Le prêtre est un autre Christ

12 Février, 2020
Provenance: fsspx.news

La vie chrétienne consiste en une assimilation progressive du chrétien au Christ lui-même. Comme l’exprime si bien saint Paul : « Vous tous… baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27). Revêtir le Christ, c’est devenir semblable à lui en sa qualité de Fils de Dieu. Et pour le prêtre, c’est être en outre investi de son sacerdoce. 

L’effet des sacrements reste très mystérieux. Tous, ils confèrent la grâce sanctifiante qui nous donne le titre d’enfants de Dieu. Mais trois d’entre eux – le baptême, la confirmation et l’ordre – impriment aussi dans notre âme une marque : le caractère. 

Le caractère sacramentel 

La grâce est le germe de la vie surnaturelle, qui doit permettre à l’âme fidèle de grandir dans cette vie divine. Elle donne de connaître, aimer et posséder Dieu comme lui-même se connaît et s’aime. 

Les trois caractères du baptême, de la confirmation et de l'ordre contribuent, mais d’une manière très différente, à nous rendre semblables au Christ. Cette ressemblance est fixée pour toujours dans l’âme et elle est indélébile. C’est une véritable consécration : le sujet est mis à part, réservé à Dieu, comme une église ou un calice, destinés uniquement au service du culte divin. 

Les Pères de l’Eglise comparent cette marque à un sceau spirituel imprimé dans l’âme pour consacrer le fidèle : comme membre du Christ par le baptême, comme son soldat par la confirmation, et comme son ministre par le sacerdoce. Le caractère est de plus normalement accompagné de la grâce sanctifiante, même s’il peut hélas ! en être séparé par le péché mortel. 

Mais ce caractère est aussi une puissance spirituelle, une certaine capacité à agir, qui varie suivant le sacrement considéré. 

Le caractère baptismal permet à tout chrétien de recevoir les autres sacrements, c’est pourquoi le baptême est appelé « la porte des sacrements ». Sans ce caractère, l’effet des sacrements dans l’âme est inexistant. De plus, il permet de participer de manière intime à la liturgie, qui s’accomplit dans la célébration de tout sacrement. Ainsi, par ce caractère, le fidèle peut s’unir au prêtre dans la célébration de la messe, et offrir avec lui le corps et le sang du Christ. Mais il ne peut en aucune façon accomplir la fonction sacerdotale propre du prêtre. 

Le caractère de la confirmation ajoute une nouvelle ressemblance au Fils de Dieu. Elle marque le disciple pour en faire un soldat du Christ, défenseur de l'Eglise et combattant de la foi, prêt àa la confesser, à lui rendre témoignage et à la défendre. 

Le caractère sacerdotal réalise l'assimilation au Christ de la manière la plus élevée dans le sacerdoce. Par cette puissance spirituelle qu’il a reçue par l’ordination, le prêtre reçoit un pouvoir sublime sur le corps physique et sur le corps mystique du Christ. Par là, il est associé au Pontife éternel, et il devient avec lui médiateur entre Dieu et les hommes. 

Le pouvoir sacerdotal 

Ce pouvoir surnaturel rend le prêtre capable, comme ministre du Christ, d’offrir le sacrifice eucharistique, de pardonner les péchés et de faire descendre les bénédictions de Dieu sur les fidèles. Le caractère est aussi la source d’une grâce spéciale – la grâce sacerdotale – qui entraîne l’âme qui en est imprégnée, à s’identifier d’une manière particulière au Christ comme Prêtre et Victime. 

C’est pourquoi la tradition a toujours considéré avec admiration l’union particulièrement étroite entre le Christ et son prêtre. Toute l’antiquité chrétienne proclame que le prêtre ne fait qu’un avec Jésus-Christ : « Il est la vivante image, le représentant autorisé du Pontife suprême 1 ». L’adage « sacerdos alter Christus », « le prêtre est un autre Christ » manifeste cette foi de l’Eglise. 

La grandeur de la dignité sacerdotale 

Les périodes de tiédeur dans l’Eglise ont coïncidé avec l’amoindrissement du sacerdoce, spécialement aux yeux du prêtre lui-même, alors que les périodes de ferveur ont été favorisées par la reconnaissance de tous, et du prêtre en premier, de la grandeur de la dignité sacerdotale. Il suffit de parcourir l’histoire de l’Eglise. Il est facile de constater que les réformateurs et les fondateurs d’ordre ont beaucoup insisté sur ce point. 

Le prêtre est grand par sa ressemblance au Christ. Celle-ci se manifeste particulièrement sur trois points. 

1) Le prêtre est choisi de Dieu : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisi » (Jn 15, 16) dit le Christ au prêtre à travers ses Apôtres. Saint Paul fait écho à cette parole : « Nul ne peut prétendre s’arroger la dignité sacerdotale ; il faut y être appelé de Dieu comme Aaron » (He 5, 4). Le Christ lui-même ne s’est pas élevé de lui-même au souverain pontificat, mais il l’a reçu de celui qui lui a dit : « Tu es mon Fils… prêtre pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech » (He 5, 5-6). 

Ce choix se manifeste par des grâces données par Dieu dans l’enfance, puis l’adolescence, qui vont amener le jeune homme à se présenter un jour devant Dieu, et à répondre à la voix de l’évêque, seul à pouvoir juger de l’origine divine de cet appel. Chaque vocation est différente, mais toutes elles viennent de Dieu qui seul peut appeler à cette sublime participation au sacerdoce du Christ. 

2) Le prêtre est également revêtu du pouvoir du Christ. Il est divinement constitué pour subvenir aux besoins religieux du peuple : « il est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu » (He 5, 1). Le prêtre tient la place du Christ, selon la belle formule de saint Cyprien. Et le pouvoir dont il est revêtu n’est pas une simple délégation : le Christ opère réellement par son ministère. 

Le prêtre est ainsi chargé des dons sacrés : sacra dans, donnant les choses sacrées. D’une part il offre au Père Jésus immolé sacramentellement, le don parfait que l’Eglise de la terre a reçu pour le présenter devant le trône céleste. D’autre part, il communique aux hommes les fruits de la rédemption : les grâces et le pardon divin. C’est le plan divin qu’expose saint Paul : « qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1). 

Si grande est son identification avec le Pontife suprême, qu’à la messe, le prêtre ne dit pas : « Ceci est le corps, le sang du Christ » ; mais bien : « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang ». De même, au confessionnal il énonce en son nom la formule sacramentelle : « Je vous absous ». Car le prêtre a le privilège de parler réellement au nom du Christ. Le sacerdoce est donc la plus grande similitude que l’homme puisse avoir avec le Verbe incarné, dans l’ordre objectif. Cela n'empêche pas que, dans l’ordre de la grâce, une âme puisse s’élever à une ressemblance avec Dieu plus grande, telle la Vierge Marie. 

3) Enfin, tout comme le Christ est Dieu et homme, le prêtre porte en lui un élément divin et un élément humain. Il garde aux yeux de tous une vie humaine, mais il recèle un pouvoir surhumain, qui n’appartient qu’à Dieu. Il répand et communique Jésus-Christ tout entier. 

 

  • 1. Saint Cyrille d’Alexandrie, L’adoration dans l’Esprit-Saint.

Le prêtre est appelé à la sainteté 

La dignité sacerdotale est si élevée qu’elle échappe au prêtre lui-même. Le saint curé d’Ars le disait dans ses catéchismes : « Après Dieu, le prêtre c'est tout… Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel ». Cette haute dignité sacerdotale entraîne une grave obligation à la sainteté. 

Selon saint Thomas d’Aquin, trois motifs rappellent sans cesse au prêtre son devoir de tendre à la sainteté : son pouvoir sur le corps et le sang du Fils de Dieu ; sa fonction de dispensateur de la grâce, qu’il ne peut remplir sans être lui-même sanctifié par elle ; l’exemple qu’il doit donner au peuple chrétien : il doit accomplir ce qu’il prêche aux autres. 

Ainsi, Blanc de Saint-Bonnet a écrit : « Le clergé saint fait le peuple vertueux, le clergé vertueux fait le peuple honnête, le clergé honnête fait le peuple impie ». Dom Chautard, dans l’Ame de tout apostolat reprend cette formule sans l’approuver absolument, mais il rappelle saint Alphonse de Liguori : « Les bonnes mœurs et le salut des peuples dépendent des bons pasteurs. Si à la tête d’une paroisse il y a un bon curé, on y verra bientôt la dévotion fleurir, les sacrements fréquentés, l’oraison mentale en honneur. D’où le proverbe : “Tel pasteur telle paroisse”, suivant ce mot de l’Ecclésiastique (10, 2), “Tel est le chef de la cité, tels sont les habitants en elle” ». 

Le vénérable Père Libermann, fondateur de la Congrégation du Saint Esprit et du saint Cœur de Marie, disait à ses prêtres : « Un prêtre qui n’est pas un saint, est un monstre dans l’ordre de la grâce ». 

L’invitation la plus pressante à cette sainteté est le fait de l’Eglise elle-même au cours de la cérémonie d’ordination sacerdotale. Dans une allocution solennelle, le pontife exhorte les futurs prêtres à se remplir de l’esprit sacerdotal. Il leur dit notamment : « Prenez bien conscience de la démarche que vous accomplissez ; et retracez dans votre vie ce que vous ferez à l’autel. Or vous y renouvellerez tous les jours le mystère de la mort du Seigneur ». 

C’est à l’imitation du don total du Christ à son Père pour le salut de l’humanité que le prêtre est appelé. Telle est la perfection pour le prêtre, et cette vocation est plus qu’angélique. Le pontifical précise d’ailleurs deux vertus dont le prêtre doit se revêtir plus particulièrement : la justice et la chasteté. La justice envers Dieu et les âmes, et la chasteté parfaite pour être libre de s’assimiler pleinement au Christ.