Les 50 ans de la nouvelle messe : Dom Gaspar Lefebvre et son missel

01 Février, 2020
Provenance: fsspx.news

Né de pères bénédictins, le Mouvement liturgique verra pour longtemps son histoire liée à celle de l’ordre de saint Benoît. Le Mouvement, né avec la congrégation de France et Dom Guéranger, allait se développer avec elle, et rapidement s’étendre au-delà des frontières françaises. En effet, l’expulsion des religieux (lois de 1880 et de 1903) allait pour un temps déplacer le centre de gravité du Mouvement liturgique vers la Belgique. Dom Lefebvre en est un représentant éminent. 

Pierre Gaspar Lefebvre naît à Lille le 17 juin 1880. Il fait ses études à l’école abbatiale de Maredsous, et y prend l’habit en 1899, pour faire profession en 1900 et être ordonné prêtre en 1904. 

Le 10 juillet 1906, il s’embarque pour le Brésil avec son maître, Dom Gérard van Caloen, chargé de réformer la Congrégation bénédictine brésilienne. Dom Lefebvre va d’ailleurs occuper diverses fonctions (sous-prieur, prieur, etc.) dans plusieurs abbayes brésiliennes. 

En mai 1914, il revient en Europe pour y chercher de l’argent et des hommes au profit de l’œuvre du Brésil. Bloqué à Lille par la guerre, il s’essaie au ministère pastoral, commence à éditer des petits commentaires liturgiques et fonde une modeste revue, La voix de l’Église. Sollicité par l’abbé de Saint-André-lez-Bruges, en Belgique il rejoint cette abbaye, dont il devient prieur de 1919 à 1926. 

Débuts d’une vie consacrée à la liturgie 

C’est au cours de cette période qu’il entame son œuvre liturgique. Dom Lefebvre, en effet, a été très marqué par Dom Guéranger (son père lisait chaque jour L’Année liturgique) et par Dom Columbia Marmion (qui fut son professeur de théologie et son supérieur) : « Tout ce que j’ai écrit, c’est de Dom Marmion que je le tiens », affirmait-il. Il s’inspire également de l’exemple de van Caloen, qui avait préparé un missel édité par Desclée en 1882 (incomplet et peu commode, celui-ci ne s’était toutefois que peu diffusé). 

En 1919, Dom Lefebvre fonde une revue concrète et pratique, destinée notamment aux prêtres, aux servants de messe, aux sacristains et aux chantres, le Bulletin paroissial liturgique

En 1920, il lance en fascicules son Missel quotidien et vespéral, dont la première édition en volume paraît en 1921. Il va réaliser progressivement dix-huit versions adaptées chacune à des publics différents. Le succès est énorme : en trois ans, plus de 100 000 exemplaires de la première édition se vendent. Il y aura en tout plus de quatre-vingts éditions, ainsi que des versions en langues étrangères (anglaise en 1924, espagnole en 1930, polonaise en 1931, italienne en 1936, portugaise en 1939, etc.). Il existera aussi de nombreuses éditions avec le propre diocésain, ou avec celui de telle ou telle congrégation. Il est ainsi possible que, sous ses diverses formes, les ventes du Missel Dom Lefebvre se soient chiffrées en millions. 

Ce missel a pour objet de faire connaître et aimer la liturgie, selon son sens traditionnel et avec toutes ses richesses théologiques et spirituelles, et d’aider à mieux s’unir au mystère du Christ s’immolant sur l’autel pour la gloire de son Père et le salut des âmes. La présentation en est claire et très pédagogique, ce qui explique son succès durable et sa popularité, malgré la profusion d’autres missels qui parurent dans son sillage, sans atteindre cependant sa qualité. 

Auteur de nombreux ouvrages 

Dom Gaspar Lefebvre a publié un certain nombre de volumes consacrés à la liturgie : par exemple, Mois de Marie mis en rapport avec la liturgie (1930) ; Pour comprendre la messe (1937) ; Liturgie et Action catholique (1938) ; la Rédemption par le Sang de Jésus (1944) ; Les magnificences du Précieux Sang (1946) ; Méditations sur l’année liturgique (1948) ; Le Christ vie de l’Église (1949) ; L’esprit de Dieu dans la sainte liturgie (1958), etc. 

Mais, en dehors de son œuvre maîtresse qu’est le Missel, son ouvrage phare est Liturgia – Ses principes fondamentaux, édité en 1920 par l’abbaye de Saint-André elle-même. Ce livre traduit parfaitement l’orientation théocentrique de la liturgie selon la juste vision de Dom Lefebvre. L’incipit est très clair à ce sujet : « “Si quelqu’un nie que le monde ait été fait pour la gloire de Dieu, qu’il soit anathème”, dit le concile du Vatican ». Et les quatre premiers chapitres du livre développent abondamment cette orientation : « Le culte officiel d’adoration » ; « La sainte Trinité » ; « Au Père par le Fils dans l’Esprit-Saint » ; « Par l’Église à Dieu ». Ce n’est qu’après avoir posé ces bases solides que Dom Lefebvre s’intéresse à divers points de la liturgie : la messe, la communion, les sacrements, l’office divin, le cycle liturgique, etc. 

Dom Gaspar Lefebvre est parti pour l’éternité le 16 avril 1966. 

Le sens de la liturgie 

Pour Dom Lefebvre, l’essence de la liturgie serait bien résumée par la première parole de la messe : « Introïbo ad altare Dei », « Je m’avancerai vers l’autel de Dieu » pour l’adorer, le louer, le remercier, le bénir. Certes, le moine de Saint-André sait et explique que la liturgie est source de vie chrétienne et de sanctification, et même sa « source première et indispensable » (selon le mot de saint Pie X). Mais il sait aussi cette sanctification ne doit pas être recherchée pour elle-même, plutôt comme une condition pour s’orienter plus profondément vers la « louange de gloire » de la sainte Trinité, qui entraîne par conséquence, Dieu étant diffusif de sa bonté et de sa béatitude, le bonheur de la créature spirituelle. 

Il est certain que Mgr Marcel Lefebvre a été profondément marqué par le Mouvement liturgique, très puissant dans le Nord à l’époque où il y est né et y a vécu : les Statuts et l’esprit de la Fraternité Saint-Pie X en témoignent abondamment.  Mais il se rattache beaucoup plus aux orientations de Dom Gaspar Lefebvre qu’aux idées (rendues progressivement de plus en plus clairement déviantes) de Dom Lambert Beauduin, et ce, même si l’un et l’autre avaient eu pour maître Dom Marmion. 

Les deux Lefebvre étaient d’ailleurs de lointains cousins : ils ont un ancêtre commun remontant au 18ème siècle, Jean-Baptiste Lefebvre (1745-1790). Et c’est dans l’abbaye de Dom Gaspar Lefebvre que Mgr Lefebvre tint à faire la retraite préparatoire à son sacre épiscopal en 1947, manifestant ainsi son estime pour le travail liturgique et spirituel de l’auteur du Missel. Connaître, aimer et pratiquer la liturgie venant de la Tradition de l’Église, pour en vivre, telle est certainement l’héritage reçu par Mgr Lefebvre de la partie saine du Mouvement liturgique, particulièrement bien représentée par Dom Gaspar Lefebvre et toutes ses productions.