Le pape écrit au théologien de la libération, Leonardo Boff

23 Janvier, 2019
Provenance: fsspx.news
Leonardo Boff.

Le pape François a adressé une brève lettre au théologien de la libération Leonardo Boff pour le remercier de son soutien, et lui offrir ses meilleurs vœux pour ses 80 ans, le 14 décembre 2018. Dans ce message, publié par Leonardo Boff sur son blogue le 17 décembre, le pape salue Boff comme un frère. Il lui rappelle leur première rencontre, à San Miguel, lors d’une réunion de la Conférence latino-américaine des religieux (CLAR). Il lui indique également avoir continué à lire quelques-unes de ses œuvres. Il fait savoir enfin qu’il prie pour Leonardo Boff et pour sa femme.

Les vœux et remerciements du pape venaient en réponse à une lettre précédemment adressée par Leonardo Boff à François qui, explique-t-il, « souffre d’une grande opposition de la part de certains de la Curie romaine et, curieusement, aussi de membres conservateurs du gouvernement Trump, ainsi que de groupes conservateurs et même réactionnaires de l’Eglise catholique américaine ». Aussi, poursuit Leonardo Boff, a-t-il écrit au pape une lettre de soutien comme il le fit en d’autres occasions.

En effet, on se souviendra qu’il avait déjà adressé une Lettre de soutien au pape François publiée le 8 novembre 2015, sur son blogue. En voici quelques extraits qui révèlent les espoirs que le théologien de la libération fonde sur le pape :
« En Amérique latine, au Brésil, aux Caraïbes et dans d’autres parties du monde, nous sommes nombreux à nous inquiéter de l’attitude fermée et des attaques commises à votre encontre par des groupes conservateurs, minoritaires mais puissants, provenant de l’intérieur et de l’extérieur de l’Eglise. Nous avons assisté, perplexes, à un phénomène qui ne s’était pas produit durant les derniers siècles : la rébellion de cardinaux conservateurs contre votre manière de conduire le Synode et surtout l’Eglise universelle. (…)

« Nous regrettons que ces groupes conservateurs soient uniquement capables de dire non. Non à l’eucharistie pour les divorcés remariés ; non à la reconnaissance des homosexuels, non à une quelconque ouverture au monde qui implique des changements substantiels. (…)

« Les atteintes visant à délégitimer votre manière d’être Evêque de Rome et Pape de l’Eglise universelle resteront vaines. Car rien ne résiste à la bonté et à la tendresse, que vous incarnez merveilleusement. (…) Dans ce contexte, en tant que chrétiens ouverts aux défis du monde actuel, face à une nouvelle phase planétaire et aux menaces qui pèsent sur le système-vie et le système-terre (comme vous les avez courageusement évoquées dans votre encyclique Laudato Si’ pour la « sauvegarde de notre maison commune »), nous voulons resserrer les rangs à vos côtés et vous manifester notre soutien entier. Nous soutenons votre ministère, votre vision pastorale et ouverte de l’Eglise et cette manière charismatique de nous faire sentir de nouveau dans l’Eglise comme dans notre foyer spirituel. Et tant de personnes d’autres Eglises, religions et du monde séculier encouragent et admirent également votre manière de parler et d’agir. (…)

« Nous voulons être à vos côtés et vous appuyer dans votre vision évangélique et libératrice de l’Eglise. Nous voulons vous donner le courage et la force intérieure pour que vous puissiez actualiser, en paroles et en gestes, la tradition de Jésus, faite d’amour, de miséricorde, de compassion, d’intimité avec Dieu et de solidarité avec l’humanité qui souffre ».

Dans un entretien accordé à BBC Mundo, service hispanophone du média britannique, rapporté par Jeanne Smits sur son blogue le 3 septembre 2015, Leonardo Boff déclarait : « Je crois que le pape ne va pas discuter à propos de doctrines. Il dit toujours que la réalité est au-dessus des doctrines. Si la réalité dit qu’il y a beaucoup de divorces, le concept de la famille change toujours plus, et pour lui, ce qui importe, c’est qu’il y ait de l’amour. Là où il y a de l’amour, que ce soit dans le premier ou dans le deuxième mariage, il y a quelque chose de Dieu ». (sic)

A propos de la théologie de la libération, condamnée par le Vatican en 1984, deux déclarations la résument parfaitement. La première, de Leonardo Boff : « Ce que nous proposons est le marxisme, le matérialisme historique, dans la théologie ». La seconde, du péruvien Gustavo Gutierrez, père fondateur du même courant : « Ce que nous entendons par théologie de la libération est la participation au processus politique révolutionnaire ».

Gutierrez explique la signification de cette participation : « Ce n’est que dans le dépassement d’une société divisée en classes, (…) et dans l’élimination de la propriété privée de la richesse créée par le travail humain, que nous serons en condition de jeter les bases d’une société plus juste. C’est pourquoi les efforts pour programmer une société plus juste en Amérique latine s’orientent de plus en plus vers le socialisme ». (voir DICI n°315 du 15/05/15)

Petit-fils d’immigrants italiens, comme le pape François, Leonardo Boff, est né le 14 décembre 1938 dans le Rio Grande do Sul, au Brésil. Entré chez les frères mineurs franciscains en 1959, il obtient son doctorat en philosophie et théologie à l’Université de Munich, en 1970.

De 1970 à 1992, il est professeur de théologie systématique et œcuménique à l’Institut théologique franciscain de Petrópolis. En 1984, la Congrégation pour la doctrine de la foi condamne ses thèses. Il est sanctionné en raison du lien organique entre théologie de la libération et marxisme. Rome lui demande « silence et obéissance », mais il n’est pas suspendu. En 1979, Jean-Paul II avait déclaré qu’une « conception du Christ comme homme politique, révolutionnaire, comme le subversif de Nazareth, ne correspondait pas à la catéchèse de l’Eglise ».

En 1992, face à sa désobéissance envers ses supérieurs franciscains et aux attaques répétées envers le pape Jean-Paul II, il quitte le sacerdoce, avant d’être définitivement interdit d’exercer la prêtrise. Et vit maritalement avec Marcia Maria Monteiro de Miranda.