La vie nouvelle du baptisé dans les psaumes (1)

22 Avril, 2020
Provenance: fsspx.news

L’Église dans sa liturgie manifeste sa joie durant le temps pascal en répétant sans cesse dans sa prière le mot « alléluia » qui signifie en hébreu « gloire à Yahweh » « gloire à Dieu ». Elle glorifie Dieu qui a eu pitié de l’homme en le rachetant de ses péchés et en lui permettant de retrouver le chemin du Ciel.  

Afin de nous réjouir en ce temps pascal à la suite de Notre-Dame, des saintes femmes, des Apôtres et de tous les autres témoins de la résurrection du Christ, contemplons le plan du salut et voyons quelle transformation merveilleuse est opérée dans l’âme du baptisé, grâce à la mort et à la résurrection de Jésus-Christ. 

L’origine de la vie nouvelle du baptisé 

La Rédemption : la nouvelle alliance 

Le plan du salut a été résumé de manière sublime par le Psalmiste quand, portant un regard de foi sur l’avenir, il annonçait : « Le Seigneur a envoyé la rédemption à son peuple. Il a conclu avec lui une alliance éternelle » (Ps 110, 9). Pour comprendre la signification de cette prophétie, il importe de bien saisir la portée des deux termes : rédemption et alliance.  

Le mot rédemption signifie rachat. Il implique le fait que l’homme qui vivait en compagnie du bon Dieu au paradis terrestre a été vendu au diable en se laissant séduire par lui. Il s’est lui-même livré au démon en commettant le péché originel. Depuis lors, il est tombé dans l’esclavage de Satan. Mais Dieu dans sa grande miséricorde a eu pitié de lui. Il a voulu le racheter. C’est bien ce que chantera Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, en composant le beau cantique du Benedictus : « Béni le Seigneur Dieu d’Israël, car il a visité, et opéré la rédemption de son peuple » (Lc 1, 68). Dieu a opéré la rédemption de son peuple, c’est-à-dire son rachat et le prix à payer a été le sang de son Fils Jésus-Christ. 

Le Psalmiste joint au terme de rédemption celui d’alliance. L’alliance implique un engagement réciproque ; ici en l’occurrence, c’est une alliance d’amour. L’alliance désigne le fruit de l’amour de Dieu pour l’homme et, en retour, elle attend l’amour de l’homme à l’égard de Dieu. Si Dieu s’est incarné, c’est par amour pour l’homme et c’est dans le but de contracter avec lui une nouvelle alliance, la première ayant eu lieu sous Moïse. Cette deuxième alliance s’est produite par Jésus-Christ sur la croix quand il a offert sa vie pour le salut du genre humain, et elle se renouvelle chaque jour sur l’autel durant le saint sacrifice de la messe, au moment de la consécration. En consacrant le précieux sang, le prêtre prononce ces paroles si émouvantes : « Ceci est le calice de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, mystère de la foi, répandu pour beaucoup en rémission des péchés ». L’Église joint dans ses prières le terme de sang, qui fut à l’origine de notre rédemption, et celui d’alliance. Le sang implique le sacrifice et l’alliance l’amour. Ainsi, ici-bas, il n’y a pas d’amour vrai sans sacrifice. En effet, la première alliance sous Moïse était déjà une alliance d’amour et elle s’était déroulée, elle aussi, au cours d’un sacrifice, un sacrifice sanglant, figure du sacrifice du Christ. Moïse avait pris un rameau d’hysope qu’il avait trempé dans le sang de taureaux, et il en avait aspergé le peuple en disant : « Voici le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous à condition que vous gardiez toutes ses paroles » (Ex 24, 4-8). 

Dans la nouvelle alliance, on retrouve le sang, celui de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Jésus a versé son sang pour nous et il attend en retour que nous nous soumettions à lui de tout notre cœur et que nous pratiquions la charité fraternelle, d’où le commandement nouveau qu’il a donné à ses Apôtres le soir du Jeudi saint : « Voici quel est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12).  

Le bon Dieu a voulu rattacher à son alliance un engagement réciproque et sceller cet engagement au cours d’un sacrifice. Ainsi, les termes d’alliance, d’engagement et de sacrifice sont-ils intimement liés.  

Il est beau de constater que le grand mystère du salut et son fruit merveilleux, à savoir la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, sont déjà annoncés par cette prophétie du Psalmiste que nous venons d’expliciter : « Le Seigneur a envoyé la rédemption à son peuple. Il a conclu avec lui une alliance éternelle » (Ps 110, 9). 

Pour bénéficier du salut apporté par Dieu à l’homme en la personne de son Fils Jésus-Christ, la première disposition que l’homme doit acquérir est l’humilité. Dieu se laisse attirer par les âmes humbles comme cela est exprimé au psaume 112 : « Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, qui habite dans les lieux les plus élevés et qui abaisse ses regards vers ce qu’il y a de plus humble dans le Ciel et sur la terre ? Il tire de la poussière celui qui est dans l’indigence, et il élève le pauvre de dessus le fumier pour le placer avec les princes, avec les princes de son peuple » (Ps 112, 5-8). 

Pour aider à prendre conscience de la transformation sublime opérée dans l’âme du baptisé et de son degré d’élévation par la grâce, le Psalmiste recourt à la double image d’un pauvre placé sur un tas de fumier et d’un prince qui domine son peuple. L’homme, racheté par le sang du Christ, reçoit par le baptême la grâce immense de quitter l’esclavage du démon et de la boue du péché pour devenir enfant de Dieu. En devenant membre de l’Église, il est arraché des griffes du diable et il est élevé au rang d’ami de Dieu. Il devient alors héritier en puissance du royaume du Ciel. L’onction de saint chrême sur le front du baptisé symbolise cette dignité du chrétien. Noblesse oblige ! Le baptisé est appelé à mener désormais une vie conforme à sa dignité. C’est ainsi que pour lui, « servir Dieu, c’est régner », selon la belle expression du pape saint Léon. Voilà les fruits merveilleux de la mort et de la résurrection du Christ. 

L’agneau pascal 

Le transfert de propriété de l’homme du diable à Dieu a été figuré dans l’Ancien Testament. Les Hébreux, après avoir consommé l’agneau pascal, ont quitté l’Égypte où ils étaient esclaves pour gagner la Terre promise, image du Ciel (Ex 12). Leur passage à pied sec à travers la Mer Rouge symbolisait le passage de Notre-Seigneur de la mort à la vie, et notre propre passage de la mort du péché à la vie de la grâce. Notre-Seigneur est le véritable Agneau qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10,11). Saint Jean-Baptiste ne l’avait-il pas désigné comme l’Agneau de Dieu destiné à enlever les péchés du monde (Jn 1, 29) ? La magnifique Séquence du Victimae paschali laudes exhorte les fidèles à immoler des louanges à la sainte Victime désignée sous la forme de l’Agneau : « À la victime pascale, venez, chrétiens, immoler des louanges ! L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec son Père ». Notre-Seigneur est le véritable Agneau dont l’agneau pascal était la figure. 

Lors de la dernière Pâque, le Jeudi saint, Notre-Seigneur a consommé l’agneau pascal en présence de ses Apôtres et à la fin du repas, il a entonné le grand Hallel, composé des psaumes 112 à 116. Or le psaume 113 raconte précisément l’événement de la libération des Hébreux du joug des Égyptiens au temps de Moïse, et leur entrée dans la Terre promise.  

Le baptême et la grâce figurés dans les psaumes 

Dans le psaume 113, le Psalmiste dépeint de façon imagée la sortie d’Égypte et le passage des Hébreux à travers la Mer Rouge, puis quarante ans plus tard, la traversée du Jourdain : « Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare, […] la mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain retourna en arrière » (Ps 113, 1-2). Deux miracles sont décrits ici : l’ouverture de la Mer Rouge permettant aux Hébreux de la traverser à pied sec et sa fermeture sur les Égyptiens désignés comme un peuple barbare, puis l’ouverture du Jourdain quarante ans plus tard permettant aux Hébreux d’atteindre la Terre Promise, c’est-à-dire la Judée, figure du Ciel. Le premier miracle montre comment le baptême détruit en l’homme le péché, symbolisé par la mort des Égyptiens, et le second indique comment ce sacrement lui donne l’accès au Ciel. Voilà pourquoi le Christ a voulu que son baptême ait lieu dans le fleuve du Jourdain. Ce jour-là, le ciel s’ouvrit et la voix du Père se fit entendre pour bien montrer comment le baptême fait de nous des enfants de Dieu et nous donne la possibilité de conquérir le Ciel. 

Le Psalmiste continue sa description en disant : « Le Dieu de Jacob a changé la pierre en des torrents d’eaux, et la roche en fontaines abondantes » (Ps 113, 8). Il fait ici allusion aux miracles produits dans le désert à la prière de Moïse, lorsqu’une sècheresse terrible sévissait. Dieu fit jaillir l’eau du rocher pour étancher la soif des Hébreux et abreuver les animaux. Cette eau salvatrice figurait l’eau de la grâce sanctifiante qui permet au baptisé de vivre de la vie divine déposée en lui au baptême et d’étancher ainsi sa soif des biens surnaturels. Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai ne connaîtra plus jamais le tourment de la soif, car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui-même source d’eau jaillissante pour la vie éternelle » (Jn 4, 13-14). 

En dehors du psaume 113, un autre psaume fait allusion de façon encore plus explicite au baptême : le psaume 28. Il renferme ces mots mystérieux : « La voix du Seigneur a retenti sur les eaux » (Ps 28, 3). C’est une prophétie du baptême de Notre-Seigneur, au dire de saint Robert Bellarmin. « Lorsque Notre-Seigneur eût été baptisé dans les eaux du Jourdain, Dieu annonça lui-même au monde entier que Jésus-Christ était son Fils : cette voix du Seigneur sur les eaux serait donc cette magnifique parole entendue au baptême de Jésus-Christ : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances” (Mt 3, 17). Car alors la majesté de Dieu tonna, et son tonnerre retentit sur une grande abondance d’eau, puisqu’alors fut institué le baptême, et donné aux eaux du monde entier la vertu de régénérer les enfants de Dieu. » 

La nature de la vie nouvelle du baptisé 

La liturgie pascale est une liturgie baptismale. C’est en effet au cours de la vigile pascale qu’a lieu la confection de l’eau baptismale suivie du renouvellement des promesses du baptême. 

Le catholique a deux vies : une vie naturelle et une vie surnaturelle. La vie naturelle est celle qui est reçue à la naissance et qui est commune à tous les hommes, et la vie surnaturelle est une vie qui est au-dessus de ce que peut produire la nature, une vie qui ne peut être infusée que par Dieu et qu’il communique aux membres de son Église. Cette deuxième vie est conférée à l’âme par le baptême. Notre-Seigneur en a parlé à Nicodème, ce notable juif qui venait s’entretenir avec lui de religion. Notre-Seigneur lui dit : « Amen, Amen, je te le dis, personne à moins de naître de nouveau ne peut voir le Règne de Dieu » (Jn 3, 3). Le divin Maître parle ici explicitement d’une deuxième naissance et il appuie son affirmation de toute son autorité en disant : Amen, Amen, je te le dis. Nicodème ne comprenant pas ce que le Christ lui enseigne, Jésus répète ce qu’il vient de dire en donnant de nouvelles précisions : « Amen, Amen, je te le dis, personne à moins de naître de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le Royaume des Cieux. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est Esprit » (Jn 3, 5-6). Ici, Notre-Seigneur affirme que cette nouvelle naissance est d’ordre spirituel. Elle provient de l’eau et de l’Esprit-Saint. Saint Pierre développe à son tour la même idée à ses fidèles : « Vous avez été réengendrés d’une semence non pas corruptible mais incorruptible, par une Parole vivante et permanente » (1 P 1, 22, 23). Saint Pierre parle ici de semence incorruptible. Donc le fruit de la naissance communiqué au baptême est une semence divine qui se trouve dans l’âme de manière stable même si l’homme peut - hélas ! - la perdre par le péché mortel. L’Église donne à cette semence le nom de « grâce sanctifiante » pour montrer qu’il s’agit d’un don gratuit de Dieu et faire comprendre qu’elle rend l’homme saint, c’est-à-dire agréable à Dieu. La grâce sanctifiante est donc un germe divin déposé dans l’âme du juste qui le rend « participant de la nature divine ». Cette expression très forte est encore de saint Pierre (2 P 1, 4).  

C’est bien de cette vie que parlait le Psalmiste lorsqu’il disait à la fin du psaume 113 que nous avons commenté : « Ce ne sont point les morts qui vous loueront, Seigneur, ni tous ceux qui descendent dans l’enfer. Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur maintenant et dans tous les siècles » (Ps 113, 17-18). Saint Jean Chrysostome l’interprétait ainsi : « Les morts dont parle ici le Psalmiste, ce ne sont pas ceux qui ont quitté cette vie, mais ceux qui sont morts dans leur impiété ou qui avaient croupi dans le crime. Nous qui vivons doit s’entendre de ceux qui passent leur vie dans la pratique de la vertu

« Maintenant et dans tous les siècles. Vous voyez ici une nouvelle preuve de cette interprétation, c’est-à-dire que le Psalmiste veut parler de ceux dont la vie a été une suite continuelle de bonnes œuvres. Car personne ici-bas ne vit dans les siècles des siècles, c’est le privilège exclusif de ceux qui méritent la vie glorieuse et éternelle. Les élus ont ainsi le privilège de vivre dans les splendeurs de la gloire et, de concert avec les puissances des cieux, ils chantent à Dieu des hymnes spirituels. Voulons-nous avoir part à cette joie ? Vivons ici-bas de cette même vie, et nous obtiendrons aussi cette récompense privilégiée. »  

Abbé Patrick Troadec 

A suivre 

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