Belgique : des religieux disent « oui » à l’euthanasie

06 Mai, 2017
Provenance: fsspx.news
Procession à Rome des Frères de la Charité. Sur la droite : le Supérieur général, le Frère René Stockman.

Le Supérieur général des Frères de la Charité a condamné la prise de position de la branche belge de sa congrégation autorisant à certaines conditions l’euthanasie active des patients dans les établissements psychiatriques qu’elle dirige. 

Les Frères de la Charité sont une congrégation masculine de droit pontifical se consacrant aux soins des malades. Fondée à Gand, en 1807, par le Père Pierre Joseph Triest, elle s'inspire de la spiritualité de saint Vincent de Paul envers les pauvres. Elle est active dans plus de 20 pays, où elle éduque des jeunes et soigne des personnes infirmes ainsi que des malades mentaux. 

Le 26 avril 2017, l'hebdomadaire catholique flamand Tertio a révélé que la branche belge des Frères de la Charité avait décidé que l’euthanasie active pourrait être pratiquée dans les deux centres psychiatriques qu'elle dirige en Belgique, non seulement pour les patients en phase terminale qui le demanderaient, mais encore lorsque se présenteraient des cas de détresse psychologique profonde. 

La lettre envoyée à la direction et au corps médical d'une quinzaine de centres psychiatriques, dont ceux de Dave (Namur) et Manage (Wallonie), précise que le Conseil général des Frères de la Charité à Rome, dirigé par le Belge René Stockman, désapprouve ce changement. 

En effet, le Supérieur général de la congrégation, le Révérend Frère René Stockman, s’est vigoureusement élevé contre cette prise de position : « cette décision est incompatible avec la vision de notre congrégation. Ce n’est certainement pas la vision des Frères de la Charité. Le respect de l’inviolabilité de l’être humain est d’une importance capitale ; nous considérons l’inviolabilité de la vie comme absolue. L’organisation en Belgique s’écarte de cette position de principe fondamentale ». 

Le Supérieur général des Frères de la Charité considère cette prise de position de la branche belge de son ordre comme « le résultat de la sécularisation profonde en Belgique et en Flandre. Je suis Flamand, rappelle-t-il, mais je n’ai pas travaillé en Belgique depuis l'an 2000. J’ai depuis lors constaté beaucoup de changements. On se laisse entraîner dans la tendance à  la sécularisation. Le texte ne fait pas référence à Dieu, à la Bible ou à la vision chrétienne de l'homme. C'est une vision tout à fait sécularisée ». 

Dans un entretien au Katholiek Nieuwsblad, il a rappelé que le rôle de la psychiatrie était d'aider les gens qui souffrent psychologiquement, pas de mettre fin à leur vie. 

Frère Stockman est également revenu sur les propos tenus par l’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, après la publication du document. Le prélat avait affirmé n’avoir pas lu dans le détail le texte des Frères de la province belge en entier mais que ce dernier « (lui) semblait constituer un ensemble équilibré ». 

Mgr Bonny était allé encore plus loin, précisant qu’« en matière d’éthique, il est difficile d’aligner tout le monde sur la même position dans le monde entier. Les cultures et les mentalités dans les congrégations spécifiques, mais aussi dans l’Eglise elle-même, sont si différentes. » On ne peut être plus clair dans la défense de la morale dite de situation, contre laquelle l’Eglise s’est toujours élevée. "Tu ne commettras pas de meurtre", le cinquième commandement de Dieu, serait-il à géométrie variable ? 

Cela n’a pas échappé au Révérend Frère Stockman selon lequel Mgr Bonny n’a fait qu’exprimer une opinion personnelle, d’ailleurs fort critiquable : « il n’est pas correct qu’un évêque, sans avoir lu le texte en entier, indépendamment des décisions des Conférences épiscopales à ce sujet, s’exprime de cette façon. Cela me dérange beaucoup. En fait, il dit que l’euthanasie devrait être possible. Cela m’a dérangé énormément. Il doit se rendre compte qu’il parle en tant qu’évêque ». 

Le problème est que l'évêque d'Anvers, nommé en 2008 par Benoît XVI, est connu pour ses prises de position progressistes, précisément en matière de morale. Lors de la première session du synode sur la famille, en 2014, il avait conseillé que l'Eglise reconnaisse formellement les relations des "couples bi- et homosexuels" en s'ouvrant "à ce que les gens aujourd’hui pensent ou ressentent". Un an plus tard, lors de la deuxième session, il proposait de confectionner des nouveaux rituels pour bénir l’union entre cohabitants, qu'il s'agisse de concubins, de divorcés remariés ou de personnes du même sexe. Il recommandait aussi l'accès personnalisé des divorcés remariés à la communion eucharistique. 

Pour le Supérieur général des Frères de la Charité, les choses ne vont pas en rester là : « Nous sommes en consultation avec la Conférence des évêques de Belgique, a-t-il précisé. Ils ont la responsabilité de prendre position et de s’exprimer  à ce  sujet. Je suis également en contact avec un responsable de haut rang  au sein du Vatican. Je lui ai exposé  clairement la situation ». 

Reste à espérer que les autorités romaines soutiendront le Révérend Frère Stockman dans sa défense du droit à la vie de chaque individu, dès l’instant de sa conception et jusqu’à sa mort, avec clarté et fermeté. « Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez » (Evangile selon saint Mathieu, ch. 25, 40). 

(Sources : InfoCatho/Belgicatho/Lalibre.be - FSSPX.Actualités - 06/05/2017)