Le cardinal Müller jette une pierre dans le jardin du pape François

13 Février, 2019
Provenance: fsspx.news

Communion des « divorcés-remariés », éternité de l'enfer, sacerdoce des femmes, célibat sacerdotal en question, pluralisme religieux : le cardinal Ludwig Müller dénonce « la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi », dans un document considéré au Vatican comme une attaque contre le pape François. 

« Face à la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi (…) Garder le silence sur ces vérités et d'autres vérités de la foi, et enseigner avec cette disposition d’esprit, est la pire des impostures » : dès les premières lignes de son Manifeste pour la foi, rendu public le 8 février 2019, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi entend dénoncer sans les nommer les équivoques de l’actuel pontificat. 

Vatican Insider - l’un des canaux officieux du Vatican en matière de communication - ne s’y est d’ailleurs pas trompé : « les corrections sont précises et ciblées (…) le cardinal Müller critique la doctrine du pape François, soulignant sa prétendue confusion », écrit le vaticaniste Domenico Agasso le 9 février. 

Il est à noter que le manifeste de Mgr Müller est diffusé alors que vient de paraître le Document sur la Fraternité humaine, co-signé le 4 février 2019 aux Emirats arabes unis, par le pape François et le grand imam d'Al-Azhar Ahmed Muhammad al-Tayyib. 

Dans ce texte, le pape évoque une thèse - étrangère à la Tradition de l’Eglise comme à la Révélation divine - selon laquelle « le pluralisme et la diversité des religions sont voulus par la même volonté divine et sage, par laquelle Dieu a créé les êtres humains » : de tels propos furent-ils pour le haut-prélat la goutte d’eau qui fit déborder le vase ? 

On peut le penser au vu de cette affirmation du cardinal : « c’est avec détermination que nous devons faire face à la réapparition des anciennes hérésies qui, en Jésus-Christ, n’a vu qu’une personne de bien, un frère et un ami, un prophète et un exemple de vie morale ». 

Au lendemain de la publication du Manifeste cardinalice, une contre-attaque se dessine par le biais de Vatican Insider, visant à relativiser les propos du cardinal Müller : on insiste sur le fait que celui-ci n’a pas été reconduit dans ses fonctions de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2017, sous-entendant un possible ressenti de sa part qui ne serait pas pour rien dans la charge du 8 février. 

De plus, on se plait à souligner que le Manifeste a été diffusé par le biais de Lifesite, site conservateur américain qui appelle ouvertement à la démission du pape François. 

Une manière d’éluder la dimension doctrinale de la question, et de faire écho à la thèse du cardinal Walter Kasper dénonçant le 27 janvier 2019, dans les colonnes de Il Fatto Quotidiano l’existence d’une conspiration fomentée par les conservateurs contre le pape François. 

D’ailleurs, le cardinal Kasper a réagi le 10 février auprès de katholisch.de, au Manifeste de son confrère allemand, l’accusant de « répandre la confusion et la division ». 

Mais il en faudra probablement davantage pour ôter la nouvelle pierre de taille, lancée au cœur de l’hiver dans les jardins du pape argentin, par un cardinal qui se plait à rappeler qu’il a toujours l’oreille... du pape émérite, Benoît XVI.