Le mystère de l’Incarnation (2)

19 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news

Le mystère de l’Incarnation que la liturgie nous a fait revivre avec le cycle de Noël, est une source inépuisable de contemplation. Pour faciliter cette considération, deux articles résument les principaux enseignements de l’Eglise sur ce sujet.

Trois mystères inséparables : l’Incarnation, l’Eucharistie, la communion

Si l’étude du mystère de l’Incarnation nous a révélé les convenances du plan divin, c’est-à-dire le bien-fondé de ce mystère, eu égard au péché de nos premiers parents que Notre-Seigneur est venu effacer, l’étude conjointe de l’Incarnation, de l’Eucharistie et de la communion va nous manifester l’harmonie qui existe entre ces trois mystères.

En quittant, pour ainsi dire, le sein de son Père, afin de mener une vie terrestre, le Verbe éternel s’est manifesté de trois manières dans les créatures. Il a fait sa demeure en Notre-Seigneur, il la prolonge dans l’Eucharistie et il la continue dans l’âme qui le reçoit dans la sainte communion. Du Ciel, le Verbe éternel est venu dans le sein de Marie ; du sein de Marie, il descend dans les mains du prêtre, et des mains du prêtre, il se rend dans l’âme du communiant : telles sont les trois étapes de Jésus-Christ en ce monde.

Est-ce que les bergers de la crèche se doutaient que 2000 ans après la naissance de l’Enfant Dieu, il y aurait des hommes assez privilégiés pour recevoir dans leur cœur, celui qu’ils avaient eu la joie de voir ? Se doutaient-ils que ce petit enfant, couché sur la paille, allait se rendre par le plus étonnant des miracles dans l’âme des communiants, grâce au souffle fécond du sacerdoce chrétien ?

Oui, Bethléem, « la maison du pain », se retrouve dans les édifices catholiques, que ce soit dans de somptueuses cathédrales ou dans de modestes chapelles et oratoires. Et là, les âmes qui ont faim de Dieu se nourrissent du pain descendu du Ciel. Dans le tabernacle, enveloppé dans les langes eucharistiques, l’Enfant de la crèche reçoit toujours les hommages des riches et des pauvres, des petits et des grands ; et les anges du Ciel ne cessent de répéter autour de l’autel le cantique de la bonne nouvelle : « Gloria in excelsis Deo. Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » (Lc 2,14) Le mystère de l’Incarnation se perpétue dans le mystère de l’Eucharistie.

Du sein de son Père, le Verbe de Dieu se voyait déjà revêtu de l’humanité, instrument de sa tendresse pour les hommes, et il savourait déjà les délices de son union avec chacune de nos âmes. L’Incarnation et l’Eucharistie, ce sont deux visions bien douces pour le regard du catholique fervent.

Si la contemplation de ces trois mystères : l’Incarnation, l’Eucharistie et la communion humilie notre intelligence, elle est propre malgré tout à susciter en nous un amour ardent à l’égard du divin Maître.

Et s’il nous est impossible de pénétrer le fond de ces mystères, il nous est possible de découvrir les liens qui les unissent entre eux.

Ressemblance d’origine entre ces trois mystères

Les trois mystères de l’Incarnation, de l’Eucharistie et de la communion ne se réalisent que par le concours simultané de Dieu et de la créature : de Dieu, qui en est la cause principale et efficace, de l’homme qui consent à l’action divine.

A la parole de Marie : « Je suis la servante du Seigneur », Dieu est descendu en son sein.

A la parole du prêtre qui dit : « Ceci est mon corps. Ceci est le calice de mon sang », Notre-Seigneur se rend présent sur l’autel sous les voiles de l’hostie et sous l’apparence du vin.

Au catholique qui ouvre son cœur pour recevoir Notre-Seigneur dans la sainte communion, Notre-Seigneur se rend présent dans son âme.

De même que l’ange Gabriel a dit à Marie : « Le Fils de Dieu naîtra de vous » ; de même que Notre-Seigneur a dit aux Apôtres : « Ceci est mon corps. Faites ceci en mémoire de moi » ; de même Notre-Seigneur dit aux catholiques en état de grâce : « Prenez et mangez ». Dans ces trois mystères, Dieu demande le consentement de sa créature.

Maintenant si l’on regarde le milieu dans lequel ces mystères s’accomplissent, on peut observer que :

– c’est une Vierge qui conçoit l’homme-Dieu et cette conception miraculeuse consacre la gloire de la virginité et l’enrichit des prérogatives de la maternité ;

– c’est sous les voiles d’une blanche hostie que Notre-Seigneur se rend entre les mains du prêtre. Par sa blancheur, l’hostie évoque à son tour la pureté de Jésus qui se rend sur l’autel au moment de la consécration.

Ainsi, en doit-il être du communiant. Il doit à son tour tendre vers une pureté toujours plus grande pour être toujours moins indigne d’approcher d’un Dieu si pur et si saint.

Comme le disait Mgr Izart : « S’il fallut le sein d’une Vierge pour recevoir celui qui réside dans le sein de Dieu ; s’il fallut au Fils de Dieu et de Marie l’asile inviolé des espèces eucharistiques, de quelle délicatesse de sentiments, de quelle pureté de corps, de quelle intégrité d’âme, le communiant ne doit-il pas entourer la personne sacrée de Jésus-Christ ? Oui, sainteté de l’innocence conservée ou sainteté de l’innocence recouvrée par le repentir, c’est là le vêtement d’honneur que Jésus nous demande pour [nous unir à] lui. 1 »

  • 1. Mgr Martin Izart, évêque de Bourges, Lettre pastorale, Les trois demeures terrestres de Jésus-Christ, 1927.

Ressemblance de nature entre les mystères de l’Incarnation, de l’Eucharistie et de la communion

Dans ces trois mystères, il y a un aspect visible qui cache un aspect invisible, et c’est l’aspect invisible qui est le plus important.

Dans l’Incarnation, ce qui est visible, c’est l’humanité de Notre-Seigneur. Mais en réalité, derrière l’humanité se cache sa divinité. En Notre-Seigneur, nous voyons un homme, mais la foi nous apprend qu’il est Dieu. Il n’y a en lui qu’une personne et c’est une personne divine. Ainsi, sa divinité est cachée sous les voiles de son humanité.

Dans l’Eucharistie, l’aspect visible, c’est ce qui paraît être du pain. Mais la réalité est tout autre, car derrière les saintes espèces se cache Notre-Seigneur revêtu de son corps glorieux. Ainsi, extérieurement, on dirait du pain, mais en réalité c’est Notre-Seigneur qui est là présent.

Si dans le mystère de l’Incarnation, la divinité de Notre-Seigneur est cachée derrière les voiles de son humanité, si dans le mystère de l’Eucharistie, Notre-Seigneur est caché sous les voiles de l’hostie, dans le mystère de la sainte communion, Notre-Seigneur est aussi caché dans l’âme du communiant.

Mais si Notre-Seigneur, tout en étant caché, est présent dans l’âme du communiant, ce n’est pas pour rester inactif. Il désire y occuper la place qu’il mérite. Le Verbe incarné désire se substituer petit à petit à nous. Comprenons que le Dieu qui remplit le cœur du communiant est trop grand pour qu’il y souffre la présence d’un rival. Dieu désire être tout pour lui. Ainsi chaque communiant est invité à réaliser ce que saint Paul disait aux Colossiens : « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3) ; ou encore ce qu’il disait aux Philippiens : « pour moi, vivre c’est le Christ. » (Ph 1, 21)

Quand nous regardons ce qui se passe au fond de l’âme du communiant, nous voyons que Notre-Seigneur le soutient et le divinise. Aussi, le communiant doit en retour glorifier Notre-Seigneur en le manifestant. Comme le disait encore Mgr Izart : « Puisque la communion fait de nous le voile du Christ (voile dans la mesure où l’on ne le voit pas), ne soyons jamais le tombeau qui le cache, soyons l’instrument qui le manifeste. (…) Marchons sur les traces de cette belle légion de saints et de saintes qui ont été ou qui sont encore dans le monde les hosties rayonnantes et sanctifiantes de Jésus-Christ 2! » Oui, Notre-Seigneur resplendit à travers le voile de l’humilité, de la pureté, de la charité, du dévouement des âmes généreuses qui le reçoivent avec un cœur bien disposé.

Ressemblance d’extérieur et de physionomie

Enfin la similitude des trois mystères de l’Incarnation, de l’Eucharistie et de la communion se révèle, par trois traits principaux, dans ce que l’on peut appeler leur aspect extérieur ou leur physionomie.

C’est le propre de notre âme d’être tout entière dans notre corps et tout entière dans chacune de ses parties. De même, le Verbe de Dieu, en prenant possession de la nature humaine, l’envahit-il jusque dans ses plus intimes profondeurs. La divinité du Christ est totalement présente dans chaque partie de son humanité.

Si l’on regarde maintenant ce qui se passe dans la sainte Eucharistie, la foi nous enseigne que Jésus est présent tout entier sous les espèces eucharistiques et tout entier dans la moindre parcelle.

Eh bien ! lorsqu’on reçoit la sainte communion, Notre-Seigneur ne localise pas sa présence soit dans notre corps, soit dans notre âme séparément. Il est tout entier dans notre corps pour en purifier et maîtriser les penchants, pour déposer en lui un germe d’immortalité. Et il est aussi présent tout entier dans notre âme, et tout entier dans chacune de nos facultés : il communique à notre esprit des lumières particulières, il met dans notre cœur des affections plus pures et plus fidèles, il pénètre dans notre volonté pour en corriger les faiblesses et pour lui imprimer plus de pugnacité dans le combat. Ainsi, Notre-Seigneur saisit le communiant dans la totalité de son être. Bien sûr que cette action de Dieu dans l’âme du communiant dépend des dispositions de celui-ci. Dieu ne pénètre dans l’âme qu’autant que celle-ci le lui permet. Il ne la transforme en lui qu’autant que l’âme le laisse agir. Toutes les attaches déréglées à la créature empêchent malheureusement souvent Notre-Seigneur d’embellir l’âme autant qu’il le souhaiterait.

On peut encore retrouver une autre ressemblance entre ces trois mystères.

Le Verbe incarné avait deux vies : une vie de béatitude dans sa divinité, une vie de souffrances dans son corps mortel. Et ces deux courants de vie circulaient dans la personne du Verbe simultanément, parallèlement et sans mélange.

Ce contraste entre l’humanité du Sauveur en proie à la douleur de la crèche à la croix, et sa divinité remplie d’un bonheur ineffable, se retrouve dans le mystère de l’Eucharistie entre le corps de Jésus et les espèces sacramentelles. Le corps de Notre-Seigneur est désormais impassible et immortel ; il est glorieux ; mais les saintes espèces peuvent être malheureusement souillées dans des cérémonies sacrilèges.

Et si l’on regarde maintenant l’âme du chrétien qui communie : elle est comme nous l’avons dit enrichie de grâces extraordinaires, mais en même temps, elle peut rester en proie à de grandes souffrances. La présence réelle de Jésus dans l’âme n’élimine pas le combat à mener pour rester fidèle à Dieu. Aussi, à certains moments, le communiant peut se trouver en proie à la maladie, aux tentations, aux attaques diverses du démon, aux épreuves spirituelles. Dans ces moments douloureux, il faut se souvenir de ce que disait saint Paul : « c’est lorsque je suis faible, que je suis fort. » (2 Co 12, 10)

Enfin la dernière caractéristique commune à ces trois mystères, c’est qu’ils sont ou doivent être indestructibles.

Depuis le jour de l’Incarnation du Verbe dans le sein de Marie, le Verbe de Dieu n’a pas quitté sa sainte humanité. La mort même fut impuissante à briser leur union. Même après la mort de Notre-Seigneur, son âme est restée unie à sa divinité ainsi que son corps.

De même, aussi longtemps que les saintes espèces ne subissent pas les atteintes de la corruption, elles renferment Jésus-Hostie.

C’est là encore une précieuse leçon pour ceux qui communient. Jésus si parfaitement uni à son humanité, si attaché au lien sacramentel dans la sainte Eucharistie, ne vient dans l’âme du communiant qu’avec le désir d’y demeurer toujours. Comme le dit saint Augustin, « il ne nous quitte jamais que si nous le quittons nous-mêmes » ; c’est-à-dire qu’il ne part que lorsque l’âme le chasse par le péché mortel. Pour éviter ce malheur, supplions Notre-Seigneur de nous donner la grâce de lui rester fidèle et de préférer la mort à la souillure.

Aussi, suivons cette exhortation de Mgr Izart : « Restons fidèles à Jésus-Christ à l’heure où les fidèles se font si rares ! Restons fidèles à son amour à l’heure où l’égoïsme rapetisse ou dessèche tant de cœurs ! Restons fidèles à la vertu chrétienne à l’heure où des licences sans nom, pareilles à des torrents impurs, entraînent le monde aux abîmes ! Restons fidèles à celui qui est le bien, le vrai et le beau, à l’heure où se fait autour de nous un mélange scandaleux de vices et d’erreurs ! Et à l’heure où le dégoût et le désespoir font tant de précoces victimes, restons fidèles à la douce espérance que la communion met dans nos âmes comme un gage de l’éternelle félicité 3! »

Abbé Patrick Troadec

  • 2. Mgr Martin Izart, Lettre pastorale, Les trois demeures terrestres de Jésus-Christ, 1927.
  • 3. Mgr Martin Izart, Lettre pastorale, Les trois demeures terrestres de Jésus-Christ, 1927.