Medjugorje : le « oui, mais » du Vatican

18 Mai, 2019
Provenance: fsspx.news

Par disposition du pape François, les diocèses et les paroisses pourront organiser des pèlerinages officiels dans ce village de Bosnie, où se rendent déjà plusieurs millions de fidèles chaque année. Le Saint-Siège ne s’est cependant pas prononcé sur le caractère surnaturel des apparitions mariales. 

Mgr Luigi Pezzuto, nonce apostolique en Bosnie-Herzégovine, et Mgr Henryk Hoser, visiteur apostolique spécial du Saint-Siège, ont annoncé le 12 mai 2019 la décision du pontife romain, au cours de la messe dominicale célébrée dans la paroisse de Medjugorje. 

La nouvelle a été confirmée immédiatement par le directeur ad interim de la Salle de presse du Vatican, Alessandro Gisotti : « compte tenu du flux considérable de personnes qui se rendent à Medjugorje et des abondants fruits de grâce qui en découlent, cette disposition s’inscrit dans la perspective de l’attention pastorale particulière que le Saint-Père a voulu accorder à cette réalité, visant à favoriser et à promouvoir les fruits du bien ». 

Cependant, dans le même communiqué, Rome semble émettre certaines réserves : « il faut éviter que de tels pèlerinages créent une confusion ou une ambiguïté sous l’aspect doctrinal. Cela concerne également les pasteurs de tous ordres et de tous degrés qui entendent se rendre à Medjugorje, et y célébrer ou concélébrer solennellement ». En effet, les apparitions elles-mêmes ne sont toujours pas officiellement reconnues. 

Cette incohérence montre toute l’absurdité d’une telle situation. Soit les apparitions sont de Dieu, soit elles ne sont pas de Dieu. Et par conséquent, soit les pèlerinages doivent être autorisés, soit ils doivent être interdits. Mais en autorisant les pèlerinages sans se prononcer sur la question de fond, le Vatican ne peut que créer de la confusion en entretenant l’ambiguïté qu’il prétend éviter. 

A ce compte-là, puisqu’il s’y fait sans doute du bien – messes, confessions, récitation du rosaire, exercices pieux, conversions, vocations... – il devient possible de reconnaître sans plus ample examen tous les pèlerinages auto-proclamés. Il suffira de tenir compte du « flux considérable » de personnes à s’y rendre pour autoriser le développement de sanctuaires dont la légitimité reste douteuse puisque l’authenticité des phénomènes qui s’y sont déroulés n’a pas été doctrinalement reconnue. Au risque d’exposer les fidèles aux supercheries du démon. 

Le rapport Ruini enterré 

En 2010, sous le pontificat de Benoît XVI, une commission d’enquête internationale sur les événements de Medjugorje, avait été mise en place, avec à sa tête le cardinal Camillo Ruini : elle rendit son rapport en 2014. 

Le 16 mai 2017, le site de référence Vatican Insider signalait que la commission avait émis 13 votes en faveur de la reconnaissance du surnaturel des sept premières apparitions, un vote opposé, et un vote suspensif. 

A l’inverse, une majorité de votes « contre » ou suspensifs avaient conduit la commission à porter un jugement négatif sur la poursuite du phénomène surnaturel, après 1981 et jusqu’à nos jours. Les résultats du rapport Ruini n’ont jamais été officiellement publiés. 

La méthode François à l’oeuvre 

Elu en 2013, le pape François a privilégié une approche pastorale en donnant la priorité à l’encadrement spirituel des pèlerins qui visitent Medjugorje, plutôt que de trancher sur le fond du problème : le caractère surnaturel ou non des apparitions de la Vierge en ce lieu.  

D'autant que lui-même n’a jamais caché ses doutes personnels sur la question. Le 13 mai 2017, de retour de Fatima, François avait ainsi déclaré au sujet des conclusions de la commission : « moi-même je serais plus méchant : je préfère la Madone Mère, plutôt que la Madone chef de bureau qui envoie des messages tous les jours. Cette femme n’est pas la Mère de Jésus ». 

Fidèle à ses manières de faire, le pape avait ajouté être davantage concerné par « le fait spirituel et pastoral (…) des gens qui se confessent là », que par l’aspect doctrinal des apparitions : « ces apparitions présumées n’ont pas tant de valeur que ça », avait-il conclu non sans légèreté. 

On lira avec intérêt l’enquête sérieuse menée par Yves Chiron : « Medjugorje (1981-2006), constat de non supernaturalitate ». Ce livre relate un voyage d’étude et d’observation effectué par l’auteur à Medjugorje en 1993, au cours duquel il a rencontré les « voyants », les pères franciscains qui les conseillent et l’évêque de Mostar qui a émis un jugement négatif sur l’authenticité des faits. Ce témoignage est suivi d’une conférence de Mgr Ratko Peric, évêque de Mostar-Duvno, qui présente une solide analyse historique et doctrinale des « apparitions » de Medjugorje. (Editions Nivoit) 

A l’évidence, pas de vraies apparitions 

L’évêque diocésain n’a jamais varié sur le « phénomène de Medjugoge ». Le 26 février 2017, fort des multiples enquêtes diligentées – commission diocésaine de Mostar de 1982-1984, commission élargie de 1984-1986, commission de la Conférence épiscopale de Zagreb de 1987-1990, commission de la Congrégation pour la Doctrine de la foi de 2010-2014 et évaluation de la même Congrégation de 2014-2016 – Mgr Perić concluait : « il ne s’agit pas de vraies apparitions de la bienheureuse Vierge Marie ». 

La position de la curie de Mostar, précisait-il, a été claire et résolue durant toute cette période : les « phénomènes présumés sont à l’évidence non authentiques, et ce, dès les premiers jours ».