Se tromper avec le pape plutôt que d'avoir, avec la Tradition, raison contre lui?

09 Mars, 2019
Provenance: fsspx.news

Voici une objection souvent faite à la « tradition » : un catholique se doit d’être en union totale avec le pape. Il doit préférer se tromper avec lui, plutôt que d’avoir raison contre lui. Il sera même jugé sur cet attachement au pape avant le critère de l’adhésion à la vérité ! - Comment répondre à cela ? 

L’objection pourrait se prévaloir de l’autorité de saint Ambroise : « Ubi Petrus, ibi Ecclesia ; où se trouve Pierre, là est l’Eglise » ; ou de saint Cyprien : « Il n’y a qu’un seul Dieu, un Christ, une Eglise, une chaire fondée sur Pierre ». De fait, il est essentiel à l’Eglise d’être dirigée par le pape, vicaire du Christ. L’on peut d’ailleurs remonter à la parole du Christ lui-même : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19). 

Mais n’est-ce pas le même saint Pierre auquel Notre Seigneur a dit : « Arrière, Satan » (Mc 8, 33), parole qu’il n’a adressée par ailleurs qu’au diable lui-même ? N’est-ce pas encore lui qui a renié trois fois son maître ? Ces remarques n’ont pas pour but de diminuer la dignité du successeur de Pierre, mais de rappeler que ce dernier est titulaire d’une fonction, certes d’une dignité incomparable, mais qui, comme toute fonction, comporte des droits et des devoirs. 

Comme l’a précisé le concile Vatican I : « Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi » (Constitution Pastor Æternus, c. 4.) Ainsi le pouvoir du souverain pontife est-il réglé par la révélation, et l’on peut lui appliquer ce que saint Paul s’appliquait à lui-même : « Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8). 

Aussi la soumission au pape est-elle conditionnée par l’obéissance à la révélation, dont il est le serviteur et le garant. Mais l’histoire de l’Eglise nous montre que, en dehors du cas de l’exercice infaillible du magistère, dont les conditions ont été précisées par le même concile, un pape peut s’écarter de la vérité ou de la droite ligne, quoique rarement. En ce cas, le fidèle peut – et même doit – obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Donnons l’exemple de saint Paul : « Mais lorsque Céphas [saint Pierre] vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était digne de blâme » (Ga 2, 11). Poursuivons avec saint Athanase, excommunié par le pape Libère. Et concluons avec le pape Jean XXII qui prêcha une doctrine fausse sur la vision béatifique, dans une église d’Avignon. 

Selon l’objectant, il vaudrait mieux avoir tenu l’arianisme modéré avec Libère, que d’être resté ferme avec saint Athanase. D’avoir estimé avec Jean XXII que les âmes des défunts doivent attendre la résurrection pour recevoir la vision béatifique, plutôt que d’avoir maintenu, avec l’immense majorité des docteurs et théologiens que cette récompense est donnée déjà à ceux qui sont dignes de se présenter devant Dieu – doctrine qui sera d’ailleurs définie par le successeur de Jean XXII, le bienheureux Benoît XII. Ou encore d’avoir préféré judaïser avec saint Pierre, plutôt que de s’associer au blâme de saint Paul. 

Certes, une opposition au pape doit avoir des fondements très sérieux, et doit suivre des règles de prudence toutes particulières. Mais lorsque deux enseignements s’opposent nettement, celui de la dérive actuelle et celui des papes du passé, à qui devons-nous donner raison ? Le Commonitorium de saint Vincent de Lérins nous répond : « Que fera le chrétien catholique, si (…) quelque contagion nouvelle s’efforce d’empoisonner, (…) l’Eglise tout entière à la fois ? – Dans ce cas, son grand souci sera de s’attacher à l’antiquité, qui, évidemment, ne peut plus être séduite par une nouveauté mensongère, quelle qu’elle soit ». (III, 1, 2)