Le pape François ouvre officiellement le sanctuaire aux femmes

15 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news
Lecture faite par une femme lors de l’intronisation d’un évêque

Le 10 janvier 2021, le pape François a publié un motu proprio – une lettre apostolique venant de son initiative personnelle – intitulé Spiritus Domini. Il porte « sur la modification du canon 230 § 1 du Code de droit canonique, en ce qui concerne l’accès des personnes de sexe féminin au ministère institué du lectorat et de l’acolytat ».

Pour comprendre ce dont il s’agit et ce qui est en jeu, il est nécessaire de remettre la question dans sa perspective historique et liturgique.

Les ordres mineurs et le sous-diaconat dans l’histoire de l’Eglise

Selon la tradition, le sacrement de l’Ordre comporte des degrés divers. Il se distingue en ordres majeurs : sacerdoce, diaconat et sous-diaconat ; et en ordres mineurs : portier, lecteur, exorciste et acolyte. La séparation nette existe du fait qu’à partir du sous-diaconat, le clerc s’engage à la chasteté parfaite – dans l’Eglise latine – et ne peut plus normalement retourner à l’état laïc – sauf dispense du Saint-Siège. L’épiscopat est quant à lui supérieur au sacerdoce.

L’épiscopat, le sacerdoce et le diaconat sont explicitement nommés et désignés dans la sainte Ecriture. Mais les ordres mineurs et le sous-diaconat n’apparaissent que progressivement dans les premiers siècles. Ainsi le lectorat est mentionné par Tertullien (env. 155-220). Le pape Corneille cite les portiers parmi les ordres inférieurs en 251. Il nomme également les acolytes, les exorcistes et les sous-diacres.

L’origine de ces ordres a été discutée chez les liturgistes et les théologiens, mais il apparaît que l’Eglise est intervenue dans leur institution. Cependant, quelle que soit l’opinion retenue – développement de ce qui était contenu dans le sacerdoce ou institution ecclésiastique – leur ancienneté et leur permanence tout au long de l’histoire de l’Eglise sont avérés.

Le concile de Trente, qui s’est tenu pour repousser le protestantisme, a consacré sa 23e session au sacrement de l’Ordre, puisque les protestants le niaient et le refusaient. L’un de ses canons énonce au sujet des ordres : « Si quelqu’un dit qu’en plus du sacerdoce il n’y a pas dans l’Eglise catholique d’autres ordres majeurs et mineurs, par lesquels, comme par degrés, on s’avance jusqu’au sacerdoce : qu’il soit anathème » (canon 2, DzS 1772).

Il est donc de foi qu’il existe plusieurs degrés du sacrement de l’Ordre, les uns majeurs, les autres mineurs. En particulier, le saint concile ne cite explicitement que l’épiscopat, le sacerdoce et le diaconat. Mais il précisera que l’on ne doit recevoir un ordre inférieur qu’en vue du sacerdoce. Ce qui supprime la possibilité de rester – volontairement – à un ordre inférieur reçu.

Notons enfin que tous ces ordres, dans l’histoire, ont toujours été confiés au clergé, autrement dit à des hommes.

La réforme de Paul VI

Le 15 août 1972, le pape Paul VI, par le motu proprio Ministeria quaedam, réorganise les ordres mineurs et le sous-diaconat. Il statue qu’ils seront désormais appelés « ministères », et qu’ils pourront être donnés à des laïcs par institution – non définitive. Seuls sont maintenus le lectorat et l’acolytat, qui confèrent le pouvoir d’exercer les fonctions jusqu’alors réservées au sous-diaconat.

Ces ministères seront toutefois réservés aux hommes « selon la vénérable tradition de l’Eglise » et conférés par un rite liturgique. Il faut remarquer soigneusement que ni les ordres mineurs, ni le sous-diaconat ne sont par là « supprimés ». La preuve est apportée par la possibilité donnée aux instituts dits Ecclesia Dei, d’utiliser les livres liturgiques de 1962, et en particulier le Pontifical qui contient les collations à tous les ordres, majeurs comme mineurs.

Le principe de cette réforme apparaît nettement dans les références auxquelles renvoie le motu proprio Ministeria quædam :
– le n° 21 de Sacrosanctum concilium, qui fonde la réforme liturgique sur la participation « pleine, active et communautaire » du peuple chrétien ;
– le n° 14 de la même constitution, qui professe le même principe, mais le met en relation avec le sacerdoce commun des fidèles ;
– le n° 10 de Lumen gentium, enfin, lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi la cléricature est directement rattachée à la réception du diaconat : la réforme fera mieux apparaître la distinction qui existe entre clercs et laïcs, ainsi qu’en leurs différentes attributions. Apparaîtra alors mieux la dépendance mutuelle qui relie le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel.

Le but est clair : il faut donner un sens plein au « sacerdoce des fidèles », principe d’une participation active au culte liturgique, qui correspond à un sacerdoce au sens propre du terme. Cette réforme veut donc conférer à tous les titulaires du sacerdoce commun le plus possible de ce qui appartenait exclusivement au sacerdoce ministériel. Autrement dit, la distinction ne réside plus qu’au niveau des sujets qui exercent ces ordres.

Le motu proprio Spiritus Domini du pape François

La réforme de Paul VI manquait cependant de logique en réservant les nouveaux ministères aux hommes seuls. Voici comment l’explique l’abbé Jean-Michel Gleize dans un article récent :

« Si l’on tient compte des présupposés de cette réforme de Paul VI, tels qu’ils découlent du concile Vatican II, le fait que “être institué lecteur et acolyte” soit “réservé aux hommes” est en contradiction avec son esprit.

« En effet, le sacerdoce commun est le propre du baptisé en tant que tel, sans distinction de sexe. Si l’on décide que l’attribution des ministères à des non-clercs doit trouver sa motivation profonde dans le principe de ce sacerdoce commun, on ne voit pas pourquoi les ministères ne pourraient pas être confiés à des femmes.

« Si l’on invoque, comme l’a fait Paul VI, “la vénérable tradition de l’Eglise”, il faut être cohérent et aller jusqu’au bout de sa logique : cette “vénérable tradition” exclut non seulement le sacerdoce des femmes mais aussi le principe même du “sacerdoce commun”. Si on l’invoque pour admettre celui-ci tout en excluant celui-là, il n’y a là qu’un bien mauvais alibi – qui dissimule mal son incohérence.

« C’est pour remédier à ce manque de logique que le Pape François (…) révise la réforme de Paul VI en décidant que les ministères de lecteur et d’acolyte pourront être désormais confiés à des femmes.

« Au-delà du choc médiatique – et éphémère – que pourra susciter cette décision, ce qui reste, c’est la logique de Vatican II, devenue cohérente avec elle-même. Et cette nouvelle disposition du droit ne fait d’ailleurs que consacrer le fait déjà bien établi sous les prédécesseurs de François, Jean-Paul II et Benoît XVI.

« Ici comme ailleurs, la coutume a indiqué le véritable esprit de la loi, en l’occurrence l’esprit de Vatican II, qui s’éloigne toujours davantage de “la vénérable tradition de l’Eglise.” »

Ce qui reste, c’est un éclatement du rite liturgique entre divers acteurs d’un rang essentiellement différent, introduisant une confusion toujours plus profonde sur la place du prêtre, et laissant rêver les plus radicaux de la possibilité – interdite par la loi divine – de voir un jour le sacerdoce conféré aux femmes.