Le chemin du Ciel dans les psaumes (1)

11 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

En ce temps pascal, l’Église se prépare progressivement à solenniser la montée de Jésus-Christ au Ciel à l’Ascension. Dans son discours après la Cène, Notre-Seigneur avertit ses Apôtres qu’il va auprès de son Père pour leur préparer une place au paradis (Jn 14, 2).  

Dieu a créé l’homme pour le Ciel. Aussi, est-il primordial de savoir quel chemin emprunter pour y accéder, car depuis le péché originel, deux élans contraires ne cessent de se combattre dans l’âme humaine, l’un qui l’élève, l’autre qui l’abaisse ; l’un qui l’oriente vers la fin assignée primitivement par Dieu, l’autre qui le ramène aux bassesses de la convoitise ; l’un que dirige sans cesse la voix de l’Église : sursum corda, « haut les cœurs » ; l’autre que sollicite perpétuellement la voix du tentateur : « Jette-toi en bas » (Mt 4, 6). L’un conduit l’homme au bonheur éternel, l’autre à son malheur éternel. Il y a donc ici-bas deux chemins, deux sentiers : l’un qui mène au Ciel, l’autre qui conduit en enfer. Il s’agit de ne pas se tromper de route. 

Le choix entre deux chemins 

Mauvais et bons, impies et fidèles, pécheurs et justes, tous marchent. Les pas de cette marche sont les pensées, les désirs et les actions. Cependant, les fruits des actions des bons et des méchants sont opposés. Par conséquent il existe bien deux sentiers, deux routes, deux voies. La sainte Écriture le rappelle sans cesse.  

Par exemple, au livre du Lévitique, le Seigneur dit : « Si vous vous conduisez suivant mes lois, si vous gardez mes commandements et les pratiquez, je vous accorderai les pluies en leur saison ; la terre donnera ses produits, et les arbres donneront leurs fruits. […] Mais si vous ne m’écoutez pas et ne pratiquez pas tous mes commandements, si vous méprisez mes lois…, je vous punirai par la terreur, la consomption et la fièvre, qui éteignent les yeux et consument la vie… » (Lv 26, 3-16). Il en est de même au livre du Deutéronome : « Voici que je mets aujourd’hui devant vous une bénédiction et une malédiction : la bénédiction si vous obéissez aux commandements de Yahweh, votre Dieu, que je vous commande aujourd’hui ; la malédiction, si vous n’obéissez pas aux commandements de Yahweh, et si vous vous détournez de la voie que je vous commande en ce jour, pour aller auprès d’autres dieux que vous n’avez pas connus » (Dt 11, 26-28). « Je te propose aujourd’hui, dit le Seigneur, la vie avec le bien ou la mort avec le mal. […] Choisis la vie afin de vivre toi et ta postérité, en aimant Yahweh ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui » (Dt 30, 15). Ainsi le Seigneur lui-même qui est l’auteur de la sainte Écriture enseigne que l’humanité est partagée en deux camps. 

Le Psalmiste en est convaincu puisque dès le premier psaume, il met en opposition les bons et les impies. Le premier mot de ce cantique inspiré est Beatus « bienheureux », et le dernier mot peribit « périra ». Le psaume 111 commence et finit lui aussi par les mêmes termes. « Bienheureux », c’est l’annonce du bonheur éternel, « périra », c’est la menace du malheur éternel. David précise encore dans le même psaume 1er : « Tout ce que fait [le juste] prospérera. Il n’en est pas ainsi des impies, il n’en est pas ainsi » (Ps 1, 3-4). « Prospérer » signifie atteindre le but à savoir : le Ciel. Tout ce qu’accomplit le juste, guidé par l’Esprit-Saint, est méritoire de la vie éternelle. Par contre, les actions du pécheur, désigné ici par le terme « impies », sont nulles pour le Ciel. Loin d’engranger des mérites pour l’éternité, l’impie se prépare à la damnation.  

« Le Seigneur connaît la voie des justes, et le chemin des impies périra » (Ps 1, 6). Dans beaucoup de passages des Écritures, nous trouvons que, pour Dieu, connaître, c’est conserver. Connaître, pour Dieu, c’est garder ; ne pas connaître, c’est condamner. Le Seigneur connaît la voie des justes, cela signifie qu’il approuve leur voie, qu’il bénit les justes et leur prépare une place dans son paradis. Par contre, le chemin des impies périra, c’est-à-dire que leur chemin les conduira à leur perte. 

Il y a donc ici-bas deux voies : d’un côté, la prospérité, de l’autre, la perversion. « Le Seigneur garde tous ceux qui l’aiment et il perdra tous les pécheurs » (Ps 144, 20). Dieu sauve ceux qui mettent leur espérance en lui, mais il perd « ceux qui osent s’en prendre à lui et non à eux-mêmes et qui discutent contre lui tous les jours. […] Le temps viendra où les uns et les autres seront séparés, et il en sera fait deux parts, dont l’une sera mise à droite et l’autre à gauche ; et les justes recevront le royaume éternel, tandis que les pécheurs seront précipités dans le feu éternel [cf. Mt 25, 32-46] » (Saint Augustin, Discours sur les psaumes, Ps 141, n. 6). 

Le Psalmiste, se transportant en esprit au moment du Jugement dernier, déclare : « Les méchants seront punis, et la race des impies périra. Mais les justes posséderont la terre comme héritage, et ils y habiteront dans les siècles des siècles » (Ps 36, 28-29). À la fin du monde, Dieu récompensera les justes leur permettant de posséder la terre, expression désignant le Ciel, et il punira les impies, rétribuant chaque homme selon ses mérites. 

Quand nous méditons sérieusement l’enjeu de notre destinée, nous ne pouvons qu’implorer avec ardeur le divin Sauveur de ne pas nous laisser nous fourvoyer dans la voie de la damnation, d’où les paroles du roi-prophète : « Écartez de moi [Seigneur] la voie du mensonge et faites-moi miséricorde selon votre loi. J’ai choisi la voie de la vérité ; je n’ai point oublié vos jugements » (Ps 118, 29-30). 

Le chemin de la sainteté 

Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, a composé un magnifique cantique qui résume parfaitement le plan de Dieu concernant la destinée humaine. En voici un extrait : « Béni soit Dieu, le Seigneur d’Israël, parce qu’il a visité et racheté son peuple […] pour que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie » (Lc 1, 68 et 74-75). Le père du précurseur affirme que Dieu s’est donné à l’homme pour que celui-ci en retour le serve et parvienne ainsi à la sainteté.  

Au début de son Épître aux Éphésiens, saint Paul précise que le dessein de prédestination des élus est antérieur à la création : « Dieu nous a élus en lui, dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et sans tache à ses yeux en la charité, nous ayant, en sa libre volonté, prédestinés à être ses enfants adoptifs grâce à Jésus-Christ » (Ep 1, 4-5). Saint Paul comme Zacharie affirme que Dieu nous a créés pour la sainteté. 

Le Psalmiste avait déjà connaissance du plan divin puisqu’il écrivait : « La sainteté convient à votre maison, Seigneur, durant toute la durée du jour » (Ps 92, 5). La maison de Dieu, c’est le Ciel ; la sainteté lui convient. Au Ciel, il n’y a que des saints et ceux-ci éprouvent en Dieu un bonheur indicible pour toute la durée du jour, c’est-à-dire éternellement.  

La grâce prévenante de Dieu 

Une fois convaincus que le bon Dieu nous a créés pour la sainteté, il nous reste à voir comment y parvenir. Étant donné que nous vivons dans une société qui considère tout sous l’angle de la production et de l’efficacité immédiate, lorsque nous réfléchissons aux moyens de tendre à la perfection, nous pensons spontanément aux sacrifices à faire, aux commandements à observer, aux vertus à acquérir et à développer, et nous oublions peut-être que la sainteté est avant tout le travail de la grâce. 

Aussi avant de rechercher les moyens adéquats pour entreprendre la mission si exaltante de notre salut éternel, il est nécessaire de nous rappeler au préalable que c’est Dieu qui est l’auteur de la sainteté, c’est lui qui agit dans les âmes, c’est lui qui rend l’homme bon. L’action humaine n’a d’efficacité que dans la mesure où elle est ancrée sur la grâce divine, car selon l’enseignement de saint Paul : « C’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir » (Ph 2, 13). Le salut vient donc de Dieu : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés moyennant la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu » (Ep 2, 8).  

L’homme doit cependant coopérer à la grâce par son énergie, par ses efforts, par sa soumission à la volonté de Dieu. D’où la réflexion de saint Paul : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et la grâce de Dieu n’a pas été vaine en moi » (1 Co 15, 10). La grâce de Dieu n’a pas été vaine dans l’âme de l’Apôtre des Gentils, car il a su l’accueillir et la faire fructifier. 

Par conséquent, le premier point à travailler pour plaire à Dieu consiste à se mettre sous l’influence, sous la mouvance, sous la protection du divin Maître. Cette orientation spirituelle est capitale, car elle conduit à vivre constamment sous le regard aimant de Dieu afin de sonder ce qu’il attend de nous, et d’agir en conséquence. Elle aide à privilégier les moyens surnaturels par rapport aux moyens humains. Elle permet d’éviter le piège de l’activisme de Marthe, sœur de Marie-Madeleine, à qui Notre-Seigneur fit ce doux reproche : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses, alors qu’une seule est nécessaire. C’est Marie qui a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 41-42). 

Le Psalmiste a bien compris le plan divin puisqu’il annonce : « Le Seigneur donnera la grâce et la gloire » (Ps 83, 12). La grâce, c’est la grâce sanctifiante. La gloire, c’est la couronne des élus. La grâce est appelée à se développer tout au long de la vie par la prière, par les sacrements et par la pratique des vertus. Elle se transformera en gloire au Ciel. Dieu est donc à l’origine de tout bien. 

Les saints ont souvent un regard très profond. Prenant de la hauteur, ils voient tout à la lumière d’un principe, un peu comme l’homme qui, au sommet d’une montagne, contemple l’immensité du paysage exposé sous ses yeux. Ainsi, le Psalmiste résume en une formule concise et saisissante l’action de la grâce divine en son âme. À la fin d’un psaume, il s’exclame : « Mon Dieu, ma miséricorde » (Ps 58, 18). L’expression mon Dieu montre l’intimité qu’il a avec Dieu, et l’expression ma miséricorde exprime l’ensemble des bienfaits qui lui permettront d’accéder au souverain Bien. Dieu est « ma miséricorde » puisque c’est lui qui m’a créé, qui m’a racheté, et qui me glorifiera. La création, le rachat de mon âme, ma glorification, tout cela est l’œuvre de la miséricorde divine. Dieu s’est penché sur ma misère pour me purifier, me sanctifier et demain, si je suis fidèle, pour me glorifier. 

La grâce prévenante de Dieu est de nouveau évoquée dans d’autres psaumes. David dit en parlant du roi, mais on peut l’appliquer à tous les justes : « Vous l’avez prévenu des plus douces bénédictions ; vous avez mis sur sa tête une couronne de pierres précieuses. Il vous a demandé la vie, et vous lui avez accordé de longs jours, qui dureront dans les siècles des siècles » (Ps 20, 4-5). Le juste ici-bas est prévenu des plus douces bénédictions. Dieu le bénit par sa grâce prévenante et, bientôt, il le couronnera de gloire au Ciel. 

Dans un langage poétique, David montre encore la protection particulière dont bénéficient les fidèles de la part de Dieu : « Seigneur, vous nous avez entourés de votre amour comme d’un bouclier » (Ps 5, 13). L’amour de Dieu est une véritable protection pour le juste, semblable à celle d’un bouclier. Il empêche le fidèle d’être blessé ou tué par les traits enflammés du démon. Se sachant aimé de Dieu, il n’a qu’un désir : lui rendre amour pour amour si bien que la tentation a peu d’emprise sur lui. 

Abbé Patrick Troadec 

A suivre