Le message du pape François : du rêve au cauchemar

28 Septembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Saint Jean Bosco confessant des enfants

L’Eglise vit actuellement au rythme de la préparation de deux synodes : le Synode épiscopal pour l’Amazonie dont le document préparatoire, ou Instrumentum laboris, est la cible quotidienne de la critique ; et le synode, ou chemin synodal, de l’Eglise d’Allemagne, qui provoque des remous entre Rome et les évêques allemands.

Alors que les remous enflent chaque jour, le pape François a annoncé la tenue d’un nouvel événement majeur pour l’Eglise. Dans un message publié le 12 septembre 2019 « à l’occasion du lancement du pacte éducatif », il convie tous ceux qui travaillent « dans le domaine de l’éducation à tous les niveaux » à se rencontrer le 14 mai 2020 à Rome. Le but est de « promouvoir et mettre en œuvre (…) les dynamiques qui donnent un sens à l’histoire ». La date de la rencontre correspondra au quatrième anniversaire de la promulgation de l’encyclique Laudato si’.

Le message du pape invite à une alliance éducative

Dans son message, le souverain pontife annonce vouloir établir un « parcours éducatif » dans le but de « faire mûrir une nouvelle solidarité universelle » pour une « humanité plus fraternelle ». Pour ce faire, il propose « une vaste alliance éducative » visant à former des individus capables de « construire l’avenir de la planète en (…) sauvegardant notre maison commune ». Celle-là même dont l’encyclique susnommée avait décrit les dangers qui la menacent et prescrit l’écologie intégrale pour la sauver.

François part du constat que la transformation profonde du monde contemporain a des conséquences culturelles et anthropologiques qui aboutissent à une sorte de désintégration psychologique des individus, spécialement de ceux qui sont en formation. Le pape entend y porter remède.

La solution consiste dans la construction d’un « village de l’éducation », comprenons un « parcours éducatif impliquant tout le monde » et permettant d’établir les conditions d’une éducation valable. Les discriminations, censées s’y opposer, sont considérées comme résolues par le Document sur la Fraternité humaine, signé le 4 février dernier à Abou Dhabi.

Il s’agit alors de trouver une « convergence mondiale » pour une éducation respectant toutes les composantes de la personne, qui soit porteuse de paix, de justice et d’accueil, ainsi que de dialogue entre les religions. Trois étapes sont indiquées comme nécessaires.

Tout d’abord, « placer la personne au centre » (?) car « tout est lié ». C’est l’un des thèmes préférés du pape qui l’aborde une dizaine de fois dans l’encyclique Laudato si’. C’est le point central de son « écologie intégrale ». Pour cela, il faut « selon une saine anthropologie, trouver d’autres façons de comprendre l’économie, la politique, la croissance et le progrès ».

Une deuxième étape invite à « investir les meilleures énergies », autrement dit d’avoir des projets d’éducation à long terme, pour former des « personnes ouvertes, responsables » qui seront les acteurs d’« un nouvel humanisme ».

Enfin, la troisième étape consistera à former des personnes « disponibles pour servir la communauté », en se mettant au service des autres. Il s’agit de former à l’altruisme, spécialement vis-à-vis des pauvres.

Le pape conclut par une invitation adressée à tous de « prendre un engagement personnel et communautaire pour cultiver ensemble le rêve d’un humanisme solidaire ».

Force est de constater que ce message ne dépasse guère le niveau d’un vague programme éducatif de l’ONU ou de l’Unesco. Jésus-Christ n’y est cité que comme un exemple de « service » par le lavement des pieds, et Dieu n’y apparaît que comme l’auteur d’un dessein qui s’accomplirait par cet « humanisme solidaire ».

La doctrine chrétienne sur l’éducation

La lecture du message du pape étonne par sa platitude et l’absence de toute transcendance. Le pacte mondial éducatif que François veut promouvoir n’a rien de commun avec l’éducation chrétienne que les chefs de l’Eglise n’ont cessé de défendre et d’encourager.

Parmi les documents magistériels brille d’un éclat particulier l’encyclique Divini Illius Magistri (31 décembre 1929) du pape Pie XI. Elle est entièrement consacrée à l’éducation. Les extraits suivants traduisent le regard de foi qui est nécessaire à tout discours catholique en la matière.

L’éducation parfaite est l’éducation chrétienne

« Il est de suprême importance de ne pas errer en matière d’éducation, non plus qu’au sujet de la tendance à la fin dernière, à laquelle est intimement et nécessairement liée toute l’œuvre éducatrice. Puisque l’éducation consiste essentiellement dans la formation de l’homme, lui enseignant ce qu’il doit être et comment il doit se comporter dans cette vie terrestre pour atteindre la fin sublime en vue de laquelle il a été créé, il est clair qu’il ne peut y avoir de véritable éducation qui ne soit tout entière dirigée vers cette fin dernière. Mais, dans l’ordre présent de la Providence, c’est-à-dire depuis que Dieu s’est révélé dans son Fils unique, qui seul est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), il ne peut y avoir d’éducation complète et parfaite en dehors de l’éducation chrétienne. »

L’éducation appartient de manière très particulière à l’Eglise

« (L’éducation) appartient d’une manière suréminente à l’Eglise à deux titres d’ordre surnaturel, que Dieu lui a conférés à elle exclusivement. (…) Le premier titre se trouve dans la mission expresse et l’autorité suprême du magistère que son divin Fondateur lui a données : “Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé” (Mt 28, 18-20). Le second titre est la maternité surnaturelle par laquelle l’Eglise, Epouse immaculée du Christ, engendre, nourrit et élève les âmes dans la vie divine de la grâce par ses sacrements et son enseignement. (…) Il est donc évident, de droit et de fait, que la mission éducatrice appartient à l’Eglise d’une manière suréminente. »

Il faut fuir le naturalisme dans l’éducation

« Il ne faut jamais perdre de vue que le sujet de l’éducation chrétienne, c’est l’homme tout entier : un esprit joint à un corps, dans l’unité de nature, avec toutes ses facultés naturelles et surnaturelles, tel que nous le font connaître la droite raison et la Révélation ; toutefois, c’est aussi l’homme déchu de son état originel, mais racheté par le Christ et rétabli dans sa condition surnaturelle de fils adoptif de Dieu, sans l’être pourtant dans les privilèges préternaturels d’immortalité de son corps, d’intégrité et d’équilibre de ses inclinations. Subsistent donc dans la nature humaine les effets du péché originel, et en particulier l’affaiblissement de la volonté et le désordre de ses tendances. (…)

Est donc faux tout naturalisme pédagogique qui, de quelque façon que ce soit, exclut ou tend à amoindrir l’action surnaturelle du christianisme dans la formation de la jeunesse ; erronée toute méthode d’éducation qui se base, en tout ou en partie, sur la négation ou l’oubli du péché originel ou du rôle de la grâce, pour ne s’appuyer que sur les seules forces de la nature. »

Cet enseignement pontifical peut facilement être complété par les nombreux discours du pape Pie XII, et par la constitution apostolique Sedes Sapientiae du 31 mai 1956…

Où le rêve tourne au cauchemar…

Ce rappel permet de mesurer la profondeur de l’abîme creusé depuis Vatican II et qu’accentue le pontificat actuel. Ce « rêve d’un humanisme solidaire » n’est pas catholique mais naturaliste. Il est de plus totalement utopique.

Ce pacte éducatif n’est pas catholique

Le projet du pape François ne prend aucun compte de la dimension surnaturelle qui est une partie intégrante de l’éducation catholique. L’on objectera peut-être que l’intention du pape est de s’adresser à tous les éducateurs, catholiques ou non, et qu’il n’a alors pas à faire mention de cette dimension.

Mais ce que l’on attend du pape, en tant que pape, c’est un enseignement pour l’Eglise, et non un discours digne de n’importe quelle instance internationale, dont l’horizon demeure purement terrestre. Est-ce donc là sa mission ? Est-il vicaire du Christ, successeur de Pierre, pour concurrencer les bureaux des Nations Unies ? Et quand bien même il s’adresserait à tous les hommes, n’est-il pas là pour les évangéliser ? Pour leur montrer comment l’éducation catholique est seule à même de résoudre la crise de l’homme moderne en lui enseignant le ciel et la vertu qui y conduit ?

Cette alliance éducative est naturaliste

L’alliance mondiale que promeut le pape ne s’appuie pas sur l’enseignement complet, naturel et surnaturel, de l’Eglise en matière d’éducation, puisqu’elle oublie les blessures du péché originel. Cette alliance se fixe des objectifs très élevés puisqu’elle vise une « saine anthropologie » qui permettrait de trouver d’autres façons de comprendre l’économie, la politique, la croissance, le progrès, etc. Mais ces objectifs ne sont réellement atteignables que par la civilisation chrétienne. C’est l’enseignement immortel de saint Pie X : « Non, Vénérables Frères, – il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur, – on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Eglise n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo, il faut tout restaurer dans le Christ » (Lettre Notre charge apostolique sur le Sillon, 25 août 1910).

Ce village de l’éducation est utopique

Sur quelle base le pape entend-il édifier son « village de l’éducation » ? Le terrain sur lequel il prétend bâtir est celui de la fraternité humaine. Il s’agit du document d’Abou Dhabi, auquel avait déjà répondu saint Pie X : « Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne qui par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ, notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie [ou l’éducation], loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation ».

Comment François entend-il établir une « saine anthropologie » aujourd’hui ? Par une “éthique planétaire” telle que l’avait proposée Hans Küng, sorte de plus petit dénominateur commun des religions ? Mais ce n’est qu’un songe creux. Ou bien au moyen du communisme, de l’hindouisme anti-chrétien, de la charia, du libéralisme effréné, ou encore de la théorie du genre, de la propagande LGBTI, des pratiques attentatoires à la vie commençante ou finissante ou du transhumanisme ? A quoi ressemblerait un fondement éducatif qui devrait tenir compte de toutes les déviations religieuses, intellectuelles et morales qui animent nos contemporains ? A un véritable monstre : l’union ou le mariage impossible entre la nature et le contre-nature. Sans la foi, on ne bâtit que sur du sable.

Le « rêve d’un humanisme solidaire » ainsi conçu se transformerait vite en un véritable cauchemar.