Une nouvelle traduction du missel (2)

15 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news

La Lettre à nos frère prêtres n° 89, de mars 2021, lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France, publie un très intéressant article sur la traduction du nouveau missel en français, qui s’inscrit bien dans le dossier sur les 50 ans de la nouvelle messe. Il est publié par FSSPX.Actualités en trois parties.

La première partie a montré comment les traducteurs français avaient pris la mauvaise habitude de traduire de manière large, voire très large, les textes liturgiques nouveaux. Aboutissant parfois à des formules guère orthodoxes. Et depuis 20 ans, ils faisaient obstruction aux changements qui leur étaient demandés. Cette deuxième partie présente cette opposition sourde aux directives romaines.

Quelques brefs aperçus sur ce combat silencieux

Ce combat dans les coulisses, combat acharné, mais se déroulant dans un silence médiatique presque total, a néanmoins connu quelques éclairs sporadiques, si du moins on faisait l’effort de lire exhaustivement et avec attention le journal La Croix. Sans remonter jusqu’au déluge, un article du 26 mai 2016 expliquait qu’une première version proposée par les évêques francophones avait été rejetée par Rome en 2007 : il n’avait été effectué que quelques changements cosmétiques, en espérant que le Siège apostolique « avalerait la pilule » sans faire de difficultés.

Cependant, l’Instruction Liturgiam authenticam avait précisément pour but de couper court à ces « traductions/trahisons », et donc il n’était pas question pour Rome d’en rester au désastreux statu quo. Une nouvelle commission francophone s’était donc mise au travail, nous révèle le journaliste du quotidien « catholique ». Cette commission finit par « accoucher » d’un texte qui fut soumis à la révision romaine en 2015 et 2016. Les « Français » espéraient bien l’emporter, cette fois, et, pour essayer de mettre le cardinal devant le fait accompli, firent annoncer que la nouvelle version française du Missel paraîtrait sans faute en 2017. Mais les autorités romaines, et au premier chef le cardinal Sarah, n’entendaient nullement se laisser tordre le bras. En sorte que le blocage persista.

Magnum Principium, objet d’interprétations contraires

Le 19 janvier 2017, le même journaliste révélait dans La Croix que le Pape François venait de constituer une commission au sein de la Congrégation du Culte pour « dépasser les blocages », ce que le journaliste traduit (de façon tout à fait partiale) par « assouplir les règles de traduction liturgique ».

Le 9 septembre 2017, La Croix révélait que le Pape avait promulgué le motu proprio Magnum Principium pour, prétendait la journaliste, « renforcer l’autorité des évêques en matière liturgique ». Ce n’est pourtant nullement ce qui ressort de la lecture attentive de ce Motu proprio. Non pas que l’autorité des évêques, dans son ordre, soit diminuée ; mais celle de la Congrégation pour le Culte divin, comme juge ultime, ne l’est pas non plus. Le Pape écrit, en effet : « Je demande, avec l’autorité qui m’a été confiée, que la discipline canonique actuellement en vigueur dans le canon 838 du CIC soit clarifiée, afin que, comme explicité dans la Constitution Sacrosantum Concilium, en particulier aux articles 36 § 3 et 4, 40 et 63, et dans la lettre apostolique en forme de Motu proprio Sacram Liturgiam, numéro IX, apparaisse plus clairement la compétence du Siège apostolique en matière de traduction des livres liturgiques et des adaptations plus profondes, parmi lesquelles puissent y figurer également de nouveaux textes, établis et approuvés par les Conférences épiscopales ». Il est tout à fait faux et malhonnête de prétendre que ce texte parfaitement balancé (« à la romaine ») consacrerait la victoire des conférences épiscopales sur la Congrégation du Culte divin.

Cette version biaisée de La Croix a été reprise par Mgr Aubertin, qui écrit : « Un Motu proprio du Pape François, Magnum Principium, a modifié quelque peu les dispositions de l’Instruction Liturgiam authenticam en donnant trois principes de fidélité au texte de l’Editio typica (…). Il revient aux Conférences épiscopales d’harmoniser ces trois fidélités (…). Dès lors que le travail est accompli, la Congrégation pour le Culte divin accorde la confirmatio » (Découvrir la nouvelle traduction…, p. 8).

Mais l’explication donnée par la Congrégation pour le Culte divin, pour préciser la nouvelle version du canon 838 (rédigée pour mettre en œuvre le Motu proprio Magnum Principium) est notablement différente, et beaucoup plus exacte, à notre avis. « La nouvelle formulation du canon, écrivent-ils, permet une distinction plus adéquate, quant au rôle du Siège apostolique, entre le domaine propre de la recognitio et celui de la confirmatio : 1) la recognitio (…) concerne les adaptations liturgiques légitimes, qui peuvent être souhaitées par les conférences épiscopales (…). Le Siège apostolique est donc appelé à accorder la recognitio, c’est-à-dire à revoir et évaluer de telles adaptations, en vue de la sauvegarde de l’unité substantielle du rite romain. 2) La confirmatio concerne les traductions des textes liturgiques. (…) Le Siège apostolique intervient donc pour confirmer, après un examen attentif – ce qui n’est donc pas un simple acte formel – les textes préparés et approuvés auparavant par les évêques » (Présentation du nouveau Missel Romain…, pp. 57-58).

Les principes qui encadrent cette nouvelle traduction

Un des intervenants du livre de l’épiscopat français, le père Henri Delhougne, « coordinateur du chantier de traduction », a clairement expliqué les principes qui devaient guider cette nouvelle traduction. Le premier principe posé par l’Instruction Liturgiam authenticam, écrit-il, « a des accents différents de ceux de l’Instruction sur la traduction des textes liturgiques pour la célébration avec le peuple, promulguée par la même Congrégation le 25 janvier 1969. (…) La différence a été formulée de manière synthétique par l’actuel secrétaire de la Congrégation : entre le texte à traduire et sa traduction, on est passé du principe d’une équivalence dynamique (1969) à celui d’une équivalence formelle. En d’autres termes, la traduction doit se rapprocher davantage du texte latin du Missel romain. (…) Le motif principal de cette inflexion (…) est la volonté de mieux sauvegarder l’unité de la liturgie romaine dans la diversité des langues locales » (Découvrir la nouvelle traduction…, pp. 29-30).

Le cardinal Sarah, pour sa part, a ajouté la remarque suivante : « La traduction actuelle a donc été revue avec grand soin de façon à être plus fidèle à l’original latin, tout en tenant compte des caractéristiques propres de la langue française. L’effort du Dicastère que je préside est de mettre en évidence la sacralité, la dignité et la splendeur de la liturgie » (Présentation du nouveau Missel Romain…, p. 7).

La Congrégation pour le Culte divin explique l’esprit dans lequel a été effectuée cette nouvelle traduction. « Le point de départ de la nouvelle traduction est le texte latin du Missale romanum. L’ensemble du Missel a été retraduit à partir des directives contenues dans l’instruction Liturgiam authenticam. Celle-ci insiste sur des traductions exactes, fidèles au texte latin de l’édition typique, et donc précises. Le Missel a dû être traduit intégralement et très précisément, c’est-à-dire sans omission, ni ajout, par rapport au contenu, ni en introduisant des paraphrases ou des gloses. Les traductions ont été réalisées à l’aide de mots qui devaient être facilement compréhensibles, mais, en même temps, respectaient la dignité et la beauté ainsi que le contenu doctrinal exact des textes. (…) La traduction actuelle a donc été revue avec grand soin de façon à être plus fidèle à l’original latin, tout en tenant compte du génie de la langue française » (Présentation du nouveau Missel Romain…, pp. 63-64).

A suivre.