d’octobre “est le fils de Laudato si’. Ceux qui ne l’ont pas lu ne comprendront jamais le synode sur l’Amazonie”. Par ces paroles et d’autres déclarations, le pape revendique non seulement la responsabilité de la convocation du prochain synode, mais aussi le choix idéologique qui lie ce synode à son magistère. Le point faible des critiques des milieux ecclésiastiques à l’égard du prochain synode est précisément là : ils critiquent le document préparatoire (beaucoup à haute voix, peu ouvertement), mais sans désigner le pape François comme le responsable principal de cet événement, qui sera non seulement doctrinal, mais politique et médiatique. Nous assisterons au lancement de la nouvelle religion écologique dont Greta Thunberg est la prophétesse. Dans son entretien du 9 août, le pape François a dit qu’il reportait ses espoirs pour l’avenir sur des jeunes comme elle. Si les cardinaux et les évêques n’ont pas le courage de résister ouvertement au pape François, avec tout le respect qui lui est dû, en tant que pape, le combat, sur le plan humain, est perdu. Je dis sur le plan humain, parce que l’Eglise appartient à Jésus-Christ, qui l’assiste visiblement chaque jour et qui empêchera le suicide de l’Eglise de se produire. »

Sur le site Nuova Italia du 10 août, Roberto Pecchioli qualifie l’entretien du pape François à La Stampa d’« entretien sans Dieu ». Il reprend la réponse complète de François sur le synode et Laudato si’ : « [le synode] est fils de Laudato si’. Ceux qui ne l’ont pas lue ne comprendront jamais le synode sur l’Amazonie. Laudato si’ n’est pas une encyclique verte, c’est une encyclique sociale, qui se base sur une réalité “verte”, la protection de la Création », et le journaliste italien de commenter : « Aucune allusion à la faillite catholique en Amérique du Sud, où les évangéliques conquièrent des millions de fidèles chaque année. (…) Donc, aucune place pour Dieu et Jésus. Silence absolu sur les thèmes “chauds”, la famille, les dérives de la bioéthique, les défis du transhumanisme, l’atteinte au droit naturel, la défense de la vie, l’homosexualité, l’avortement. On les appelait “principes non négociables”, ils ont été mis de côté pour s’assurer une place de quatrième rang au grand bal de la post-modernité mondialiste. La doctrine est oubliée, semble-t-il au profit de la “prophétie”, nom pompeux que les romanciers donnent à leurs idées humaines, seulement humaines. Quant au Novissimi, autrement dit le destin eschatologique de l’homme, quelle barbe, quel ennui de reparler de l’enfer et du paradis, du salut et de la damnation, surtout de la part de pasteurs en grave crise de la foi ! »