Hans Küng est mort

09 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news

Le prêtre et théologien Hans Küng est décédé le 6 avril. Cette mort a déclenché un concert de louanges provenant de tous bords, et spécialement de catholiques, même si elles sont parfois teintées de quelques restrictions. Mais le disparu méritait bien autre chose que ce chorus qui occulte ses nombreux démérites.

Il n’est pas étonnant de découvrir Mgr Georg Bätzing parmi ceux qui ont produit les louanges les plus appuyées sur l’œuvre du théologien suisse : « Même s’il y a eu des tensions et des conflits [à cause de ses convictions], je le remercie tout spécialement en cette heure d’adieu pour ses nombreuses années d’engagement en tant que théologien catholique. (…) Hans Küng laisse derrière lui un riche héritage théologique. » Nous verrons ce que renferme cette « richesse ».

Il est en revanche presque stupéfiant de lire l’éloge donnée par l’Académie pontificale pour la vie qui n’hésite pas à « twitter » : « Une grand figure de la théologie du siècle dernier disparaît, dont les idées et les analyses doivent toujours nous faire réfléchir sur l’Eglise catholique, les Eglises, la société, la culture. » Faut-il rappeler que cette « grande figure » était partisan de l’euthanasie ?

Brève biographie

Hans Küng est né le 19 mars 1928 à Sursee, dans le canton de Lucerne, au sein d’une famille catholique. Après avoir obtenu sa maturité, il étudie la philosophie et la théologie à Rome, à l’université Grégorienne. Il est ordonné prêtre dans la ville éternelle en 1954.

Il poursuit ses études à Paris, à l’Institut catholique, où il obtient son doctorat de théologie en 1957, pour une thèse sur la justification dans l’œuvre de Karl Barth (1886-1968) – un protestant réformé suisse qui a eu une influence considérable sur la théologie protestante… et sur nombre de modernistes catholiques.

Il sera ensuite vicaire à Lucerne (1957-1959), puis assistant scientifique à l’université de Münster en Allemagne (1959-1960), avant d’être nommé professeur de théologie fondamentale, puis de dogmatique à la faculté de théologie catholique de Tübingen de 1960 à 1979.

En 1963, paraît aux Editions du Seuil un recueil de conférences faites à Rome devant des assemblées d’évêques pendant le concile Vatican II, à des maisons religieuses ou pour des émissions radiophoniques, sous le titre : Le Concile, épreuve de l’Eglise. Le théologien Charles Journet en fait une critique sévère dans la revue Nova et Vetera (octobre-décembre 1963) : « Suffisamment de choses dans ce livre nous semblent regrettables. »

Il ajoute impitoyablement : « La manière dont l’auteur parle de l’autorité laissée par le Christ à son Eglise laisse soupçonner qu’il n’en a guère scruté le mystère. » La suite est une démonstration en règle de cette assertion.

La même année, il publie également Structures de l’Eglise, dans un but de dialogue œcuménique avec les protestants. Ce livre fait de nouveau bondir le (futur) cardinal Journet qui n’hésite pas à écrire dans Nova et Vetera (janvier-mars 1964) que ces pages manifestent une « altération fondamentale de la notion de Concile œcuménique » et « un relativisme dogmatique ».

En 1970, Küng publie une critique radicale de l’infaillibilité pontificale (traduction française 1971) dans son livre : Infaillible ? Une interpellation.

S’ensuit une mise en examen du livre par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui aboutira à une interdiction d’enseignement dans les facultés catholiques en 1979.

L’université de Tübingen crée alors spécialement à son intention l’Institut de recherches œcuméniques, qui lui permettra d’enseigner jusqu’en 1996.

Une opposition de plus en plus vive

Le théologien ne se contente pas d’écrire des livres s’opposant à la doctrine catholique, il s’oppose aussi au pape Jean-Paul II.

Il demande même la condamnation du pape polonais et de son pontificat qu’il considère « comme une grande espérance déçue et, finalement, comme un désastre ».

Il vise en particulier la doctrine morale. Ainsi, en 1995, à l’occasion de l’encyclique Evangelium vitae, Küng accuse l’auteur d’être « un dictateur spirituel voulant détruire la liberté de conscience ».

Face à Benoît XVI qu’il connaissait bien comme théologien – tous deux ont enseigné à Tübingen – il se montrera moins dur. Mais il critiquera fortement la constitution apostolique Anglicanorum coetibus, qui crée des prélatures pour accueillir des anglicans convertis au catholicisme : le théologien suisse estime qu’il s’agit de l’enterrement d’années de travail œcuménique.

Il saluera en revanche avec un certain enthousiasme l’élection de Jorge Bergoglio comme « le meilleur choix possible ».

Le Weltethos (l’éthique planétaire)

A partir de 1993, Hans Küng se lance dans la recherche d’une éthique mondiale, visant surtout les religions. Il cherche à développer et renforcer la coopération entre elles. Il avait profité du parlement des religions, tenu à Chicago en 1993, pour préparer le lancement de sa fondation.

Il reçoit en 2005 le 22e prix de la fondation bouddhiste japonaise pour la paix, le prix Niwano. Ce prix lui est attribué « pour sa contribution et sa coopération au dialogue interreligieux ». La fondation nippone le considère comme « l’un des plus importants théologiens du XXe siècle ».

Le dérapage complet

Farouche partisan d’une réforme dans l’Eglise, après s’être intéressé à la question du pouvoir, des pouvoirs, de leur institution et de leur distribution au sein de l’Eglise – une préoccupation qu’il partage avec le chemin synodal allemand – et impatient de voir mûrir ses idées, il se positionne en 2012 comme une sorte de médecin de l’Epouse du Christ en publiant Peut-on encore sauver l’Eglise ?

Il y propose des remèdes pour « sortir du système romain », héritier de la réforme de (saint) Grégoire VII, de la contre-Réforme et de Vatican I. Il les détaille dans son livre : mettre fin au célibat sacerdotal, ouvrir les ministères aux femmes, impliquer à nouveau le clergé et les laïcs dans le choix des évêques, sortir d’une bioéthique étriquée (autrement dit accepter la contraception chimique).

Enfin, alors qu’il souffrait de la maladie de Parkinson et qu’il craignait de devenir dépendant ou incapable, il publie en 2015, toujours aux Editions du Seuil, La mort heureuse. Il y défend l’idée d’une « aide à mourir » qu’il appelle aussi « suicide assisté » ou « accompagné » ou même encore « euthanasie ». Sujet d’une brûlante actualité.

Et il affirme sans sourciller, au nom de sa « foi » : « Justement, parce que je crois en une vie éternelle, j’ai le droit, le moment venu, de décider quand et comment je vais mourir. » Il ajoute « qu’un Dieu qui interdirait à l’homme de mettre fin à sa vie quand la vie lui fait porter durablement des fardeaux insupportables ne serait pas un Dieu amical à l’homme ».

Tout le monde l’aura compris : Hans Küng n’est pas mort dans la foi de l’Eglise. Les louanges dithyrambiques à sa mémoire comme théologien « catholique », même « controversé », sont le fait de complices du modernisme le plus éhonté.

Et Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, montre une nouvelle fois qu’il n’est qu’un loup dans la bergerie en célébrant un partisan de l’euthanasie. Comme le titre le site InfoCatolica : « A quand un éloge posthume pour un avorteur ? »

Rarement, sans doute, les prières furent davantage bienvenues pour le repos de l’âme du défunt.