Vie d'un saint Croisé

En 1941, Herman tombe accidentellement d’un toit et se blesse très grièvement. Transporté à l’hôpital, il délire, « célébrant sa messe ». Il reçoit les derniers sacrements. Le prêtre l’interroge : « Tu n’as pas peur, Herman ? Tu vas vers le Seigneur. » Il murmure : « In saecula saeculorum. Amen », et s’endort pour toujours. Il a dix ans.

Naissance

Après 4 ans de mariage, le 15 mars 1931, Jozef Wijns et Johanna Dens ont la joie de mettre au monde Herman Ludovicus. Ce sont de bons chrétiens qui tiennent à Merksem, dans la banlieu d'Anvers, une boucherie prospère avec sept employés.

Comme dans toute famille catholique fervente, Herman est initié très tôt à la prière et assiste à la messe. Dès l’âge de deux ans, Herman récite tous les jours le chapelet avec son père.

Un chapelet en plus pour maman

Il n’a pas cinq ans lorsqu’il entre à l’école des Frères, où il se fera remarquer par son ardeur au travail et sa gentillesse. Très vite il est devient passionné de Jésus-Hostie et accompagne son père à la messe quotidienne ; le temps du trajet est l’occasion pour Herman de parler avec lui et de lui poser toutes ses questions. Puis un jour, il s’aperçoit que maman prie moins, qu’elle ne va plus souvent à la messe ; il décide alors de sacrifier ces précieuses conversations et de réciter un chapelet supplémentaire pour elle pendant le trajet du matin.

Charité d'un enfant

Le samedi après-midi, près du magasin de ses parents, une tzigane vient chanter, accompagnée de son orgue de barbarie. Herman a cinq ans et il guette l’arrivée de la chanteuse et de ses chiens. Aussitôt qu’il la voit, Herman se précipite avec trois paquets de déchets de viande pour les chiens. Elle le remercie en l’embrassant et en lui permettant de donner quelques tours de manivelle pour faire jouer l’orgue, ce qui le comble de joie. Une fois, une dame passe et l’interpelle : « Hé ! Petit tu n’as pas peur de ses bêtes ? » « Pas méchants ses chiens, Madame ! » « Pas les chiens, les puces. Tu vois, elle n’est pas propre. » « Sale ? non, non !... Elle est pauvre. » Plus tard, la tzigane reviendra souvent prier sur la tombe d’Herman dont la répartie l’avait si doucement réjouie.

Prêtre, sinon rien !

A six ans, il fait sa première communion avec un recueillement qui fait l'admiration de tous. Quelques temps après, son père lui demande ce qu’il voudrait faire plus tard : « Prêtre, sinon rien ; d’abord servant de messe, puis prêtre », répondit-il sans hésiter. Il avait aménagé un oratoire dans sa chambre avec tous les objets du culte en bois, fabriqués par son oncle. Sa grande joie était de "célébrer sa messe". Il renouvelle avec insistance son désir d’être servant, mais son père lui précise que, pour être digne, il faut faire beaucoup de sacrifices.

Un petit Croisé sacrifié !

Herman comprend et ne laisse passer aucune occasion pour offrir un sacrifice afin de se montrer digne. Un dimanche, sa tante Marie l’emmène en promenade à la campagne ; ce fut une merveilleuse journée dans les bois avec un délicieux pique nique. Le soir tombe et il faut rentrer. A l’arrêt du tram on attent mais le dernier tram est passé : il faut rentrer à pied ! Les souliers d’Herman lui serrent les pieds et la marche devient vite pénible puis douloureuse. Parfois un « aïe ! » échappe à Herman, mais il continue et sa tante ne se doute pas de sa souffrance. Au long du chemin, Herman parle à sa tante de « sa messe » et ce n’est qu’à la maison, que sa mère découvrira les pieds en sang.

En 1940, c’est la guerre et les Allemands bombardent Anvers. Les Bénédictins de la région ont demandé aux fidèles de jeûner pour obtenir de Dieu la grâce de la paix. Herman aussitôt demande à son père la permission de jeûner. Il n’a que neuf ans et son père refuse, mais lui propose de se priver de boire pendant une journée entière. Herman accepte avec joie. Au petit déjeuner, Herman ne boit rien, et toute la journée il se retiendra d’aller boire malgré la chaleur. A la sortie de l’école, les enfants se précipitent chez le marchand de glaces tout proche. Herman se tient à l’écart et ses camarades se moquent de lui : « Oh ! Ta bourse est plate ? » Il se retient pour ne pas riposter, puis apercevant un pauvre enfant qui vend des peaux de lapin, il achète une glace qu’il donne au petit marchand. Son ami Willy a tout vu et admire le geste d’Herman qui lui avait dit, un jour : « Tout ce que je donne sur la terre, je le retrouverai au ciel. »

Son grand souhait se réalise quand un Frère lui propose d'entrer dans la Croisade Eucharistique. Il devient un servant de messe exemplaire. Maintenant il communiera chaque jour, ce qui, pour lui, est "un grand bonheur". Les températures de l'hiver -20°, les mauvaises chaussures, les rues dangereuses à cause de la guerre, rien ne l'arrête d'aller à la messe quotidienne.

L’épreuve du chômage s’abat sur la famille. C’est la misère, on manque même de pain parfois. Herman ne se plaint pas, il encourage même ses parents à garder confiance et à persévérer dans la prière. Il travaille pour s’acheter des vêtements et quand il devient un Croisé, il se fait photographier, la médaille d'honneur épinglée sur son manteau d'hiver. Il paiera cette photographie de ses deniers... gagnés en pliant des prospectus.

Prie et sois apôtre !

C’est la guerre et les bombardements obligent les habitants à descendre dans la cave à chaque alerte. Là, il faut attendre des heures parfois. Un jour, un violent bombardement fait tomber le revêtement du mur. Herman saute des genoux de son père, se prosterne à terre et commence le chapelet à haute voix. Soudain des coups de pied dans la porte, la peur saisit la famille. Par le soupirail, M. Winjs reconnaît des voisins qui cherchent refuge. Tout le monde se serre et Herman reprend la prière. Les nouveaux arrivés se taisent, l’homme fixe l’enfant qui prie paisiblement. Enfin, peu à peu les voix se joignent dans une prière commune. Ce fut pour la famille de ces voisins l'occasion d'une résurrection spirituelle. A partir de ce jour, ils ne manqueront plus la messe du dimanche et par la suite, viendront souvent prier sur la tombe d’Herman.

Petite maman

Le 24 mai 1941, jour de l’accident qui lui coûtera la vie, Herman, après avoir servi la messe de 6h30, rentre déjeuner à la maison. Au moment de partir à l’école, sa maman l’arrête et lui dit : "Ce soir tu seras tout seul à la maison, avec tante Marie, nous allons au cinéma voir le film "Coratelli". A midi, lorsqu’il rentra déjeuner, Herman demanda :

- Maman, je peux te dire quelque chose ?
- Tu peux toujours tout demander à maman.
- Tu ne vas pas te fâcher, maman ?
- Pourquoi me fâcher, mon enfant ?
- C’est bien vrai que tu vas voir le film ?
- Certainement et alors ?
- Ma petite maman, il ne faut pas y aller, ce film est mauvais.
- Qu’est-ce que cela peut te faire à toi ?
- Non, maman, il ne faut pas y aller !
- Bon, c’est assez, je n’ai pas de leçons à recevoir de toi. Après un moment : "Alors si tu y vas, moi, je n’irai plus à l’église ! … "
Colère de Madame Wijns et tristesse d’Herman qui est prêt à se priver de ce qui fait son bonheur et sa raison de vivre, servir la messe, pour que sa maman n’aille pas voir un film qu’il savait être mauvais.

Sauver le crucifix

Ce même samedi, l’après-midi, Herman rentre de l’école. Dans la rue il aperçoit une poubelle d’où dépasse le bras d’un crucifix. Il raconte : "Je regarde et je continue quelques pas. Je reviens en arrière et je regarde encore. Puis de nouveau, j’avance. Même recul une troisième fois sans pouvoir continuer mon chemin. Bien connu du quartier, je n’osais mettre la main dans la poubelle. Alors une voix me dit : "Allons, Herman, tu as honte de moi ? " En un instant, je tenais Notre-Seigneur dans les deux mains. Et comme d’un bond, j’étais ici à la porte…" Avec son père, Herman nettoie le crucifix et soudain un mot lui échappe trahissant la douleur de son cœur devant ce qu’il considère comme un sacrilège : "Les salauds". Malgré le lavage, le crucifix sent mauvais et M. Winjs veut le brûler, mais Herman l’arrête et prenant la tête de son père entre ses deux mains glacées par l’eau froide, il le fixe : " Papa, en réparation, laisse-le moi pour ma chambre ! " Son père accepte et Herman, exultant, prend le crucifix et, comme en procession, monte en chantant dans sa chambre pour le pendre près de l’autel où il "célébrait " la messe.

L'accident et l'hôpital

Herman doit accompagner sa maman chez le boucher. Il se change et met ses vêtements du dimanche. Pendant les emplettes, il rejoint les enfants du boucher pour jouer. On joue sur le toît du poulailler mais alors qu'il essaye d'éviter l'eau sale aspergée par les autres, il tombe. Sa jambe heurte un verre cassé qui coupe le tendon et lacère le genou.

Paniquée, sa mère le prend dans ses bras et court vers le médecin le plus proche. Il est absent. Elle doit courir plus loin, jusqu'à l'hôpital. Herman perd beaucoup de sang. En chemin un officier allemand fait un garot avec l'ourlet de son manteau pour arrêter l'hémorragie.

Il est finalement opéré. Il a très mal et doit rester la nuit à l'hôpital. Herman se retrouve seul dans la chambre sombre. Son genou le fait beaucoup souffrir et il ne peut dormir. Il est alors pris d’une angoisse terrible et, pour la première fois, il a peur. Il sait qu’il va mourir et qu’il devra quitter tant de belles choses, l’école des frères, son église, les commerçants qu’il connaît bien et tant de personnes aimées, M. le curé, les frères, son cher ami Willy, son père et sa mère chéris : "Mon Dieu pourquoi ?" Il aurait tant voulu les embrasser, il lui semblait qu’ils lui disaient de rester ! "Mon Jésus, si Bon, arrêtez tout cela ! … C’est trop dur !" Enfin sur le matin il s’endort épuisé. Ses parents le visite le lendemain et essayent de l’encourager :

- Tu seras bientôt remis et à la maison. Tu nous aimes encore ? dit son père en riant.
- Oh ! Oui! vous et tout le monde… Je l’ai bien senti cette nuit…
- Et les frères, savent-ils que je suis ici ?
- Ne t'inquiète pas pour l’école, j’avertirai le frère que tu seras absent quelques jours.
- Bien, Maman…Dis-leur plutôt que jamais plus je ne reviendrai à l‘école !

Herman doit subir une nouvelle opération. Il est ramené dans sa chambre mais l'infection s'agrave. A la tombée de la nuit la fièvre monte spectaculairement. Il a des sueurs froides. Le chirurgien ne peut plus rien faire.

La dernière messe

Le petit malade "célèbre sa messe" et au moment de la consécration, il se redresse, lève les bras comme s’il tenait l’hostie consacrée dans ses mains et semble fixer quelqu’un. La "messe" achevée, la Sœur infirmière qui a tout vu lui demande : « Mais qu’as-tu donc vu à la consécration ? - J’ai vu notre douce Maman, la sainte Vierge. Elle est si belle ! Maintenant que je l’ai vue, je ne puis plus regarder personne sur la terre. »

Dès lors, Herman est tranquille. Le lendemain le prêtre passe pour administrer l'extrème onction. Le prêtre l’interroge : « Tu n’as pas peur, Herman ? Tu vas vers le Seigneur. » Il murmure : « In saecula saeculorum. Amen », et s’endort pour toujours. Il a dix ans. Il est 19h30 du soir, le 26 mai 1941.

Bienheureux Herman, prie pour nous !

Herman est mort, mais son corps n'est pas rigide. Il semble se reposer.

Trois jours après son décès son corps est exposé à la maison, sur un lit. C'est un défilé incessant de visites. Des couronnes de fleurs et de gros bouquets sont envoyées en signe d'affection pour le petit garçon. Les funérailles n'auront lieu que le vendredi. Ce jour là, à Merksem, la plupart des magasins sont fermés.

Quand le petit cercueil sort de la maison dans la rue, c'est un véritable brouhaha. Tant de gens veulent toucher le cercueil avec des chapelets, des mouchoirs, des missels... La police, ramène gentiment l'ordre. Derrière le corbillard suivent des dizaines de somptueuses couronnes et ce malgré la guerre ! Plus de mille personnes assistent au service funèbre. Puis le corps d'Herman est enterré au cimetière de Merksem.

La petite tombe devient un lieu de pèlerinage. Par l'intermédiaire d'Herman, beaucoup de personnes obtiennent de Dieu ce qu'elles demandent. On apporte des ex-voto. Très vite l'espace est trop petit. La municipalité fait déplacér le lieu de sépulture.