Histoire de la fête liturgique de la Toussaint

31 Octobre, 2018
Provenance: fsspx.news

La fête de la Toussaint plonge ses racines aux premiers siècles de l’Eglise naissante. Le bienheureux Ildefonse Schuster o.s.b. (1880-1954), cardinal-archevêque de Milan, connu pour ses travaux liturgiques, livre ici un bref aperçu de l’origine de cette solennité.

En tant que fête collective de tous les bienheureux du Ciel, la Toussaint a de très anciens précédents dans les diverses liturgies, surtout orientales. 

Les Sacramentaires – qui témoignent de la liturgie en vigueur dans l’Eglise de Rome - antérieurs au IXe siècle sont muets à son égard, puisque c'est seulement à cette époque que Rome l'accueillit. 

Une fête collective de tous les martyrs, en relation avec le triomphe pascal du Rédempteur, apparaît en Svrie dès le IVe siècle. Les Byzantins la célébraient au contraire le dimanche après la Pentecôte, usage qui fut jadis introduit également à Rome, comme en fait foi le plus ancien Comes - ou lectionnaire de l’Eglise romaine - publié par Dom Morin d'après le célèbre manuscrit de Würzbourg : Dominica in natale Sanctorum, « le dimanche célébrant la naissance des saints pour le Ciel ». 

Cette fête transplantée de Byzance sur les rives du Tibre fut toutefois de courte durée et en voici la raison : dans la semaine après la Pentecôte, une ancienne tradition imposait aux Romains le jeûne solennel des Trois-Temps avec la grande veillée dominicale à Saint-Pierre. Or il était impossible, après la fatigue de cette nuit, de célébrer encore, dans la matinée, la solennité de tous les Saints. 

On renonça donc à l'usage byzantin, il fallut se contenter de la fête du 13 mai en l'honneur des martyrs, jadis instituée par Boniface IV lorsqu'il consacra le Panthéon au culte chrétien. 

Cependant demeurait vive la pensée d'une solennité collective de tous les saints, et non pas simplement des martyrs. 

Tandis qu'en Orient les Iconoclastes détruisaient images et reliques, et qu'en Italie, en plein Latium, les cimetières des martyrs gisaient dans l'abandon à cause des continuelles incursions des Lombards dans la campagne romaine, Grégoire III érigea à Saint-Pierre un oratoire expiatoire en l'honneur de tous les Saints, Martyrs ou Confesseurs, morts dans le monde entier. 

Un chœur de moines était attaché au service liturgique de ce sanctuaire. Chaque jour on faisait même, à la messe, une commémoraison spéciale de tous les Saints dont les diverses églises de la catholicité célébraient le natale

Comment Rome en vint-elle à célébrer aux calendes de novembre la fête de tous les Saints, cela n'est rien moins que clair. Ce changement se fit sous Grégoire IV (827-844), et l'action de Louis le Pieux et de l'épiscopat franc n'y fut pas étrangère ; mais il n'est pas absolument prouvé que l'initiative vînt du Pape plutôt que de l'empereur. 

Ce qui est certain, c’est que ce fut le pape Sixte IV (1471-1484) qui, plus tard, ajouta une octave à la fête.