Les 50 ans de la nouvelle messe : les premières réformes liturgiques 

27 Juin, 2020
Provenance: fsspx.news

Fort des principes définis par le Concile – participation active des fidèles et œcuménisme –, le Consilium entreprend la subversion totale de la liturgie romaine. Un bouleversement en plusieurs étapes. 

La nouvelle messe sera le point d’orgue de ce travail de refonte de la liturgie catholique, mais tous les rituels des sacrements seront également modifiés, ainsi que nombre de rites annexes.  

La concélébration et la communion sous les deux espèces 

Le 7 mars 1965, le Consilium promulgue un décret sur la concélébration et la communion sous les deux espèces inspiré par le souci œcuméniste. René Laurentin l'avait suggéré en 1963 : « La communion sous les deux espèces ne donne pas davantage le Christ que la communion sous la seule espèce du pain. Mais elle la signifie mieux. (…) Ce serait un exemple de grande portée œcuménique 1 ». Il ajoutait l’année suivante : « Cette restauration importe pour l’œcuménisme car le refus du calice aux fidèles fut un facteur d’opposition inutilement violente avec les protestants 2 ». Après le Concile, il résumait : « Il importait donc, au double point de vue théologique et œcuménique, de bien affirmer, dans le principe, que les fidèles ont fondamentalement droit au calice, au même titre que le prêtre 3 ». 

La Congrégation pour le culte divin livre cette explication en 1970 : « Il faut souligner le fait que la communion sous les deux espèces est toujours demeurée en vigueur dans l’Eglise catholique (principalement dans les rites orientaux), dans l’Eglise orthodoxe, et est très en honneur dans les autres confessions chrétiennes. D’où la grand importance de la nouvelle discipline pour l’œcuménisme 4 ». 

Le retour à une pratique abandonnée depuis très longtemps dans l’Eglise latine n’avait donc d’autre but que de favoriser le rapprochement avec les orthodoxes et les protestants, en ignorant complètement les raisons d’une pratique multiséculaire en Occident. En pratique, la réintroduction de ce rite rencontra de multiples obstacles qui en limiteront l’impact. 

La traduction du Notre Père 

Début 1964, une commission mixte regroupant catholiques, orthodoxes et protestants, entreprit d’élaborer une traduction commune de la prière du Notre Père dans un esprit œcuménique. Le résultat, imposé pour la fête de Pâques 1966, fut présenté par un communiqué : « Dans l’effort des chrétiens vers l’unité, l’adoption d’un texte commun pour la Prière du Seigneur est un signe d’une grande portée œcuménique 5 ». Les évêques de France introduiront cette prière dans la messe en français. 

Le nouveau texte se base sur les éléments communs retenus dans les versions reçues chez les catholiques et les réformés. Il introduit en français le tutoiement vis-à-vis de Dieu et change quatre mots. La difficulté majeure porte sur la sixième demande : « Et ne nous laissez pas succomber à la tentation », transformée en « Et ne nous soumets pas à la tentation ». Cette traduction comporte une ambiguïté dangereuse : Dieu n’est pas l’auteur de la tentation, mais il peut permettre que nous y soyons soumis. « Soumettre » peut être compris comme désignant Dieu comme auteur de la tentation. 

L’instruction sur le culte eucharistique 

L’année 1967 est la première de trois grandes années de réforme. 

L’instruction Tres abhinc annos (4 mai 1967) autorise notamment le canon en langue vulgaire et promulgue les ultimes réformes partielles de la messe tridentine. 

Le 25 mai 1967, l’instruction Eucharisticum mysterium est promulguée conjointement par la Congrégation des rites et le Consilium. Le texte promeut l’emploi de l’expression Missa sive cœna dominica. L’expression de “Cène du Seigneur” pour désigner la sainte messe, évident rapprochement avec les protestants, se généralisera. Elle se retrouvera en 1969 dans l’Institution générale du missel romain pour décrire la synaxe eucharistique. Par ailleurs, l’instruction demande aux pasteurs d’apprendre aux chrétiens à reconnaître la réalité de l’eucharistie des communautés ecclésiales non catholiques ayant conservé un épiscopat authentique (les orthodoxes), et d’autre part à découvrir les valeurs positives de la « Sainte Cène » des autres communautés chrétiennes, dans la droite ligne du décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio du concile Vatican II (21 novembre 1964, n°22). 

Ainsi est mis en œuvre un renversement complet. Désormais, il faut regarder avec respect des cérémonies réprouvées il y a peu par l’Eglise, et leur reconnaître une valeur eucharistique alors qu’il était interdit à un catholique d’y participer activement. 

Les rites d’ordination 

En 1968 furent révisés les rites d’ordination. Dom Botte, président de la commission ad hoc du Consilium, raconte comment la nouvelle formule fut tirée de la Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome (IIIe siècle). Cette décision fut âprement disputée. Finalement, « ce qui emporta la décision, ce fut la valeur œcuménique de ce texte 6 ». « En reprenant le vieux texte dans le rite romain, on affirmait l’unité de vue de l’Orient et de l’Occident sur l’épiscopat. C’était un argument œcuménique. Il fut décisif. 7 » 

Il emporta le 18 juin 1968 l’approbation du pape par la constitution Pontificalis Romani : « Le retour à la Tradition apostolique d’Hippolyte, document précieux de la tradition ancienne, représente en lui-même une démarche œcuménique hautement significative, comme le note la constitution apostolique d’approbation 8 ». 

Cette Tradition apostolique est pourtant une compilation de textes de plusieurs époques et de diverses origines, et ne saurait être attribuée à Hippolyte de Rome. Certaines pièces sont même des reconstitutions douteuses, telle la fameuse anaphore devenue le canon II de la nouvelle messe. 

Il en va de même, mutatis mutandis, des rites d’ordinations. En voulant revenir à la tradition romaine ancienne par un archéologisme coupable, les experts n’ont fait qu’un bricolage dont plusieurs ont su reconnaître a posteriori qu’il n’était que le reflet de leurs préoccupations et de leur interprétation du passé. 

  • 1.  René Laurentin, L’enjeu du Concile. Bilan de la première session, Seuil, 1963, p. 24.
  • 2.  René Laurentin, L’enjeu du Concile. Bilan de la deuxième session, Seuil, 1964, p. 249.
  • 3.  René Laurentin, Bilan du Concile Vatican II, Seuil, Livre de vie, 1967, p. 157.
  • 4.  « Notulæ ad instructionem de ampliore facultate sacræ communionis sub utraque specie administrandæ », Notitiæ 57, septembre-octobre 1970, p. 328.
  • 5.  « Communiqué conjoint des diverses confessions », DC 1463, 16 janvier 1966, col. 182.
  • 6.  Bernard Botte, « L’ordination de l’évêque », LMD 98, 2e trimestre 1969, p. 120.
  • 7.  Bernard Botte, Le mouvement liturgique. Témoignage et souvenirs, Desclée, 1973, p. 168.
  • 8.  Jean-Marie Roger Tillard, « La réforme liturgique et le rapprochement des Eglises », in LODU.