Vatican I : retour sur un concile inachevé (10) 

17 Juin, 2020
Provenance: fsspx.news

Il y a cent cinquante ans, s’ouvrait le premier concile du Vatican, sous la houlette du pape Pie IX. FSSPX.Actualités revient sur l’histoire passionnante d’un concile qui fut le théâtre de l’opposition entre libéraux et ultramontains, et au terme duquel fut proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale.     

Episode 10 : l’heure des choix 

Aussitôt après l’épisode du vote négatif du 13 juillet 1870, les tractations reprennent. La minorité, réticente mais résignée à une définition de l’infaillibilité, souhaite obtenir quelques garanties. 

Aussi, dans la soirée du 15 juillet, l’archevêque de Paris, Mgr Georges Darboy, se rend chez le souverain pontife, en compagnie d’une délégation comprenant le primat de Hongrie, les archevêques de Lyon et Munich, les évêques de Mayence et de Dijon. Leur objectif est d’obtenir l’insertion, dans la définition de l’infaillibilité pontificale, de quelques mots impliquant une certaine participation de l’épiscopat à ce privilège. 

Dans le même temps, Pie IX reçoit sur son bureau une double enveloppe blanche contenant un courrier de l’évêque d’Orléans, Mgr Félix Dupanloup, suppliant Sa Sainteté « de vouloir bien examiner les choses par lui-même », faisant ressortir le danger qu’il y aurait à définir « comme de foi, sous peine d’anathème, ce qui ne serait qu’une opinion d’école ». 

Pie IX se refuse à ce jeu et demeure résolu à proclamer ce qui est une vérité de foi. Profitant de la fermeté manifestée par le pape, le parti romain obtient même de mentionner dans le projet de document final, une condamnation nette du gallicanisme. 

Le départ des anti-infaillibilistes 

La minorité est comme « sonnée » par la réaction du Saint-Père. Quelle attitude adopter ? Les avis divergent : quelques-uns estiment que les amendements portés les jours précédents vont dans le bon sens, que les infaillibilistes ont su mettre un peu d’eau dans leur vin ces dernières semaines, et qu’une opposition frontale ne serait pas productive. D’autres désirent en découdre : il faut encore voter non placet, afin de souligner l’absence d’unanimité morale du Concile, et de discréditer ce dernier. 

Plusieurs proposent de quitter les débats, ne souhaitant ni accepter une formule qui ne leur convient pas, ni émettre un vote négatif qui donnerait lieu, selon eux, à des manifestions hostiles « partant des tribunes où seraient réunis tous les prêtres exaltés », ainsi que l’explique un procès-verbal de la minorité réunie le 16 juillet. 

Mgr Dupanloup, prélat influencé par le gallicanisme mais soucieux du bien commun, insiste sur le fait qu’un vote négatif scandaliserait nombre de fidèles : ne risque-t-on pas de détourner les plus faibles de l’Eglise, à un moment où celle-ci subit déjà les attaques du monde moderne ? 

Après mûre réflexion, la minorité décide de s’abstenir de participer au vote final, et de quitter Rome sur-le-champ. Une lettre conçue en termes respectueux est rédigée à la hâte, afin d’avertir le pape Pie IX des motifs de ce départ précipité. Cinquante-cinq évêques la signent, auxquels il faut ajouter six prélats qui écrivent en leur nom propre une lettre personnelle. 

Au matin du 18 juillet, alors que les voitures à chevaux s’ébranlent dans un nuage de poussière, emmenant au loin les membres de la minorité et leur suite, dans la sacristie de Saint-Pierre, le pape est revêtu de la longue chape dorée, agrafée sur le devant par le traditionnel formal précieux en argent massif. 

Installé sur la sedia gestatoria, un cardinal coiffe le pape d’un triregnum étincelant de pierreries. Le pontife se recueille longuement avant de faire son entrée solennelle dans la basilique Vaticane. Au loin, les nuages s’amoncellent et un grondement de tonnerre se fait entendre. 

(à suivre)