La crise continue au sein du monde orthodoxe

03 Janvier, 2019
Provenance: fsspx.news
La cathédrale Sainte-Sophie de Kiev (Ukraine).

Depuis la décision du patriarche de Constantinople, Bartholomée 1er, le 11 octobre 2018, de reconnaître le patriarcat de Kiev comme « Eglise autocéphale », donc ne dépendant plus du patriarcat de Moscou, une crise s’est ouverte dans les pays orthodoxes. En témoigne la soudaine suppression de l’archevêché des Eglises orthodoxes russes en Europe occidentale, le 27 novembre 2018.

Issu de l’émigration russe blanche en Europe occidentale suite à la Révolution bolchevique de 1917, cet exarchat avait été reconnu comme « temporaire » par Constantinople en 1931, avant d’être élevé en 1999 au statut d’exarchat « permanent » par un tomos (décret) de l’actuel patriarche Bartholomée 1er. C’est cet acte qui a été révoqué par le « Saint Synode du Patriarcat œcuménique » réuni à Istanbul du 27 au 29 novembre dernier. 

L’archevêque Mgr Jean Renneteau a été, selon cath.ch, « complètement surpris par la décision » que le patriarche œcuménique Bartholomée lui a personnellement communiquée. Soixante-cinq paroisses, deux monastères et sept communautés monastiques sont concernés : en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Scandinavie et bien sûr aussi en France. Les paroisses françaises se trouveront intégrées aux paroisses de la métropole orthodoxe grecque de France. 

« Je suis très étonné par cette décision », déclare Yves Hamant, professeur émérite des universités, cité par le quotidien La Croix. « Cela va être difficile à avaler pour les paroissiens de l’archevêché, qui célèbrent la liturgie en slavon, accordent une grande place aux laïcs, et sont très attachés à leur autonomie ». Comment expliquer une telle décision ? Selon la Fondation Pro Oriente de Vienne, Constantinople a cité comme raison les « nécessités pastorales et spirituelles actuelles ». « Les circonstances historiques ayant conduit à la création d’une telle structure au lendemain de la Révolution russe d’octobre 1917 (…) ont profondément évolué (…). La décision d’aujourd’hui a pour but de renforcer encore plus le lien des paroisses de tradition russe avec l’Eglise mère du Patriarcat de Constantinople ». 

Selon le quotidien La Croix, outre la volonté de réduire l’autonomie de l’archevêché, aurait également pesé dans cette décision l’ambition pour le Patriarcat de Constantinople d’affirmer « plus encore sa primauté honorifique et pratique dans le monde orthodoxe, actuellement mise à mal du fait de graves tensions avec le Patriarcat de Moscou, depuis la reconnaissance en octobre par Constantinople de l’autocéphalie du Patriarcat de Kiev ».

En Ukraine, la controverse continue de provoquer des manœuvres politiques. Le président du parlement ukrainien a ainsi proposé d’attribuer la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev à l’« Eglise locale unifiée » en cours de création, alors qu’elle appartient à l’Eglise orthodoxe ukrainienne, liée au Patriarcat de Moscou.

Dans ce qui est considéré comme une politique de « harcèlement systématique » du clergé de l’Eglise fidèle à Moscou, le métropolite Paul de Vychgorod et Tchernobyl, supérieur de la laure des Grottes de Kiev, a subi une perquisition menée par les services de sécurité ukrainiens. Selon le Patriarcat de Moscou cité par cath.ch, cette action fait partie du « plan visant à contraindre les évêques liés au patriarcat de Moscou », à participer à l’assemblée d’unification voulue par le président Petro Porochenko et les autorités ukrainiennes. Ces dernières ont également fait pression sur des dizaines d’autres prêtres liés à Moscou, saisissant divers matériels à leur domicile privé.

Par ailleurs, le président Porochenko a décerné des prix honorifiques à deux évêques de l’Eglise orthodoxe ukrainienne favorables à la réunion avec le Patriarcat de Kiev… Sur les 90 hiérarques de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, 87 se sont prononcés contre « le concile de réunification » et pour le maintien du statut actuel de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, auto-administrée au sein du Patriarcat de Moscou.