Les psaumes : une prière efficace en ce temps d’épidémie

03 Avril, 2020
Provenance: fsspx.news

La lecture du Psautier adaptée à la situation actuelle

La lecture des psaumes qui forme la substance de l’office divin occupe une place importante dans la vie du prêtre. La prière de l’Église prolonge la prière du Christ à travers le temps. Voilà pourquoi elle est toujours écoutée de Dieu. Le pape Pie XI disait : « Qui peut dire combien de châtiments la prière sacerdotale éloigne de l’humanité prévaricatrice et que de bienfaits elle lui procure et lui obtient 1 ? » C’est une prière si profonde qu’elle peut s’adapter parfaitement à toutes les circonstances de la vie. Aussi, je voudrais l’appliquer aujourd’hui à la situation actuelle.

Vous verrez, chers fidèles, comment cette prière fait mieux connaître Dieu et notamment sa justice et sa miséricorde. Elle montre également les étapes à franchir pour parvenir à une vraie conversion et à attirer sur notre pays et sur l’Église les grâces divines. Elle donne enfin des repères pour garder la sérénité au milieu de l’épreuve. Loin de chercher à être exhaustif tant les exemples abondent, je voudrais me contenter d’appliquer quelques versets du Psautier à la situation présente.

Pour vous, chers fidèles, qui n’êtes pas familiarisés avec la prière des psaumes, la période de confinement peut être l’occasion de la découvrir et de l’utiliser pour votre propre sanctification et pour ouvrir votre âme aux grandes intentions de l’Église.

  • 1. Pie XI, Lettre encyclique Ad catholici sacerdotii, 20 décembre 1935.

La justice divine et sa miséricorde 

Beaucoup de catholiques aujourd’hui se sont faits une idée fausse de Dieu. L’auteur, religieusement anonyme, de L’Ermitage le reconnaissait déjà en 1969 : « On a perdu le sens de Dieu au profit d’un sens erroné de l’homme, qui se pose non plus comme un néant devant l’Être divin, mais comme quelqu’un que Dieu se doit de considérer. Il serait surprenant que cette atmosphère ne vous ait pas contaminé. […] Penchez-vous inlassablement sur la Bible pour y découvrir Dieu tel qu’il se révèle lui-même. N’opposez pas le Dieu d’amour du Nouveau Testament au Dieu de crainte de l’Ancien : c’est une antithèse illusoire. Il n’y a qu’un Dieu qui ne varie ni ne contredit. Ce qu’il était avant l’Incarnation, il le demeure. C’est l’homme qui a changé. [...]. Seuls les esprits superficiels, étrangers aux véritables problèmes de la vie intérieure, peuvent s’imaginer que la miséricorde a désarmé la justice de Dieu2. » 

Que Dieu soit miséricordieux, cela ne pose pas de problème pour un catholique, mais qu’il soit juste et par conséquent punisse les hommes infidèles, c’est plus difficile à admettre. Aussi, pour se faire une juste idée de Dieu, il est bon de méditer sur sa justice et sa miséricorde. Tandis que les propos du Psalmiste sur la justice divine nous aident à prendre notre vie au sérieux, ceux qui évoquent sa miséricorde nous permettent de garder confiance en la divine Providence et de reprendre courage pour poursuivre notre route à pas d’amour vers le Ciel.

Les deux voies

Le Psautier commence par ces mots : « Heureux l’homme qui n’a point marché dans le conseil des impies, qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s’est point assis dans la chaire de pestilence ; mais qui a ses affections dans la loi du Seigneur, et qui médite cette loi jour et nuit. » (Ps 1, 1-2)

Le Psalmiste montre qu’il y a deux voies : une qui mène au bonheur et l’autre au malheur, l’une au Ciel, l’autre en enfer. Le premier mot du Psautier, c’est « heureux », car Dieu nous a créés pour le bonheur. Et le dernier mot de ce premier psaume est « périra » : « Dieu connaît la voie des justes, et le chemin des impies périra. » (Ps 1, 6)

« Périr » sous-entend la mort éternelle du pécheur. Dans la prière par excellence du catholique qui est le Notre Père, le premier mot en latin est Pater, Pater noster qui es in Caelis, et le dernier mot malo, libera nos a malo, délivrez-nous du mal. On a donc le choix entre vivre pour Dieu qui est notre Père du Ciel ou s’éloigner de lui en faisant le mal. Dieu a donné à l’homme la liberté pour qu’il s’avance vers lui à pas d’amour, mais l’homme peut refuser l’amour de Dieu et s’éloigner de lui. Il n’est donc pas indifférent de faire le bien ou le mal, car si Dieu est miséricordieux pour le pécheur repentant, il est juste également.

La justice de Dieu dans l’histoire du peuple élu

Dieu est juste. Voilà pourquoi au dernier jour, « il rendra à chacun selon ses œuvres » Ps 61,13. En attendant, les péchés des hommes l’irritent et attirent sur le monde le fléau de sa colère. Lorsque le Psalmiste parle de la colère de Dieu, il n’entend pas par là qu’il y aurait des passions en Dieu, mais que le bon Dieu punit les méchants qui ne reviennent pas à lui. Saint Augustin l’explique : « Lorsque Dieu menace, il n’est pas en colère, car il n’éprouve pas de trouble, mais il est comme en colère parce qu’il punit et qu’il venge la justice3. » Le Psalmiste a des expressions qui donnent bien à réfléchir ! Profondément marqué par l’intensité des châtiments divins, il s’exclame : « Qui connaît la puissance de votre colère, [mon Dieu] ? combien votre colère est redoutable, qui le comprend ? » (Ps 89, 11)

Certains psaumes sont prophétiques, d’autres renferment des leçons de sagesse, d’autres enfin sont historiques. Ceux-ci rappellent l’histoire du peuple élu et mettent en valeur d’un côté les bénédictions divines et de l’autre l’ingratitude d’Israël envers son Dieu et les justes châtiments qui en ont découlé. C’est le cas notamment du psaume 105.

« Nos pères en Égypte n’ont pas compris vos merveilles ; ils ne se sont pas souvenus de la grandeur de votre miséricorde. Et ils vous ont irrité lorsqu’ils montèrent vers la mer Rouge. Mais il les sauva à cause de son nom afin de faire connaître sa puissance. […] Ils crurent à ses paroles, et ils firent retentir sa louange. Bientôt ils oublièrent ses œuvres, […] ils se livrèrent à la convoitise dans le désert […] Ils irritèrent Moïse dans le camp ; Aaron, le saint du Seigneur. La terre s’entrouvrit et engloutit Dathan, et elle couvrit la troupe d’Abiron. Un feu s’alluma contre leur bande. […] Ils n’écoutèrent pas la voix du Seigneur. Et il leva la main sur eux, pour les terrasser dans le désert et les disperser en divers pays. Ils se consacrèrent à Béelphégor, et mangèrent des victimes sacrifiées aux morts. Et ils irritèrent le Seigneur par leurs inventions et la ruine s’accumula parmi eux. Alors Phinées se leva et apaisa le Seigneur, et le fléau cessa… » (Ps 105, 7 à 30)

Malheureusement la description des infidélités n’est pas terminée. Je ne les mentionne pas ici en détails pour en arriver à la fin du psaume qui rapporte l’attitude de Dieu devant tant d’infidélités et sa réaction lorsque le peuple finit par reconnaître ses torts : « Leurs ennemis les tourmentèrent, et ils furent humiliés sous leurs mains. Souvent Dieu les délivra ; mais ils l’irritèrent par leurs desseins, et ils furent humiliés par leurs iniquités. Et il les vit dans leur détresse, et il écouta leur prière. Il se souvint de son alliance, et il se repentit selon la grandeur de sa miséricorde, et il fit d’eux un objet de sa miséricorde, à la vue de ceux qui les avaient asservis. » (Ps 105, 43-46)

Le psaume 77 évoquait déjà les infidélités d’Israël, les châtiments qui s’ensuivirent et les retours à Dieu qu’ils provoquaient même si ces conversions étaient souvent superficielles : 

« Ils péchèrent encore, et ils n’eurent pas foi en ses merveilles. Alors leurs jours passèrent comme un souffle, et leurs années précipitèrent leur cours. Lorsqu’il les faisait mourir, ils le cherchaient, et ils se retournaient, et ils se hâtaient de revenir à lui. Ils se souvenaient que Dieu était leur défenseur, et que le Dieu Très-Haut était leur sauveur. Mais ils ne l’aimaient que de bouche, et de leur langue ils lui mentaient. Car leur cœur n’était pas droit avec lui, et ils ne furent pas fidèles à son alliance. Mais il est miséricordieux, et il leur pardonnait leurs péchés, et ne les anéantissait pas. Et très souvent il détourna son courroux, et n’alluma point toute sa colère. » (Ps 77, 32-38)

Dans le psaume 106, le Psalmiste établit à nouveau le lien entre la faute et la peine : « Dieu les a retirés de la voie de leur iniquité ; car ils avaient été humiliés à cause de leurs injustices. » (Ps 106, 17)

La réaction de Dieu devant les péchés d’Israël au temps de Moïse se retrouve tout au long de l’histoire du peuple élu. En témoigne la promesse de Dieu faite à David de le bénir ainsi que ses descendants tant qu’ils lui seront fidèles et de les punir s’ils violent sa Loi comme cela est consigné dans le psaume 88 : 

« Je lui [il s’agit de David ndlr] conserverai éternellement ma miséricorde, et mon alliance avec lui sera inviolable. […] Si ses enfants abandonnent ma loi, et s’ils ne marchent pas selon mes préceptes ; s’ils violent mes ordonnances, et ne gardent point mes commandements, je visiterai avec la verge leurs iniquités ; et leurs péchés par des coups ; mais je ne lui retirerai pas ma miséricorde, et je ne trahirai pas ma vérité. » (Ps 88, 31-34)

La justice de Dieu dans l’histoire de l’Église

Le survol de l’attitude de Dieu à l’égard de son peuple dans l’Ancien Testament est très éclairant pour discerner la pédagogie divine et comprendre les événements touchant l’Église et le monde depuis la venue de Jésus-Christ. Comme le disait très justement Mgr Marcel Lefebvre : « De même que l’Israël de l’Ancien Testament a eu une histoire bien troublée à cause d’infidélités continuelles vis-à-vis de Dieu, bien souvent œuvres de ses chefs et de ses lévites, ainsi l’Église militante dans ce monde connaît sans cesse des périodes d’épreuves à cause de l’infidélité de ses clercs, par leurs compromissions avec le monde. Plus les scandales viennent de haut et plus ils provoquent de désastres4. » Sans rentrer dans les détails, comment ne pas voir que les déviations doctrinales et morales de beaucoup d’hommes d’Église jusque dans sa hiérarchie jointes aux lois immorales promulguées dans tant de pays du globe ne peuvent qu’attirer sur notre pauvre monde un juste châtiment divin. 

Quant à la France, elle aussi est infidèle aux promesses de son baptême. Aussi, mérite-t-elle un châtiment exemplaire. Rappelez-vous les paroles de saint Rémy après qu’il eut versé l’eau sainte sur la tête du Clovis : « Apprenez, mon fils, que le Royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Église romaine, qui est la seule véritable Église de Jésus-Christ. Ce Royaume sera, un jour, grand entre tous les Royaumes… Il sera victorieux et prospère tant qu’il sera fidèle à la foi romaine. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu’il sera infidèle à sa vocation… » Saint Pie X a actualisé ces propos en disant le 29 novembre 1911 : « Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation… Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes. » 

Et nous-mêmes hélas ! sommes-nous vraiment fidèles aux grâces immenses reçues sans mérite de notre part ? Comment ne pas voir que nous aussi, nous avons irrité le bon Dieu par notre conduite coupable et attiré sur nous sa juste colère ! Aussi, convient-il de le supplier d’avoir pitié de nous afin qu’il nous fasse miséricorde. 

La miséricorde de Dieu

Si Dieu est infiniment juste, il est également infiniment miséricordieux. Beaucoup de psaumes le proclament. Ainsi, le psaume 102 qui clôt les psaumes durant l’office des complies du samedi exalte la miséricorde divine. Il renferme ces paroles si consolantes : 

« Le Seigneur est compatissant et miséricordieux, patient et très miséricordieux. Il ne s’irritera pas perpétuellement, et ne menacera pas sans fin. Il ne nous a pas traités selon nos péchés et il ne nous a pas punis selon nos iniquités. Car autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant il a affermi sa miséricorde sur ceux qui le craignent. » Ps 102, 8-11 

Deux versets plus loin, le Psalmiste revient sur la même idée : 

« Comme un père est miséricordieux à l’égard de ses fils, ainsi le Seigneur a compassion de ceux qui le craignent, car il sait de quoi nous sommes formés ; il s’est souvenu que nous ne sommes que poussière. » (Ps 102, 13)

L’amour de Dieu pour nous est celui d’un Père pour ses enfants. Notre-Seigneur développera cette idée jusqu’au sublime par la parabole de l’enfant prodigue. 
Le Psalmiste indique comme condition pour bénéficier de la miséricorde divine de craindre Dieu. La crainte de Dieu implique avec la reconnaissance de son existence la révérence que l’on doit avoir à son égard. Ceci explique le contenu de la collecte de la messe en temps d’épidémie : « Ô Dieu qui désirez non pas la mort, mais le repentir des pécheurs, regardez avec bonté votre peuple qui revient à vous et, puisqu’il se montre dévot à votre égard, daignez détourner de lui avec clémence les fléaux de votre colère. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. »  

Dans cette collecte, on s’appuie sur les bonnes dispositions du peuple catholique pour bénéficier de la miséricorde divine.

La justice et la miséricorde divine

Assez souvent, le Psalmiste joint les deux attributs divins de miséricorde et de justice. Le terme de miséricorde précède celui de justice pour montrer que Dieu est avant tout miséricordieux. Le Psalmiste résume ainsi les desseins de Dieu lorsqu’il écrit : « Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité [vérité étant ici synonyme de justice, ndlr]. » (Ps 24, 10)

Commentant ce verset, saint Thomas a des réflexions très profondes qui méritent d’être méditées. Il dit : « La miséricorde est un terme analogique. La miséricorde chez l’homme se manifeste lorsqu’il compatit aux malheurs d’autrui. Or, Dieu n’exerce pas sa miséricorde selon ce mode car il est impassible et ne peut donc pas compatir. Par contre, sa miséricorde consiste à écarter l’adversité en toute chose.

De même, la justice est également un terme analogique. L’homme est juste lorsqu’il rend à chacun ce qui lui est dû. Mais Dieu ne doit rien à personne. Cependant, le terme de justice convient à Dieu en ce sens qu'il donne à chacun selon sa mesure.

Dans les œuvres de Dieu, la miséricorde précède sa justice. Dieu crée par miséricorde car il ne doit rien au néant, mais ensuite, une fois que les choses sont créées, il accorde à chacune d’entre elles ce qui lui est approprié selon sa mesure, et en cela se manifeste sa justice.

De même, dans l’ordre de la grâce, la première justification du pécheur relève de la miséricorde, et après avoir été justifié, Dieu donne les récompenses à chacun selon sa mesure5. » 

Dieu étant juste et miséricordieux permet que la vie terrestre soit parsemée d’embûches. Cela nous permet d’expier en partie ici-bas nos fautes et nous aide à prendre conscience que la vraie vie n’est pas ici-bas mais au Ciel.

La justice et la miséricorde divine dans l’histoire de l’Église

Dieu a conservé tout au long de l’histoire de l’Église à l’égard de ses membres l’attitude qu’il a eue dans l’Ancien Testament à l’égard de son peuple. Lorsqu’ils sont infidèles à sa grâce, il manifeste sa justice en permettant qu’ils subissent différentes épreuves dont les épidémies. Ses châtiments sont à la fois un effet de sa justice et un effet de sa miséricorde. Ils manifestent sa justice car les péchés méritent d’être punis, mais également sa miséricorde puisque Dieu veut ramener à lui les âmes qu’il a rachetées par son sang pour les conduire au Ciel. 

Par conséquent, aujourd’hui, le plus grand mal à redouter n’est pas le coronavirus même si celui-ci peut nous conduire à la mort, mais c’est l’enfer éternel. C’est ainsi que le Psalmiste, se souvenant de la mort des premiers-nés des Égyptiens au temps de Moïse, affirmait : « Le Seigneur a frappé l’Égypte avec ses premiers-nés car sa miséricorde est éternelle. » (Ps 135, 10)

Aujourd’hui, Dieu permet la prolifération du virus dans le monde entier pour rappeler à l’homme orgueilleux ses limites.

La juste intervention de Dieu aujourd’hui

La prière du juste devant le triomphe momentané des incrédules

Devant l’oubli voire la négation de points importants de la doctrine catholique par des hommes d’Église, devant la promulgation de lois de plus en plus immorales et de tant de désordres perpétrés par nos contemporains, nous avions le cœur affligé et nous faisions nôtres ce verset du psaume 118 qui a pour objet la loi de Dieu : « J’ai vu les prévaricateurs, et je séchais de douleur, parce qu’ils n’ont pas gardé [Seigneur] vos paroles. » (Ps 118, 158)

En voyant tant de péchés accumulés, nous nous demandions jusqu’à quand l’homme allait s’opposer orgueilleusement à la volonté de Dieu et démolir ce qu’il reste encore de chrétienté. Ainsi, pouvions-nous mettre sur nos lèvres ces propos du Psalmiste : « Levez-vous, ô Dieu, jugez votre cause ; souvenez-vous de ces outrages qui vous viennent tout le jour de l’insensé. N’oubliez pas les clameurs de vos ennemis. L’orgueil de ceux qui vous haïssent monte toujours. » (Ps 73, 22-23)

Dans le psaume 93, le Psalmiste revenait sur la même idée : « Levez-vous, ô Dieu, qui jugez la terre, rendez aux superbes ce qui leur est dû. Jusques à quand, Seigneur, les pécheurs, jusques à quand les pécheurs se glorifieront-ils ? Se répandront-ils en discours insolents, et proféreront-ils l’iniquité, tous ceux qui commettent l’injustice ? » (Ps 93, 2-4)

Tant de péchés commis par les sans-Dieu et par beaucoup de catholiques ne pouvaient qu’un jour ou l’autre attirer une juste intervention de Dieu sous la forme d’un fléau.

La recherche effrénée des richesses et des plaisirs arrêtée par le coronavirus

Dieu est le maître de l’univers. Il a donné à l’homme la liberté et le laisse en user à sa guise. Mais lorsque celui-ci en abuse, le bon Dieu finit toujours un jour ou l’autre par intervenir pour mettre fin à ses désordres et l’inciter à revenir vers lui. Tant que l’enfant prodigue a eu quelque chose à se mettre sous la dent, il a oublié son père, mais lorsqu’il s’est retrouvé dans une misère telle qu’il ne pouvait même pas se nourrir de ce que l’on donnait à manger aux pourceaux, il s’est souvenu de son père ; il est rentré en lui-même et il a pris son courage à deux mains pour revenir vers son père, le cœur brisé de repentir. (Lc 15, 11-32) Puisse l’épreuve que nous traversons aujourd’hui conduire beaucoup de nos contemporains à imiter l’enfant prodigue ! 

L’homme moderne a bâti un monde fondé uniquement sur l’argent et les plaisirs. Et voilà que tout à coup, l’épreuve qui arrive à l’improviste fait écrouler subitement son échelle de valeur et le conduit à la dure réalité de la fragilité de son existence. Ainsi, se reproduit aujourd’hui ce que disait le Psalmiste : « Le Seigneur dissipe les desseins des nations ; il renverse les pensées des peuples, et il renverse le conseil des princes. » (Ps 32, 10)

« Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés, contre le Seigneur et contre son Christ. […] Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, et le Seigneur se moquera d’eux. Alors il leur parlera dans sa colère, et il les épouvantera dans sa fureur. » (Ps 2, 2 et 5)

Le « rire » de Dieu symbolise le fait que le bon Dieu est au-dessus des intrigues humaines. L’homme a beau tout faire pour empêcher le dessein de Dieu de se réaliser, c’est toujours Dieu qui a le dernier mot. Espérons que cette juste intervention de Dieu sous la forme de l’épidémie qui nous assaille amènera l’homme à prendre conscience de ses folles prétentions et l’aidera à recourir à lui.

Une crainte vaine

« Ils n’ont pas invoqué Dieu ; ils ont tremblé de frayeur là où il n’y a rien à craindre. » (Ps 52, 6)

Saint Augustin commente ce verset en disant : « Ils n’ont pas invoqué Dieu. » Il résulte de cela qu’ils n’ont pas la tranquillité. « Ils ont tremblé de frayeur. » Est-ce qu’il y a lieu de craindre, en effet, quand on perd ses richesses ? Il n’y a point là sujet de crainte, et pourtant on craint. Mais que quelqu’un perde la sagesse, ici il y a lieu de craindre, et pourtant on ne craint pas... »

L’évêque d’Hippone montre que l’absence de prière engendre de vaines craintes. La prière, en nous unissant à Dieu, nous aide à hiérarchiser la valeur des choses et à dominer ou au moins à tempérer les craintes que pourrait engendrer l’épidémie du coronavirus.

Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt ceux qui peuvent faire périr l’âme et le corps dans la géhenne ? » (Mt 10, 28). Puisse le fléau du coronavirus nous amener ainsi que nos contemporains à nous détacher du péché afin de pouvoir éviter le fléau bien plus terrible de l’enfer éternel !

Appel divin aux gouvernants

Nous espérons que nos gouvernants comprendront bientôt cet avertissement divin : « Maintenant, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte et réjouissez-vous en lui avec tremblement. Attachez-vous à sa doctrine, de peur que le Seigneur ne s’irrite, et que vous ne périssiez hors de la voie droite. Lorsque bientôt s’enflammera sa colère, heureux tous ceux qui ont confiance en lui. » (Ps 2, 10-11)

 

Abbé Patrick Troadec

 

A lire : Les fins dernières dans les psaumes

  • 2. Librairie Martingay, 1969, pp. 100 et 108.
  • 3. Abbé Patrick Troadec, Les fins dernières dans les Psaumes, Clovis, 2010, p. 109.
  • 4. Itinéraire spirituel, Séminaire Saint-Pie X, 1990, p. 70.
  • 5. Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur les Psaumes, Le Cerf, 1996, p. 299.