De la bonne mort et des leçons du coronavirus

23 Mars, 2020
Provenance: fsspx.news
Paul-Émile Millefaut, Basilique de Fourvière, Lyon

« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28), y compris les épreuves, les peines et les infirmités de cette vie. Même le péché, ajoute saint Augustin, car il est l’occasion de se ressaisir, de faire pénitence et de se tourner résolument vers Dieu, l’Auteur de tout bien.

Le mal répandu en ce monde est une conséquence du péché, et la mort en est le salaire. Tous les maux dont nous avons à souffrir – épreuves de toutes sortes, deuils et séparations, calamités et maladies – sont la conséquence des péchés, qu’il s’agisse du péché originel ou des péchés personnels, des fautes vénielles ou des péchés graves et mortels, des péchés des hommes ou des actions de Satan et des autres esprits mauvais répandus dans les airs pour perdre les âmes… Cette triste réalité est une vérité de notre sainte religion.

Ne pas passer à côté de la grande affaire de notre vie

Insouciant, l’homme moderne s’occupe en s’imposant quantité de devoirs et d’obligations, mais en délaissant l’occupation principale qui devrait être la sienne : procurer la gloire de Dieu, veiller à sa sanctification, vivre sous le regard de Dieu en attendant de le rencontrer dans l’éternité.

Indifférent, l’homme moderne s’affaire en assouvissant ses passions et en accumulant les richesses et les biens de toutes sortes, mais en délaissant la grande affaire de son salut éternel et de celui de ses proches.

Les âmes des citoyens sont désormais modelées, dans leurs pensées et leur agir, par les doctrines délétères, marxistes ou libérales, consuméristes ou matérialistes, qui leur sont distillées dès l’âge le plus tendre. Les mœurs vicieuses et corrompues peuvent s’afficher publiquement, au nom des libertés individuelles et d’une certaine non-discrimination. Ainsi va le monde, jusqu’à sa perte.

Pour l'heure, l’actuelle crise du coronavirus ne détourne pas les hommes politiques de cette conspiration diabolique de l’oubli de Dieu dans les lois de la cité et dans les mœurs publiques ou privées.

Ainsi, alors que le pays adopte des mesures de lutte contre l’épidémie, la Nouvelle-Zélande vient de dépénaliser totalement l’avortement. Une mère pourra tuer son enfant à tout moment, même jusqu’à l’accouchement, au nom de raisons dites médicales. Parmi les raisons possibles figurent des maladies telle que la trisomie, mais encore un simple bec-de-lièvre ou un pied bot. Seule restriction : passée la vingtième semaine de grossesse, il faudra l’autorisation de deux médecins. Le recours à l’avortement pour choisir le sexe de l’enfant – discrimination en raison du genre ! – est également légalisé.

En France, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol réclame l’allongement des délais légaux afin que le confinement de la population ne soit pas un obstacle pour les femmes voulant se faire avorter. La culture de mort ne lâche rien. Il est à craindre que l’épidémie une fois passée, l’humanité dans son immense majorité n’aura rien appris.

L’appel à la conversion

Heureusement, Dieu sait tirer du mal un bien. Les hommes de bonne volonté sauront rentrer en eux-mêmes, penser à la vacuité et la fragilité de leur vie, à leurs fins dernières, et retrouver le sens de la prière, se tourner vers Dieu avec l’aide de sa grâce.

Mais combien font défaut les vrais pasteurs. Sauf exceptions, beaucoup n’osent pas appeler les pauvres pécheurs à changer de vie, à faire pénitence et à se convertir. Il est plus facile d’encourager aux gestes de solidarité et à l’entraide mutuelle, plutôt que de parler de juste punition venant frapper une humanité rebelle. Il est plus facile d’inviter les fidèles à poser une bougie sur le rebord de leur fenêtre que de les appeler à prendre les armes de la pénitence, du repentir et des larmes. C’est pourtant le temps favorable, et l’Eglise est en plein carême.

L’homme a été créé pour connaître Dieu, L’aimer et Le servir. C’est pourquoi le Christ loue Marie-Madeleine, la courtisane convertie devenue la sainte pénitente : « elle a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 42).

L’humanité exige un remède, un vaccin dans les plus brefs délais. Mais sans attendre elle réclame un signe, et déjà se tourne vers de folles espérances, dont l’énumération serait édifiante. Que l’on songe seulement à l’urine de vache sacrée en Inde, dont les vertus thérapeutiques protégeraient du virus, à moins que l’on préfère « s’insérer matin, midi et soir la fréquence 49117,9008321 hertz » pour s’en prémunir ! Et pourtant, à cette génération méchante et adultère, « il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas » (Mt 12, 39).

La grâce d’une bonne mort

Toute maladie, si terrible soit-elle, permet de se préparer à la mort, ce passage entre la vie d’ici-bas et celle de l’au-delà. A l’instant où l’âme immortelle quitte son enveloppe charnelle, elle est jugée par le Christ, son Sauveur et son Juge, riche en miséricorde mais souverainement juste. Que chaque homme se repente et pleure ses péchés. Qu’il crie vers le Père tel l’enfant prodigue (cf. Lc 15, 11-32). Qu’il chasse de son cœur toute pensée de révolte ou de haine contre Dieu dont la Providence règle toutes choses avec sagesse.

Le Covid-19 peut rapidement conduire à une défaillance respiratoire, qui nécessite d’être intubé et mis sous respirateur artificiel. N’attendons pas l’hospitalisation pour faire appel au prêtre. Dès le diagnostic, tant que le malade est encore à son domicile, il est grand temps de se confesser et de recevoir l’extrême-onction, avec les bénédictions de l’Eglise.

Sans attendre d’être malade, que chacun se mette devant Dieu et devant sa conscience. Dieu est patient et riche en miséricordes. Il est temps de régler sa vie et de la corriger, de fuir le vice et d’embrasser la vertu, d’obéir enfin à Dieu et ses commandements : « Si vous m’aimez, dit le Seigneur, gardez mes commandements » (Jn 14, 15).

Ce ne sont pas ceux qui se contentent de dire “Seigneur, Seigneur !” qui entreront dans le royaume, « mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21). Accomplir la volonté de Dieu, c’est ce qu’a fait le Christ dans sa Passion, par obéissance et par amour. Il est le modèle parfait, l’exemplaire par rapport auquel tout homme sera jugé. Il est temps de se mettre à sa suite et de se faire son disciple.

Prions pour les agonisants qui paraissent devant Dieu chaque jour. Et prions pour l’instant de notre propre mort : « Seigneur mon Dieu, dès aujourd’hui, j’accepte de votre main, volontiers et de grand cœur, le genre de mort qu’il vous plaira de m’envoyer, avec toutes ses angoisses, toutes ses peines et toutes ses douleurs » (saint Pie X).

Abbé Christian Thouvenot