Doctrine chrétienne : le sens de l’Eglise (2)

19 Septembre, 2019
Provenance: fsspx.news

Il faut croire à l’Eglise 

L’Eglise, à laquelle nous sommes incorporés par le baptême comme membres du Christ, est un objet de foi qui ne se laisse pas réduire à une analyse superficielle, statistique ou sociologique. 

L’élément quantitatif ne saurait expliquer la réalité profonde de l’Eglise. De même, une approche trop juridique d’une société régie par des lois et des rites ne saurait rendre compte de sa nature spirituelle, puisque l’Eglise, en tant que Corps mystique du Christ, repose sur ce lien mystérieux qui unit personnellement chaque âme au Christ et regroupe en Lui, comme les membres d’un même corps, tous les fils de Dieu. 

Une société visible dont la réalité est spirituelle 

L’Eglise est essentiellement une réalité spirituelle. Sans doute, elle se concrétise à nos yeux par le moyen des réalités visibles. La hiérarchie ecclésiastique, les sacrements, les formulaires dogmatiques, les lois et institutions ecclésiastiques, tout cet ensemble de réalités visibles font partie intégrante de la constitution de l’Eglise du Christ. Là où sont ces réalités, là est l’Eglise du Christ, identique à l’Eglise catholique. A travers elle se propage l’action de Dieu et du Christ, sa tête, son chef invisible. 

Gardons-nous de rêver d’une Eglise purement spirituelle, désincarnée, qui ferait abstraction de ces réalités charnelles. Déshumanisée, elle se volatiliserait. Car le Christ a fondé son Eglise sur Pierre et ses successeurs. Il a mis à sa tête les Douze qui se continuent dans la hiérarchie actuelle. C’est le Christ qui a donné aux Douze et à leurs successeurs le pouvoir d’enseigneur et de régir son Eglise. C’est Lui qui a institué les sacrements par le moyen desquels Il sanctifie les membres de son Eglise et se les unit. 

Le Père jésuite Yves de Montcheuil explique comment seule la foi permet de saisir les réalités invisibles et spirituelles qui passent à travers les réalités visibles auxquelles elles sont liées : 

« Les Juifs incrédules voyaient le Christ, ils l’entendaient, c’est-à-dire qu’ils constataient l’existence de ce qu’il y avait de visible en Lui. On ne peut pourtant pas dire qu’ils croyaient au Christ, qu’ils connaissaient le Christ, qu’ils savaient vraiment quel était Celui qu’ils voyaient : car ils ne voyaient en Lui qu’un homme parmi les autres hommes. Seuls les disciples fidèles qui croient que le Christ est le Verbe fait chair, qu’Il est le Fils de Dieu incarné, Le connaissent vraiment ; seuls ils ont le droit de dire qu’ils savent qui Il est. 

« Pareillement, les incroyants peuvent bien constater l’existence de cette société qu’on appelle l’Eglise catholique : n’y voyant qu’une société humaine, ils ne la connaissent pas. Car ils ne la tiennent pas pour une réalité surnaturelle qui, tout en ayant un corps, n’est pas réduite à ce corps. Pour nous qui avons la foi, il faut nous habituer à considérer toujours l’Eglise comme une réalité spirituelle, surnaturelle, qui se manifeste à travers un corps. Ce corps, cet élément visible fait partie d’elle-même : il est indispensable à son existence et à son action, tout comme le Corps du Christ Lui était essentiel et indispensable. Mais elle n’est pas que cela. Bien plus : de même que ce qui donne son sens à l’humanité du Christ est son union au Verbe, si bien qu’on ne peut pas dire de celui qui ne connaît le Christ que comme homme qu’il le connaît, même en partie, mais qu’on doit dire qu’il le méconnaît complètement, – ainsi celui qui ne voit de l’Eglise que ce qu’on peut appeler sa réalité sociologique ou juridique, l’organisation extérieure par laquelle elle ressemble plus ou moins aux autres sociétés humaines – celui-là ne la connaît pas à moitié, mais la méconnaît » (P. Yves de Montcheuil, Aspects de l’Eglise, Cerf 1949, pp. 17-18). 

Ainsi donc, de même que les Juifs incrédules sont passés à côté de la réalité du Christ, vrai Dieu et vrai Homme, et ont méconnu le Fils de Dieu, bien qu’ils connussent son existence, de même c’est totalement méconnaître l’Eglise que de la réduire à ses aspects purement visibles et à ses éléments humains. 

Méconnaître l’aspect spirituel et invisible de l’Eglise, c’est en faire un cadavre, un corps sans âme, la défigurer, et mettre de côté le remède et l’antidote au découragement ou aux réactions trop humaines devant les insuffisances des hommes et la trahison des clercs. 

D’après l’abbé Gaston Courtois, Le Sens de l’Eglise, Fleurus, Paris, 1950. 

A suivre : La mission surnaturelle de l’Eglise