Les 50 ans de la nouvelle messe  : la dimension œcuménique de la réforme (1) 

13 Juin, 2020
Provenance: fsspx.news

Le concile Vatican II s’est voulu, par la volonté de son promoteur le pape Jean  XXIII, continué très fidèlement sur ce point par le pape Paul  VI, un concile œcuménique au double sens du terme : au sens traditionnel où œcuménique signifie “universel”, autrement dit rassemblant les évêques catholiques du monde entier ; et au sens moderne de promotion de l’unité des chrétiens. 

« Promouvoir la restauration de l’unité entre les chrétiens – affirme le Décret sur l’œcuménisme –, est l’un des buts principaux du saint concile œcuménique de Vatican II » (Unitatis Redintegratio, 1 § 1). Le Concile, poursuit-il, se réjouit de ce que « sous l’action de l’Esprit-Saint, est né un mouvement qui s’amplifie de jour en jour en vue de rétablir l’unité de tous les chrétiens » (UR 1 § 2). « Considérant avec joie tous ces faits et pénétré du désir de rétablir l’unité entre tous les disciples du Christ, le Concile a voulu proposer les secours, les orientations et les moyens qui permettront de répondre à cet appel et à cette grâce » (UR 1 § 4). 

Mise en place de l’œcuménisme après le Concile 

Constamment, les deux papes précités sont revenus sur cet aspect œcuménique du Concile. Paul VI, ouvrant la deuxième session après la mort de Jean XXIII, rappelait que parmi les objectifs du Concile, il en existait un « qui constitue, en un certain sens, son drame spirituel. Il Nous a été assigné, lui aussi, par le pape Jean XXIII, et il concerne “les autres chrétiens”, c’est-à-dire ceux qui croient en Jésus-Christ, mais que Nous n’avons pas le bonheur de compter parmi ceux qui sont associés à Nous par le lien de la parfaite unité du Christ » (discours du 29 septembre 1963). Après le Concile, cet objectif prioritaire ne fut certes pas abandonné et, deux ans avant de mourir, parlant au Secrétariat pour l’Unité, le pape Paul VI disait : « L’œcuménisme est l’entreprise la plus importante et la plus mystérieuse de Notre pontificat » (discours du 12  novembre 1976). 

Dès les premiers jours de son règne, le pape Jean-Paul II affirmait : «  La restauration de l’unité entre tous les chrétiens était l’un des buts principaux du deuxième Concile du Vatican et, dès mon élection, je me suis engagé formellement à promouvoir l’exécution de ses normes et de ses orientations, considérant que c’était là pour moi un devoir primordial  » (discours du 3  décembre 1978). « Veuillez dire à ceux que vous représentez et à tous que l’engagement de l’Eglise catholique dans le mouvement œcuménique tel qu’il s’est solennellement exprimé dans le deuxième Concile du Vatican est irréversible » (discours du 5 novembre 1978). 

La réforme liturgique à la lumière de l’œcuménisme 

Il n’est donc pas étonnant que le but œcuménique de la réforme liturgique à accomplir soit inscrit explicitement dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum concilium (SC) sur la liturgie, la première promulguée par Vatican  II : « Puisque le saint Concile se propose de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de ceux qui croient au Christ et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes dans le sein de l’Eglise, il estime qu’il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie » (SC 1). 

Commentant l’œuvre réalisée durant la première session du Concile, le théologien progressiste Hans Küng note que « les décisions les plus notables concernent la réforme liturgique elle-même. Elles ont une grande signification œcuménique 1 ». Le pasteur protestant Rilliet le confirme : « L’attention des protestants devant cet important document se concentrera surtout sur les principes cultuels définis. Le texte voté le 4 décembre 1963 rapproche certainement la messe catholique des cultes luthérien, réformé et anglican. L’adoption de la langue vulgaire rejoint une exigence de Luther et des autres Réformateurs qui l’appliquèrent dès le XVIe  siècle. L’importance accrue de la Bible et de la prédication va dans le même sens 2 ». 

Une étude accablante 

La présentation la plus systématique de ce dessein œcuménique niché au cœur de la réforme liturgique postconciliaire a été faite dans un petit ouvrage publié par l’abbé Grégoire Celier (La dimension œcuménique de la réforme liturgique, éditions Fideliter, 1987). Basé sur la consultation de milliers de livres et de numéros de revue (quasi exclusivement en langue française, toutefois, et sans tenir compte des nombreux témoignages parus depuis plus de trente ans), cet ouvrage manifeste de façon documentée (avec plus de trois cents notes et références) comment l’option œcuménique a été inscrite et gravée au cœur de la liturgie transformée. 

Grâce à la méthode de travail du Consilium, elle-même fortement marquée par le souci œcuménique, la concélébration, la traduction française du Notre Père, le culte eucharistique, les rites d’ordination, la nouvelle messe, le sacrement de mariage, le nouveau lectionnaire, le rituel des funérailles, le nouveau bréviaire (Liturgie des Heures), le baptême, la confirmations, etc. ont été révisés pour faire place au souci œcuménique. 

De là vient que des « exigences que Luther avait formulées en son temps peuvent être considérées comme satisfaites dans la théologie et la pratique de l’Eglise catholique d’aujourd’hui : l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie ; la possibilité de la communion sous les deux espèces ; et le renouvellement de la théologie et de la célébration de l’eucharistie » (« Martin Luther, témoin de Jésus-Christ », déclaration de la commission mixte catholique-luthérienne, 1983, n°25). 

C’est ainsi, relevait à l’époque un observateur protestant au Concile, que « la réforme liturgique catholique s’accomplit dans un sens profondément œcuménique 3 ». Aussi, pour qui comprend « la dimension foncièrement œcuménique de la liturgie, si du moins celle-ci veut s’enraciner dans le mystère même du Christ 4 », « il n’est pas surprenant que la restauration liturgique demandée par le Concile et exécutée dans le rite latin ait manifesté une valeur œcuménique 5 ». 

  • 1.  « Vatican II après la première session », Documentation catholique, 16 juin 1964, col. 829.
  • 2.  Vatican II, échec ou réussite, Editions générales, 1964, p. 178.
  • 3.  Max Thurian, « Le nouvel ordre de la messe va dans un sens profondément œcuménique », La Croix, 30 mai 1969.
  • 4.  Dominique Dye « Le congrès de la Societas liturgica à Montserrat », La Maison Dieu 116, , 4e trim. 1973, p. 16.
  • 5.  Louis Ligier, La confirmation – Sens et conjoncture œcuménique hier et aujourd’hui, Beauchesne, 1973, p. 20.