La loi de Dieu dans les psaumes (2)

05 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

Loi de crainte ou loi d’amour ? 

La loi d’amour dans les psaumes 

Afin d’aider les hommes à accomplir généreusement la Loi, le Psalmiste rappelle sans cesse que si Dieu sera un Juge sévère pour ceux qui auront refusé de se soumettre à lui, il est avant tout un Dieu d’Amour qui aime passionnément les hommes qu’il a créés et pour lequel il est allé jusqu’à immoler son Fils unique. 

Persuadé que Dieu est infiniment bon, David invite les hommes à rechercher l’intimité divine pour expérimenter à leur tour la bonté de Dieu. Il leur dit : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon » (Ps 33, 8). Quant à lui, pénétré de cet amour divin, il n’a qu’un désir, celui de s’unir au divin Maître : « Pour moi, c’est mon bonheur de m’attacher à Dieu, de mettre mon espérance dans le Seigneur Dieu ; afin de publier toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion » (Ps 72, 28). Dans un autre psaume, il manifeste de nouveau l’objet incessant de son amour en s’exclamant : « Vous êtes mon partage, Seigneur ! » (Ps 118, 57). 

L’union du Psalmiste à Dieu et à sa loi est une union d’esprit et de cœur. Cela apparaît dans le même psaume 118, le plus long du Psautier puisqu’il contient 176 versets. Il est comme un chant d’amour de Dieu ou encore une hymne à la charité puisque la loi de Dieu est avant tout une loi d’amour.  

L’union de David avec Dieu : une union d’esprit 

L’union de David avec Dieu est d’abord une union d’esprit. Voilà pourquoi le roi-prophète déclarait déjà dans le psaume 93 : « Heureux l’homme, que vous avez vous-même instruit, Seigneur, et à qui vous enseignez votre loi » (Ps 93, 12). David désire que Dieu soit lui-même son guide. Il le répète à plusieurs reprises dans le psaume 118 : « Dévoilez mes yeux, et je considérerai les merveilles de votre loi » (Ps 118, 18). Le roi-prophète demande à Dieu de lui enlever le voile qui l’empêche de considérer les merveilles de sa loi, car il sait que Dieu seul peut lui faire saisir en profondeur le bien-fondé de sa loi. « Donnez-moi l’intelligence, afin que je connaisse vos témoignages » (Ps 118, 125). « Donnez-moi l’intelligence, insiste le Psalmiste, et je vivrai » (Ps 118,144). L’homme par nature est ténèbres, Dieu est Lumière. Comme le dit Notre-Seigneur à Nicodème : « La Lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la Lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3, 19). Saint Jean déclarait : « La Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres l’ont repoussée » (Jn 1, 5). 

Afin de voir les choses comme le bon Dieu, il est nécessaire que le Seigneur éclaire l’intelligence humaine. C’est ce qui se produit chez les âmes humbles. En effet, poursuit David en continuant à s’adresser à Dieu, « la révélation de vos paroles éclaire et donne l’intelligence aux tout petits » (Ps 118, 130). Ici, le Psalmiste enseigne déjà une leçon que l’on retrouvera dans la bouche de Notre-Seigneur : « Je vous loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, pour avoir caché cela à ceux qui ont la science et l’entendement, et pour l’avoir révélé aux tout petits » (Mt 11, 25). Seul ceux qui sont petits à leurs propres yeux méritent de recevoir l’enseignement divin. 

Et le roi-prophète déclare : « J’ai été plus intelligent que les vieillards, parce que j’ai recherché vos commandements » (Ps 118, 100). Il n’y a pas de science plus utile que celle qui conduit à découvrir la volonté de Dieu et à l’accomplir. L’acquisition de cette science est la marque de la véritable intelligence. 

L’union de David avec Dieu : une union de cœur 

L’union du Psalmiste avec Dieu est une union d’esprit mais aussi et surtout une union de cœur. « Heureux, déclare-t-il, ceux qui étudient ses ordonnances, et qui le cherchent de tout leur cœur » (Ps 118, 2). L’expression « chercher Dieu de tout son cœur » revient souvent dans la bouche du Psalmiste. Saint Robert Bellarmin le commente ainsi : « Cherchent Dieu de tout leur cœur ceux qui ne lui préfèrent ou ne lui égalent aucune créature, ne partageant jamais l’amour du cœur entre cette créature et Dieu, mais aimant Dieu, au contraire, pour lui-même et les créatures à cause de lui » (Explication des Psaumes, Vivès, 1856, III, p. 258). 

Des généralités, il en vient à décrire sa propre démarche : « Je vous ai cherché de tout mon cœur » (Ps 118, 10). Saint Jean Chrysostome donne à son tour le sens de l’expression « de tout mon cœur » : « De tout mon cœur c’estàdire avec toute l’ardeur dont je suis capable, avec un esprit dégagé de toutes les préoccupations de la vie, avec une âme élevée dans les hautes régions qui touchent à Dieu et détachée des liens du corps. De tout mon cœur signifie encore non seulement en paroles et de bouche, mais aussi d’esprit et de cœur » (Œuvres complètes, Vivès, 1868, VI, p.177). 

Cette recherche de Dieu et de sa volonté n’a pas été chez le Psalmiste une attitude passagère mais constante : « Mes yeux sont toujours tournés vers le Seigneur » (Ps 24, 15). « Mon âme a désiré avec ardeur vos ordonnances en tout temps » (Ps 118, 20). La quête de Dieu est le fruit de l’action du Seigneur dans son âme : « J’ai couru, dit le Prophète à Dieu, dans la voie de vos commandements, lorsque vous avez dilaté mon cœur » (Ps 118, 32). À l’action de Dieu, il joint sa coopération puisqu’il déclare : « J’ai incliné mon cœur à pratiquer vos lois, constamment, à cause de la récompense » (Ps 118, 112). David agit en vue de la rétribution qui est la vision et la jouissance de Dieu au paradis. Cela ne signifie pas que sa démarche soit purement intéressée, mais qu’il n’a qu’un désir dans sa vie : accéder au Ciel pour chanter les louanges de Dieu comme il le déclare lui-même : « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur » (Ps 88, 2). L’amour de Dieu et de La loi le conduit à s’écarter du péché : « J’ai caché, dit-il, vos paroles dans mon cœur, pour ne pas pécher contre vous » (Ps 118,11). David sait que Dieu et le péché ne peuvent pas cohabiter. Voilà pourquoi il fuit le péché comme la peste. Certes, il a hélas commis le péché d’adultère et d’homicide dans un moment d’égarement, mais depuis ce moment-là, il pleure ses fautes avec tellement de regret qu’il est vacciné à vie. Notre-Seigneur dira : « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » (Mt 6, 21). Le cœur du Psalmiste étant profondément attaché à Dieu, il est détaché du péché et n’a, par conséquent, que peu d’occasions de chute. 

L’union que le Psalmiste entretient avec Dieu conduit le divin Maître à s’ouvrir à lui et à lui faire connaître sa volonté. Le secret de la vie intérieure du Psalmiste réside dans la méditation régulière de sa loi. Aussi le Prophète déclare-t-il : « Votre loi est ma méditation » (Ps 118, 174). « Je méditais vos commandements, car je les aime » (Ps 118, 47). « Que j’aime votre loi, Seigneur ! Tout le jour elle est ma méditation » (Ps 118, 97). Cette méditation n’est pas facultative. Elle est vraiment indispensable pour qui veut avoir une vie spirituelle profonde. David en a conscience puisqu’il dit : « Si je n’avais fait ma méditation de votre loi, j’aurais déjà péri dans mon affliction » (Ps 118, 92). 

L’union intime avec Dieu entraîne une paix profonde dans l’âme si bien que les tentations n’ont plus d’emprise sur les âmes ferventes : « Il y a une grande paix pour ceux qui aiment votre loi, et rien n’est pour eux occasion de chute » (Ps 118, 165). Cependant, l’union à Dieu ici-bas restant imparfaite, David souhaite atteindre rapidement la vision face à face le Seigneur : « Comme le cerf soupire après les sources des eaux, ainsi mon âme soupire vers vous, ô Dieu. Mon âme a soif du Dieu fort et vivant ; quand viendrai-je, et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (Ps 41, 2). 

L’amour du prochain  

En voyant l’amour que le Psalmiste porte à Dieu, on pourrait se demander si cet amour ne le conduirait pas à négliger celui du prochain. En réalité, l’amour de Dieu inclut celui du prochain. C’est d’un même élan que le Psalmiste se tourne vers Dieu et vers les hommes créés à son image. 

Aussi, n’hésite-t-il pas à dire à ses lecteurs : « Détournez-vous du mal, et faites le bien » (Ps 33, 15). L’attachement au souverain Bien inclut la haine du mal. C’est pourquoi David précise : « Vous qui aimez le Seigneur, haïssez le mal » (Ps 96, 10). Voici comment saint Robert Bellarmin interprète ce verset : « Le Prophète ne pouvait pas exhorter le peuple de Dieu en termes plus brefs et plus énergiques. Ce mot, vous qui aimez le Seigneur, comprend tous les vrais fidèles, tous ceux qui le sont par le cœur, car la charité comprend toutes les vertus. Vous, dit le Prophète, qui êtes fidèles non par l’extérieur, mais par le fond de l’âme, selon le sens le plus intime de la Loi, haïssez le mal ; je ne vous dis pas : Fuyez le mal, éloignez-vous du mal, ce que l’on peut faire par un acte purement extérieur ; mais : Détestez-le dans votre cœur » (Explication des Psaumes, Vivès, 1856, III, p. 18). Et il ne faudrait pas croire que David se serait contenté d’énoncer un principe général. 

Il entre dans les détails : Ira au Ciel, dit-il, « celui qui parle sincèrement selon la vérité qui est dans son cœur ; qui n’a point usé de tromperie dans ses paroles ; qui n’a point fait le mal à son prochain, et qui n’a point écouté les calomnies contre son frère. » David invite ici à éviter les péchés de la langue et de l’ouïe. Il demande d’éviter la duplicité du langage, le mensonge et la calomnie (Ps 14, 3-4). 

Plus loin, il poursuit : « Il [le juste ndlr] fait serment à son prochain et ne le trompe pas ; il ne donne point son argent à usure, et ne reçoit pas de présents contre l’innocent » (Ps 14, 5). Le juste évite d’être parjure même lorsqu’il a fait un serment qui tourne à ses dépens précise la version hébraïque. Il évite également les prêts à intérêt qui seraient au détriment de son prochain. L’usure était rejetée par toutes les âmes droites de l’antiquité. Elle était punie par les lois romaines. Le Psalmiste exhorte donc ici à fuir l’avarice.  

Ainsi le roi-prophète ayant à cœur de plaire à Dieu obéit à sa loi et rend ses devoirs à l’égard de son prochain, et il ne se limite pas à la pratique d’actes extérieurs. Il travaille également à purifier ses intentions puisqu’il déclare : « L’homme aux mains innocentes et au cœur pur, celui qui n’a pas reçu son âme en vain ni fait à son prochain un serment trompeur. Celui-là recevra la bénédiction du Seigneur » (Ps 23, 4-5). Les mains innocentes désignent les actions et le cœur pur la droiture d’intention. Voici comment saint Thomas d’Aquin analyse les propos du Psalmiste : « Pour parvenir à Dieu, il faut à la fois la pureté des mains et la pureté du cœur. Cela suppose d’éviter de dissiper son âme dans la vanité, de ne pas se glorifier de ses qualités, ni de laisser sa sensualité parvenir au consentement du péché. Enfin, cela suppose d’être franc et d’éviter par conséquent le serment mensonger » (Commentaire sur les psaumes, Cerf, 1996, p. 288). 

La lecture attentive des propos du Psalmiste permet de conclure qu’il aime Dieu de tout son esprit et de tout son cœur et son amour envers Dieu se reflète dans les rapports avec son prochain, car il ne lui veut et ne lui fait que du bien. 

Seul l’amour parfait de Dieu chasse la crainte 

Les psaumes révèlent que le Psalmiste, tout en ayant eu une sainte crainte de Dieu, avait surtout son esprit et son cœur très attaché à lui. Dieu était vraiment le tout de sa vie. David voyait à travers Dieu un être infiniment grand, infiniment beau, infiniment puissant et en même temps, quelqu’un de très proche à qui il pouvait s’ouvrir en toute confiance. Alors que Notre-Seigneur n’était pas encore descendu sur terre pour racheter les hommes, les âmes les plus avancées dans la vie spirituelle avaient donc déjà dans l’Ancien Testament des rapports très intimes avec Dieu. 

Aujourd’hui, nous avons encore bien plus de raisons d’aimer Dieu que David, étant donné tout ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous depuis son Incarnation jusqu’à sa mort sur la croix. Nous avons également plus de motifs d’aimer notre prochain ayant sous les yeux le magnifique exemple donné par le divin Maître et l’ordre qu’il a intimé le soir du Jeudi saint à ses Apôtres : « Je vous donne un commandement nouveau ; celui de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34). L’amour de Dieu en lui-même et dans le prochain a donc la première place dans le cœur du catholique. Cependant elle n’élimine pas pour autant toute crainte de Dieu.  

Certes, nous devons éviter de nous laisser envahir par une crainte paralysante, terrorisante, démoralisante, mais il nous est nécessaire de conserver à l’égard de Dieu une crainte révérencielle qui nous attache définitivement à lui et nous conduit à ne plus jamais le perdre. Il est vrai qu’en soi, il est préférable d’aimer Dieu que de le craindre, l’amour étant une disposition qui touche le fonds de l’âme alors que la crainte est un sentiment inférieur car elle ne nous meut que de l’extérieur. L’amour est donc en soi supérieur à la crainte. Cependant, dans la vie, à certains moments, la crainte servile de Dieu est très utile.  

Elle aide notamment la personne qui est sur le point de se convertir. Celle-ci prenant conscience de la laideur de son âme en raison des péchés qu’elle a commis et dont elle ne percevait pas jusque-là la gravité, réalise tout à coup qu’elle est sur le chemin de l’enfer. Et comme le fait remarquer le père Spicq, c’est une « crainte efficace d’ailleurs, qu’inculque la pédagogie divine, car la menace des sanctions l’emporte sur la séduction du péché et devient un principe de fidélité aux commandements. C’est le commencement de la sagesse (Ps 111, 10) » (Théologie morale du Nouveau Testament, Gabalta, II, 1970, p. 548).  

Par la suite, chez les fidèles plus avancés dans la vie spirituelle, la crainte servile est encore un garde-fou précieux pour éviter certaines chutes. Saint Paul n’a-t-il pas demandé aux Philippiens de « travailler à leur salut avec crainte et tremblement » ? (Ph 2, 12). C’est pour susciter cette crainte de Dieu que le Christ a si souvent parlé de l’enfer et, aux dires de saint Jean Chrysostome, « Dieu nous a prédit qu’il a préparé le feu de l’enfer, pour n’être point obligé de nous y précipiter, et c’est pour cette raison que dans l’Évangile il parle bien plus souvent des supplices éternels que du royaume des cieux. Comme les esprits peu éclairés se laissent plus facilement détourner du vice et amener à la pratique de la vertu par la crainte des châtiments que par l’espérance des biens promis, Dieu s’attache à leur remettre continuellement ces châtiments sous les yeux » (Œuvres complètes, Vivès, 1868, VI, p. 18). 

Mais il ne faudrait pas en conclure que Dieu serait pour autant un être sévère, intraitable, dur. Voilà pourquoi le saint docteur tient à nous rassurer : « Ne nous troublons donc point, dit-il, ces paroles redoutables partent d’un cœur extrêmement miséricordieux, et plus elles nous paraissent dures et insupportables, plus elles sont dictées par un sentiment de douceur ineffable » (ibid.). 

La crainte a donc son utilité à différents stades de la vie spirituelle. À ceux qui n’en seraient pas persuadés, j’ose poser la question : « S’il y a aujourd’hui tant d’âmes à commettre des péchés mortels, cela ne vient-il pas du fait que leur amour de Dieu s’est refroidi et qu’elles n’ont pas su le compenser par la crainte de Dieu et de l’enfer ? » C’était déjà l’interprétation de Dom Guillerand il y a cinquante ans. Il faisait déjà le lien entre l’absence de crainte de Dieu et la banalisation du péché : « La crainte de Dieu est rare », déplorait-il. Et il ajoutait : « On pèche sans vergogne et sans grand repentir » (L’Ermitage, Claude Martingay, 1969, p. 99). 

En définitive, seul l’amour parfait peut légitimement éliminer la crainte de Dieu. C’est ce qu’enseigne saint Jean, l’Apôtre de la charité : « En ceci l’amour atteint la perfection avec nous, que nous ayons pleine assurance au jour du Jugement. De crainte, il n’y en a pas dans l’amour de charité. Mais ce parfait amour jette dehors la crainte, parce que la crainte implique le châtiment ; or, celui qui craint n’atteint pas la perfection dans l’amour de charité » (1 Jn 4,17-18). Précisons que la crainte dont parle ici saint Jean est la crainte servile, car la crainte filiale demeure même au Ciel comme nous l’avons vu précédemment. 

L’évolution de la Loi de l’Ancien au Nouveau Testament 

Quand on analyse en profondeur l’évolution de la Loi de l’Ancien au Nouveau Testament, on retrouve le principe énoncé par Notre-Seigneur lui-même : « N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes, je ne suis pas venu abroger mais parfaire » (Mt 5,17). On comprend alors les propos de Dom Guillerand dans le livre L’Ermitage déjà cité : « Penchez-vous inlassablement sur la Bible pour y découvrir Dieu tel qu’il se révèle lui-même. N’opposez pas le Dieu d’Amour du Nouveau Testament au Dieu de crainte de l’Ancien : C’est une antithèse illusoire. Il n’y a qu’un Dieu qui ne varie ni ne se contredit. Ce qu’il était avant l’Incarnation, il le demeure » (L’Ermitage, p. 100). 

C’est pourquoi, si l’amour de Dieu doit être aujourd’hui plus que jamais le moteur de notre vie spirituelle, la crainte de Dieu ne doit pas être bannie d’un revers de main comme étant dépassée, désuète ou indigne d’un chrétien.  

Pour garder l’équilibre catholique, il est bon de conserver en mémoire les propos de saint Augustin : « Dieu est à la fois aimable et terrible. Il est aimable parce que c’est un Dieu de Bonté, un Dieu de Miséricorde, mais il est terrible parce que c’est un Dieu de Justice, et même comme le dit la sainte Écriture, c’est le Dieu des vengeances. Comme terrible, il veut être craint, comme aimable il veut être aimé. Aussi il nous faut le craindre et il nous faut l’aimer tout à la fois, c’est-à-dire le craindre d’une crainte mêlée d'amour et l’aimer d'un amour mêlé de crainte. Mais il y a plus : Dieu veut être davantage aimé que craint et il ne se tiendrait pas honoré comme il doit l’être si nous le craignions plus que nous l’aimions. »  

Sans exclure de notre âme la crainte de Dieu dont nous venons de montrer l’intérêt, profitons de ce temps pascal pour demander à Dieu de susciter en elle un grand amour de lui-même et de sa Loi, et vivons dès à présent dans son intimité afin que notre vie soit désormais une ascension continuelle vers lui jusqu’au moment où il nous donnera la juste récompense promise aux élus dans l’éternité bienheureuse du Ciel. 

Abbé Patrick Troadec