Le pape François et le “Grand Reset”

20 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news

Le pape François a envoyé un message aux participants du Martin Luther King Day – un service commémoratif en hommage à la vie et aux réalisations du pasteur baptiste –, où il encourage tous les enfants de Dieu à être des artisans de paix.

Le rêve de Martin Luther King est « toujours actuel », écrit le pape dans un message adressé le 18 janvier 2021 aux participants à cette commémoration (“Beloved Community Commemorative Service”) qui clôture une semaine de célébrations aux Etats-Unis.

Le pape fait référence au célèbre « rêve » exprimé dans un discours prononcé le 28 août 1963, inspiré des principes de Gandhi et dirigé contre la ségrégation américaine.

« Dans le monde d’aujourd’hui qui doit faire de plus en plus face aux défis de l’injustice sociale, des divisions et des conflits qui entravent la réalisation du bien commun, ajoute le pape, le rêve d’harmonie et d’égalité pour tous les peuples de Martin Luther King, obtenu par des moyens non-violents et pacifiques, reste toujours actuel. »

Le pape poursuit : « chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs », en citant son encyclique Fratelli tutti (n° 284).

« C’est seulement en s’efforçant tous les jours de mettre en pratique cette vision que nous pouvons travailler ensemble pour créer une communauté construite sur la justice et l’amour fraternel », estime-t-il.

Une version papale du Grand Reset ?

Dans son encyclique Fratelli tutti, le pape cite, au n° 286, Martin Luther King comme l’un des inspirateurs de cette réflexion sur la fraternité universelle.

Cette réflexion elle-même n’est que le prolongement des principes structurant l’encyclique Laudato si’ sur l’écologie « intégrale ». Le principe central est la nécessité d’un changement profond et urgent, mais aussi universel. Le pape affirme en effet : « Une stratégie de changement réel exige de repenser la totalité des processus » (n°197).

Il s’agit donc de revoir totalement l’ensemble des processus politiques, économiques, financiers et technologiques, mais aussi anthropologiques, éducatifs, philosophiques et spirituels, comme si la planète et l’humanité disposaient d’un bouton “reset” permettant de tout redémarrer ! Mais c’est une utopie, partagée d’ailleurs par ceux qui sont ses inspirateurs.

La raison profonde de cette utopie est sa vision du futur. Cette vision se rattache au bien commun. Pour le pape, il signifie : les conditions sociales de ce bien, ou encore les biens collectifs, ou même la nature. Toutes ces désignations sont insuffisantes ou erronées.

Par définition, le bien commun est un bien réalisé en commun, donc une fin. Il est essentiel qu’il soit le vrai bien de l’homme. S’associer pour favoriser le commerce ou défendre la planète, ne vise pas le vrai bien de l’homme qui est la béatitude atteinte par la pratique de la vertu (au niveau naturel), et surtout la béatitude surnaturelle, par la grâce. C’est là le défaut clé de l’encyclique Laudato si’.

Au niveau politique, ce bien commun y apparaît comme un mondialisme socialisant, qui s’appuie sur la conscience de l’interdépendance, la préférence pour les pauvres et la justice écologique entre les nations. Prétendre réaliser un monde juste « pour demain » repose sur une illusion d’inspiration libérale et maçonnique, de type « socialiste ». C’est un refus de la royauté du Christ et de sa grâce.

Au plan social, qui inclut l’économie et la technique, le bien commun se concrétise en une vision teilhardienne, une eschatologie paradisiaque affirmée. En témoigne cette affirmation : « Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude ».

Pour ce faire, il faut établir une nouvelle synthèse par la conscience de former une famille universelle et par la solidarité écologique.

Une utopie millénariste et pélagienne

Notre Seigneur Jésus-Christ n’a jamais présenté son royaume comme la restauration de la félicité édénique.1 Cette vision est opposée à l’Evangile, et suppose une sorte de millénarisme.

Au plan personnel, la participation au bien commun est présentée comme un acte de charité et « une expérience spirituelle intense ». Il y faut un progrès individuel, des vertus personnelles et sociales. Mais comment l’accomplir sans la grâce et la conversion ?

C’est bien là l’utopie la plus grave : un pélagianisme2 caractérisé et inextirpable. La « conversion » générale à laquelle François aspire, est conçue sans l’aide de Dieu. Certes, les catholiques sont appelés à la vivre dans leur religion, mais comment envisager une « civilisation de l’amour », une « fraternité universelle » ou une « nouvelle synthèse » sans la grâce ?

C’est oublier et mépriser la Royauté universelle du Christ, seule capable de restaurer l’homme blessé, de lui donner la charité divine pour lui-même et vis-à-vis de son prochain, et la prudence pour le respect de la création. C’est chercher des solutions en dehors de la Croix de Jésus et de son sacrifice, seuls capable de procurer à l’homme la vraie justice et la véritable paix.

  • 1. Qui évoque le paradis terrestre – le jardin d’Eden – et l’état d’innocence.
  • 2. Doctrine du moine Pélage (350-420), qui affirmait la possibilité de suivre la loi divine sans l’aide de la grâce divine. Il fut vivement combattu par saint Augustin et condamné par le pape saint Zosime.